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Un article de Alain Faujas et Cécile Ducourtieux paru dans Le Monde du 16 avril 2006

Le pétrole flambe, les Bourses flanchent

dimanche 16 avril 2006 par Cécile Decourtieux, Alain Faujas

La poussée de fièvre sur le pétrole a pesé sur le moral des investisseurs en actions. A l’issue d’une semaine écourtée par le week-end pascal (à Wall Street et en Europe, les Bourses sont restées fermées vendredi 14 avril), les principaux indices ont perdu du terrain.

Jeudi, le brent de la mer du Nord a terminé au-dessus de 70 dollars le baril à Londres (à 70,72 dollars). A New York, le brut a terminé au-dessus de 69 dollars le baril (à 69,45 dollars).

La hausse est alimentée par l’actualité géopolitique en Iran. Le pays a annoncé, mardi, la réussite de ses premiers essais d’enrichissement d’uranium. Les opérateurs craignent que les pays occidentaux ne répliquent, avec pour conséquence une restriction des exportations de pétrole par l’Iran.

Dans une note publiée jeudi, les analystes de la banque HSBC pointent le fait que l’introduction d’innovations financières sur le marché du pétrole contribue à amplifier la hausse du baril. " Lundi 10 avril, le premier tracker (fonds coté en continu à la Bourse qui retrace l’évolution d’un indice) sur le pétrole brut de référence à New York a été introduit sur le marché américain, notent ces spécialistes. On le sait, beaucoup de hedge funds, et même quelques fonds de pension, considèrent désormais que les matières premières sont un actif au même titre que les actions, les obligations ou l’immobilier et qu’on doit leur réserver une place dans l’allocation d’actifs."

"De ce comportement nouveau, il faut déduire qu’est en train d’émerger une demande de matières premières au titre de la gestion d’actifs qui s’ajoute à la demande de matières premières induite par l’activité mondiale", ajoutent les analystes d’HSBC.

La publication d’un faisceau de bons indicateurs sur l’économie américaine, jeudi, a aussi alimenté la frilosité des investisseurs cette semaine. Progression des ventes de détail, amélioration de la confiance des consommateurs... Ces indicateurs pourraient conduire la banque centrale américaine à augmenter à nouveau ses taux d’intérêt directeurs.

A Wall Street, l’indice Dow Jones a cédé 0,70 % entre vendredi 7 et jeudi 13 avril. L’action du fabricant d’aluminium Alcoa a signé la plus forte hausse de l’indice (+ 4,82 %), après l’annonce, lundi, d’un doublement de ses bénéfices au premier trimestre 2006.

Les valeurs de technologies et télécommunications ont souffert du manque de confiance des investisseurs pour les valeurs de croissance. Intel est l’une des rares grandes valeurs de technologies à avoir réussi à tirer son épingle du jeu. L’action du premier fabricant mondial de semi-conducteurs est restée quasi stable (0,36 %), cette semaine, grâce, notamment, à l’annonce d’une alliance avec le moteur chinois de recherche sur Internet Baidu.

Les analystes s’attendent par ailleurs à ce que le groupe américain baisse fortement les prix de ses produits dans les trimestres à venir, afin de reprendre des parts de marché à ses concurrents.

A Paris, le CAC 40 a chuté de 2,29 % en cinq séances (à 5 102,62 points jeudi). Seules sept des quarante grandes valeurs de l’indice - plutôt des défensives, comme par exemple L’Oréal - ont réussi à se maintenir dans le vert. La plupart des autres ont accusé de fortes baisses, liées à des prises de bénéfice.

Parmi elles, le titre Suez (- 3,94 %). Le groupe d’électricité et de services aux collectivités a publié les résolutions de son assemblée générale, prévue le 5 mai. Il proposera au vote de ses actionnaires l’émission de bons de souscription d’actions (BSA) gratuits attachés aux actions existantes. C’est une protection anti-OPA que les entreprises cotées sont autorisées à mettre en place depuis le 1er avril 2006, en vertu de la loi OPA.

A Milan, le S & P/MIB, calculé à partir de 40 valeurs cotées sur la Bourse italienne, a cédé 1,9 %. Selon une note de la Société générale datant de mercredi, " le résultat des élections législatives italiennes ne change pas notre vue négative du marché boursier italien". Au contraire, selon les analystes de la banque, la courte avance de M. Prodi rendrait " peu probable la promulgation de réformes dont le pays a rapidement besoin".

A Tokyo, le Nikkei a perdu 1,88 % entre lundi et vendredi. Le titre du portail Internet Livedoor a été officiellement radié de la Bourse de Tokyo, vendredi, après avoir perdu 86,5 % de sa valeur en trois mois, à la suite du scandale lié à l’incarcération de son PDG.


L’essence du problème

Donc les consommateurs vont payer. Pour se chauffer, pour produire ou pour se déplacer, ils vont dépenser plus en raison de la nouvelle hausse des cours du baril de pétrole, qui a franchi, cette semaine, la barre des 70 dollars, sur fond de tensions croissantes entre l’Iran et l’Occident et de craintes de pénurie d’essence aux Etats-Unis. Ils ne se consoleront en rien de savoir qu’en prix constants, c’est trois fois moins qu’il y a trente ans.

Bien des prévisions du début de l’année s’avèrent désormais peu réalisables, comme celles d’Euler Hermes SFAC, du groupe Allianz, qui pariait sur une baisse moyenne des cours du pétrole de 6 % en 2006 par rapport à 2005 et un prix moyen de 51 dollars sur l’année. C’était sans compter avec l’angoisse mondiale.

"Pourtant la pénurie n’existe pas", analyse Francis Perrin, directeur de la rédaction de Pétrole et gaz arabes. L’offre se situe autour de 84 millions de barils par jour tandis que la demande s’élève à près de 83 millions. Les capacités de production encore inutilisées sont nulles, sauf en Arabie saoudite, et les investissements ne feront pas sentir leurs effets de suite.

"Dans ce contexte tendu, explique M. Perrin, les inquiétudes prennent une importance considérable et la volatilité durera, en fonction des crises avec l’Iran ou des difficultés des raffineurs américains." Il conclut : "Il est difficile d’être optimiste sur une évolution à la baisse du prix des carburants en 2006."

Pierre Terzian, directeur de la revue Pétrostratégies, partage cette analyse : ce n’est qu’à partir de 2007 que les tensions devraient s’apaiser... "si la demande de pétrole demeure plus modérée qu’en 2004".

"On ne sortira pas de cette situation tant que le vrai débat ne sera pas ouvert entre consommateurs et producteurs, explique M. Terzian. Les premiers ont, certes, le droit de demander une sécurité de leurs approvisionnements ; mais les seconds ont raison de leur répondre : "Qu’est-ce qui nous prouve que les investissements que vous nous demandez seront rentables ? Vos prévisions de consommation se sont révélées fausses et, en plus, vous préparez l’après-pétrole. Donnez-nous des garanties !"."

Le Forum de l’énergie, qui se tiendra au Qatar du 22 au 24 avril, devrait fournir aux pays consommateurs l’occasion de parler enfin avec l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) de ce futur mieux maîtrisé.

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