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Un article paru sur lemonde.fr le 17 avril 2006

Le pétrole bat de nouveaux records, sans favoriser le développement de l’Afrique

lundi 17 avril 2006

Le cours du pétrole a battu de nouveaux records, lundi 17 avril. Le "light sweet crude" a terminé à 70,40 dollars le baril à New York, battant son record de clôture du 30 août dernier, et le baril de brent a battu un nouveau record historique à Londres. Mais cela ne devrait pas particulièrement bénéficier aux populations des pays d’Afrique, où des voix commencent à s’élever pour dénoncer "la malédiction pour le développement" qu’y représente l’industrie pétrolière. L’argent du pétrole, en condamnant les pays à la monoproduction et en favorisant la corruption, accroîtrait la fragilité des économies et ne profiterait pas aux plus démunis.

L’Angola, le Tchad, la Libye, le Nigeria et le Soudan, riches en pétrole, ont été tous mal classés sur l’indice de perception de la corruption de Transparency International pour 2004, publié en octobre 2005. "Dans ces pays, les contrats publics dans le secteur pétrolier sont minés par des recettes disparaissant dans les poches d’autorités locales, d’intermédiaires et de cadres de sociétés pétrolières étrangères", affirme l’organisation non gouvernementale. ’’Le secteur est en proie à la corruption, à l’absence de transparence et à la mauvaise gestion, en particulier dans des pays en transition et dans des économies d’après-guerre’’, note le groupe. ’’La Guinée-Equatoriale, avec une population d’environ 521 000 habitants, devrait être le plus riche, toute sa population pourrait conduire une Mercedes’’, a noté Peter Eigen, le président de Transparency International. "Mais les autorités dans ce pays d’Afrique de l’Ouest sont corrompues", a-t-il déclaré. Le pays possède des réserves pétrolières estimées à 1,28 milliard de barils.

75 % DES NIGÉRIANS DANS LA PAUVRETÉ

Au Nigera, sixième pays le plus corrompu au monde et plus important producteur de pétrole en Afrique, une étude récente a ainsi mis au jour d’énormes écarts entre le montant des taxes que les firmes pétrolières versent à l’Etat et ce que l’Etat dit recevoir. Ce décalage, mis en lumière par le Neiti (Nigerian Extractive Industries Transparency Initiative), une agence anti-corruption soutenue par le gouvernement, atteindrait plusieurs centaines de millions de dollars. Le Nigeria a gagné des centaines de milliards de dollars depuis que le pétrole a été découvert dans le delta du Niger en 1956, mais 75 % de ses 130 millions d’habitants vivent toujours dans la pauvreté avec moins d’un dollar par jour.

La Banque mondiale estime que, pour que les performances économiques dépassent la croissance démographique et permettent de réduire la pauvreté dans le pays, la croissance devrait atteindre 10 % et se stabiliser autour de ce chiffre pendant une décennie. Pour y arriver, il faudrait notamment développer des secteurs économiques longtemps négligés depuis la découverte du pétrole, qui a condamné le pays à la monoproduction d’exportation.

TENSIONS ENTRE LE TCHAD ET LA BANQUE MONDIALE

Au Tchad, l’un des pays les plus pauvres au monde, la loi exige que 10 % des recettes du pétrole soient mises de côté dans le Fonds pour les générations futures (FGF) - un compte bloqué-, pour l’ère postpétrolière. Or, la tension monte actuellement entre la Banque mondiale, qui finance un important oléoduc tchadien, et le gouvernement, qui ne souhaite pas consacrer les recettes de l’oléoduc aux secteurs sociaux. L’affaire est particulièrement importante pour la Banque mondiale, qui a vanté sa participation au projet comme un modèle de projet de lutte contre la pauvreté dans le monde.

Peuplé de 836 millions d’habitants - 13,4 % de la population mondiale -, le continent africain assure 11 % de la production pétrolière mondiale mais ne compte que pour 3 % de la consommation mondiale d’énergie. Depuis quelques années, on assiste en effet à une véritable ruée sur le pétrole africain, avec d’importantes découvertes et la mise en production de nouveaux gisements. Entre 1990 et 2004, la production du continent a augmenté de 40 %, passant de 7 à 10 millions de barils par jour et elle devrait encore augmenter de 50 % d’ici à 2010.

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