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Un article de Jacques-Olivier Martin et Frédéric de Monicault paru dans Le Figaro du 3 mai 2006

Le nouveau réacteur nucléaire français sur les rails

vendredi 5 mai 2006 par Frédéric de Monicault, Jacques-Olivier Martin
Le conseil d’administration d’EDF a décidé d’engager la construction du prototype de l’EPR. Sa mise en service est prévue pour 2012.

PLUS S€R, plus propre, moins cher. Voilà tel que se présente l’EPR, le réacteur nucléaire de troisième génération, par rapport à la génération actuelle de réacteurs. Son lancement officiel, décidé hier soir par le conseil d’administration d’EDF, fait suite à long processus.

Au printemps 2004, Jean-Pierre Raffarin, alors premier ministre, se prononce ainsi en faveur de la relance du programme nucléaire en France. Le prélude à une loi d’orientation énergétique guidée par quatre grands objectifs : « garantir la sécurité de l’approvisionnement de la France », « mieux préserver l’environnement », garantir un « prix compétitif de l’énergie » et garantir enfin « l’accès de tous à l’énergie ».

En octobre 2004, le dossier EPR enregistre une avancée majeure avec le choix du site de Flamanville, dans la Manche, pour accueillir la construction du prototype. Un an plus tard, à l’automne 2005, le débat public s’ouvre à Cherbourg, le premier d’une longue série de rendez-vous à travers toute la France. Le rapport final a été publié au mois d’avril.

Un coût global de 3,3 milliards d’euros

Désormais, EDF n’attend plus qu’un décret ministériel, après avis de l’Autorité de sûreté nucléaire pour entériner définitivement le processus de lancement. Ce décret devrait être publié au début de l’année prochaine. D’ici là, ce chantier majeur pour l’entreprise, d’un coût global de 3,3 milliards d’euros, aura déjà été largement amorcé (lire l’entretien avec Pierre Gadonneix). La mise en service du prototype EPR est prévue pour 2012.

Si l’expérimentation se révèle positive, la construction d’une dizaine de réacteurs en France pourrait être lancée vers 2015, dans le but d’être opérationnels à l’horizon de 2020. Cette date correspond à la vague de remplacement des centrales actuelles, 19 en tout, soit 58 réacteurs. La première centrale, celle de Fessenheim, en Alsace, aura précisément 40 ans en 2017.

Certes, la durée de vie des centrales actuelles peut être prolongée, mais pour EDF, l’EPR est la condition du « maintien du haut niveau de performance de son parc de production ».


Pierre Gadonneix : « L’EPR est un choix économique rentable »

A l’heure de la flambée du baril, le président d’EDF insiste sur la rentabilité de la filière nucléaire.

LE FIGARO. - Trente ans après la première vague de construction de centrales, la France refait donc le choix de la filière nucléaire. Pourquoi ?

Pierre GADONNEIX. - La France a souscrit à cette option parce qu’il s’agit d’un choix économique rentable qui assure l’indépendance énergétique de la nation. Aujourd’hui, nous avons quitté l’ère de l’énergie bon marché et facile d’accès. La crise énergétique que nous traversons actuellement est tout sauf conjoncturelle : plus personne ne pense que le pétrole redescendra aux alentours de 15-20 dollars le baril. Face à cette nouvelle donne, il existe seulement deux énergies de substitution : le nucléaire et le charbon. Or le coût de ce dernier, surtout si on le transforme en charbon propre, s’apprécie dans des proportions considérables. D’une manière générale, dans le prix de l’électricité, il va falloir intégrer de plus en plus les préoccupations en matière d’environnement, à commencer par la réduction des émissions de CO2 Le nucléaire n’émettant pas de gaz à effet de serre, il dispose d’un avantage considérable.

A vous entendre, il n’existe aucune autre alternative énergétique pour la France que le nucléaire...

La défense de notre indépendance énergétique implique le choix de l’EPR. Actuellement, la France dispose d’un taux d’indépendance à hauteur de 50%, puisque, sur une consommation énergétique globale de 276 milliards de tonnes équivalent pétrole, le nucléaire représente plus de 116 milliards. Imaginons un seul instant que la France n’ait pas fait ce choix au début des années 1970 : notre facture énergétique serait grevée de plusieurs dizaines de milliards d’euros. J’ajoute que le nucléaire, c’est aussi de l’emploi en France. La construction de l’EPR de Flamanville conduira à la création de 2 000 emplois pendant plusieurs années et de 300 permanents pendant plusieurs décennies pour l’exploitation de la centrale. Enfin, c’est aussi la sécurité d’approvisionnement énergétique pour notre pays. Le nucléaire de quatrième génération, opérationnel après 2030, permettra de réutiliser la matière fissile. De fait, les réserves d’uranium seront portées à 2 500 ans.

Votre volonté d’insister sur la rentabilité de l’EPR signifie-t-il que le nucléaire l’est moins que les autres sources d’énergie ?

Les modèles économétriques montrent que le nucléaire concurrence efficacement le pétrole dès lors que le baril atteint les 30 dollars. Il a dépassé les 75 dollars en début de semaine... Ce qui veut dire aussi qu’un baril à 20 dollars, comme voici quelques années, altérait la rentabilité de la filière nucléaire. Car, même si la durée de vie des centrales - aujourd’hui fixée à 40 ans - permet d’amortir le prix du MWh, il faut compter avec l’investissement très important de départ. Le prix de revient de l’EPR de Flamanville a été fixé à 46 euros le MWh, contre un prix de marché qui s’établit aujourd’hui à plus de 50 euros.

Voici quelques mois, la possibilité avait été évoquée de voir d’autres énergéticiens participer au tour de table de l’EPR. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Voici quelques mois, l’intensité de la crise énergétique n’était pas la même. La remontée en force du nucléaire, avec sa capacité à se substituer efficacement au pétrole, nous a conduits un peu plus à penser qu’EDF devait être seul aux commandes du projet EPR. Même si de nombreux opérateurs, c’est aisément compréhensible, auraient souhaité y être directement associés. Nous avons simplement conclu un accord avec Enel, qui stipule que 12,5% de la production de ce premier EPR lui sera livrée. En contrepartie de quoi Enel financera l’équivalent de 12,5% de l’investissement global de 3,3 milliards d’euros.

Quel est le calendrier du projet de Flamanville ?

Le décret d’autorisation sera en principe publié au début de l’année prochaine et entérinera définitivement le processus de lancement. D’ici là, les appels d’offres pour ce chantier majeur seront lancés tandis que les premiers travaux d’aménagement du site vont démarrer au cours des prochains mois.

Dans quelles conditions vont s’effectuer ces appels d’offres pour le chantier ?

Même si les travaux sont très nombreux, trois gros segments peuvent être dégagés : le génie civil, la construction de la chaudière et enfin la production d’électricité elle-même via les turbines. Les appels d’offres se dérouleront en vertu des procédures habituelles, dans la plus grande transparence, sachant que, pour la chaudière, EDF a choisi faire appel à Framatome, déjà sélectionné pour la construction de l’EPR en Finlande.

L’engagement de la France dans l’EPR peut-il inciter d’autres pays à investir dans l’atome ?

A l’heure d’une flambée durable du baril, tous les pays s’interrogent sur le nucléaire. Leur défi, c’est de rendre cette source d’énergie acceptable aux yeux des opinions publiques. Avec l’EPR, la France et EDF devraient contribuer à faire évoluer les mentalités.

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