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Tristan de Bourbon | La Tribune du 12.11.2011

Le pétrole a encore de très beaux jours devant lui

samedi 19 novembre 2011 par Tristan de Bourbon
Entre le déclin du nucléaire et la lenteur du développement des renouvelables, pétrole et charbon devraient rester encore longtemps les rois. Et ce malgré leur fort impact sur le climat. Le World Energy Outlook, publication de l’AIE, anticipe des températures en hausse de 3,5 ° en 2050 et un prix du pétrole qui pénalisera l’économie mondiale.

Quels que soient les choix stratégiques des pays producteurs dans les années à venir, l’Agence internationale à l’énergie (AIE) anticipe déjà une hausse dramatique des cours du pétrole. Dans le meilleur des mondes, le baril devrait s’échanger à 120 dollars en 2035, si la part du pétrole dans la consommation d’énergie passait de 33 % à 27 % au niveau mondial. Mais vu le déclin probable du nucléaire (cf graphique), vu la lenteur du développement des énergies renouvelables, le pétrole peut se reposer sur ses lauriers.

« Dans ces conditions défavorables, nous nous dirigeons vers un baril à 150 dollars dès 2015, un prix qui pourrait redescendre légèrement ensuite », assure Fatih Birol, l’économiste en chef de l’organisation.

Contrairement à l’OPEP, qui a estimé mardi que le prix du baril baisserait fortement dans le futur, le rapport annuel de l’AIE diffusé mercredi à Londres souligne le retard des investissements nécessaires dans les infrastructures des pays producteurs de pétrole. Les relations entre les deux organisations, qui défendent des intérêts contraires, se sont refroidies au printemps dernier, après le refus par l’OPEP d’augmenter sa production, et la mise sur le marché de stocks de réserves par l’AIE, qui a contribué à faire baisser les cours du brut. Un contexte très politique dans lequel les analyses divergent encore plus que d’habitude. L’OPEP, qui se réunit en décembre, a tout intérêt à prévoir un recul des prix, pour étayer le statu quo de sa production. À l’inverse, l’AIE crie au loup pour prévenir le retour de la hausse des prix.

Sans préjuger des évolutions futures, la question des investissements reste préoccupante face à une demande toujours plus forte. 100 milliards de dollars d’investissement nécessaires dans les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord devrait ainsi être retardé par les évènements récents. Le Printemps arabe a en effet incité le Yemen et l’Arabie Saoudite à réorienter leurs investissements.

La production hors OPEP diminuera de 47 millions de barils par jour d’ici à 2035, soit l’équivalent de la production de l’OPEP. Pour maintenir notre consommation actuelle, il faudra donc trouver un moyen de la remplacer. L’AIE prévoit de surcroît en effet une hausse de la demande mondiale de 87 millions à 99 millions de barils par jour au cours des vingt-cinq prochaines années.

Dans un premier temps, les pays producteurs engrangeront d’importants revenus supplémentaires, avant de voir ceux-ci se réduire fortement suite au détournement à long terme des consommateurs vers d’autres sources d’énergie. Pour l’économie mondiale, les conséquences s’annoncent désastreuses à court terme. « Le prix élevé du baril depuis plusieurs années a déjà joué un rôle prépondérant dans l’avènement de la crise économique actuelle car il a déséquilibré les balances commerciales des pays importateurs et favorisé l’inflation, » indique Fatih Birol.

Ralentissement économique

À 150 dollars en 2015, l’économie mondiale risque de ralentir fortement car rien ne pourra à court terme remplacer le pétrole. Même à moyen et long terme, l’agence ne voit pas les énergies renouvelables prendre une part majeure dans la production d’électricité. Les coûts de production s’avèrent en effet très élevés, surtout dans les conditions économiques et financières actuelles, où les États tentent de réduire leurs dépenses. Or « les gouvernements doivent bien comprendre que les subventions sont et resteront obligatoires pour que les énergies renouvelables demeurent compétitives », rappelle l’économiste. Les subventions sont passé de 39 milliards en 2007 à 66 milliards en 2010. La poursuite de cette tendance pour arriver à 250 milliards en 2035, un seuil nécessaire pour atteindre les objectifs fixés en matière d’énergie renouvelable, paraît aujourd’hui peu probable.

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