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Article de Aude MARCOVITCH. paru dans Le Figaro du 3 octobre 2006

Le pétrole, gisement de richesse pour Genève

vendredi 3 novembre 2006 par Aude MARCOVITCH
Un tiers des échanges de pétrole brut se fait à Genève. Plusieurs grandes compagnies pétrolières y ont recentré leurs activités. Les banques y ont installé leurs centres de financement des matières premières. Des milliers de personnes en vivent.

MARC LECOANET se penche sur son ordinateur : devant ses yeux défile la liste des pétroliers qui font route à travers la mer Baltique, la mer Noire ou la Méditerranée. Certains ont chargé leur cargaison dans les ports de Vitino ou d’Arkhangelsk en Russie septentrionale, traversant les zones de glace pour ramener le brut vers le Sud. Régulièrement, les commandants des tankers indiquent leurs positions, font le point sur les conditions de voyage. À Genève, dans les bureaux de Riverlake, la société de transport maritime dirigée par Marc Lecoanet, une trentaine de personnes suivent de près ces déplacements. Pour certains de leurs clients, comme Total, ils jouent le rôle d’intermédiaire entre le propriétaire de la cargaison de pétrole et l’armateur. Comme une myriade de sociétés présentes aux différents échelons de la chaîne du commerce pétrolier, Riverlake s’est installée à Genève. Il y a d’abord de nombreuses institutions financières qui consacrent de larges pans de leurs activités au pétrole. Sur les deux rives du Rhône, les bâtiments de BNP Paribas font face à ceux du Crédit agricole. C’est ici que les banques ont placé leur centre de financement des matières premières, pétrole en tête. BNP Paribas, leader mondial du domaine, y emploie trois cents personnes. Le Credit suisse, l’Union de banques suisses (UBS) sont d’autres acteurs clés de la place.

15 milliards de dollars échangés chaque année

À quelques encablures, Total, l’une des cinq majors (les plus grosses entreprises pétrolières), a placé le quartier général de ses activités commerciales. Après sa fusion avec Elf, le groupe a choisi de faire venir à Genève la majorité de son personnel. La russe Lukoil, numéro deux de la distribution en France après Total, est également présente au centre-ville, et c’est de Genève que sont réalisées ses opérations commerciales via sa filiale Litasco. Rosneft et la hollandaise Vitol disposent aussi d’enseignes dans la cité. Sont aussi présentes les plus grosses sociétés de trading, parmi lesquelles Sempra Trading et Mercuria. Deux des plus importantes entreprises d’inspection, la Société générale de surveillance (SGS) et la Cotecna, ont choisi Genève pour établir leurs sièges. Enfin, des spécialistes en géologie, des sociétés d’exploration, plusieurs entreprises maritimes et une pléthore d’avocats d’affaires complètent le tableau.

Sur les 180 000 habitants de Genève, entre 3 000 et 5 000 travaillent dans le négoce de pétrole. Désormais, on estime qu’un tiers des échanges de brut transite par la ville du bout du lac Léman ; environ 15 milliards de dollars y seraient échangés chaque année. Si Londres se maintient à la tête du trading (achat et vente), Genève, qui la suit de près, s’est fait une spécialité du financement des activités pétrolières, c’est-à-dire la couverture des risques liés à ce commerce.

Trois atouts : la discrétion, la fiscalité et les organisations internationales

Pour expliquer cet engouement pour la place genevoise, Conrad Gerber, président de la société de conseil Petro-Logistics, cite la réputation des institutions financières, l’inimitable discrétion suisse, son secret bancaire et la bonne qualité des infrastructures. Par ailleurs, l’existence à Genève de nombreuses organisations internationales et notamment celles liées au commerce (Organisation mondiale du commerce-OMC, Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement-Cnuced) draine dans la ville une multitude de spécialistes et d’interlocuteurs potentiels. La petite taille de la ville facilite en outre les rencontres informelles : il suffit parfois de franchir quelques mètres pour entrer en contact de visu avec un partenaire d’affaires.

Gati al-Jebouri est directeur de Litasco. À Genève, il apprécie « les arrangements fiscaux particulièrement avantageux que la Suisse pratique sur les sociétés étrangères et la possibilité de négocier avec les autorités ». Ainsi, d’après les estimations d’un spécialiste, le taux d’imposition des sociétés est d’environ 10 % à Genève, alors qu’il atteint près de 25 % à Londres. C’est aussi au savoir-faire et à la flexibilité suisses que les acteurs font référence pour expliquer leur choix : pour Jacques-Olivier Thomann, responsable mondial du financement du commerce des matières premières chez BNP Paribas, la longue tradition de la Suisse romande dans le commerce des matières premières, qui remonte au début du XX e siècle, donne aujourd’hui aux spécialistes la maîtrise de cet environnement. Des instruments financiers nouveaux ont suivi l’évolution de ce marché.

Enfin, il y a quelques années, le programme des Nations unies « Pétrole contre nourriture » à destination de l’Irak a fait fleurir de nouveaux intermédiaires qui ont choisi Genève comme résidence.

Le 28 septembre, 17 entreprises actives à Genève dans le commerce des matières premières ont décidé de se regrouper au sein de l’Association du négoce et de l’affrètement. Présidée par Jacques-Olivier Thomann, la nouvelle organisation - à laquelle Litasco, l’UBS, la SGS, BNP Paribas Suisse ou Cargill International appartiennent - représente les intérêts de ses membres auprès des autorités suisses.

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