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Andrea Morawski, Frank Paul Weber | La tibune le 15.01.2008

Le pétrolier ENI et les majors occidentales se plient à la volonté du Kazakhstan

mercredi 16 janvier 2008 par Andréa Morawski, Frank Paul Weber
Un accord de principe a été signé entre le gouvernement kazakh et le consortium pétrolier sur la gestion du gisement de Kashagan controversée depuis août dernier. L’opérateur public kazakh Kazmounaïgaz double sa participation et devient actionnaire à part égale avec ENI, Total, Shell et Exxon Mobil. A partir de 2011, ENI perdra le leadership du projet au profit d’une gestion collégiale.

Par un accord ("memorandum of understanding") signé dimanche mais officialisé lundi soir par l’Italien ENI, le gouvernement kazakh a obtenu du consortium pétrolier international chargé du développement du gigantesque gisement de Kashagan, mené par ENI, un rôle accru pour sa société nationale pétrolière Kazmounaïgaz et une compensation financière d’au moins 3,2 milliards de dollars.

En acquérant 8,3% des parts pour 1,8 milliard de dollars, l’opérateur national du Kazakhstan porte en effet sa participation à 16,8% du capital du consortium, soit au même niveau qu’ENI, leader du projet, Total, Shell et Exxon Mobil. Les quatre grands pétroliers réduisent en proportion leur participation, qui était auparavant de 18,5% chacun. ConocoPhilips et le japonais Inpex, les deux autres membres du consortium, réduisent aussi leurs parts, ne gardant plus que 8,4%et 7,6% respectivement.

Mais de fait les kazakhs ne déboursent pas un kopeck : les majors pétrolières occidentales se sont engagées à indemniser le Kazakhstan à hauteur d’au moins 5 milliards de dollars pour les retards répétés pris dans le développement du gisement et d’autres "problèmes fiscaux et d’environnement". Cette "compensation" calculée sur la base d’un prix du baril de pétrole de 65 dollars pourrait toutefois être plus élevée, au vu du prix actuel du brut avoisinant les 100 dollars. Interrogé par La Tribune alors qu’il est de passage à Londres, le vice-ministre des finances kazakh, Daulet Yergozhin, affirme cependant que la somme est de "5 milliards de dollars au prix actuels du pétrole".

Daulet Yergozhin s’estime satisfait de l’accord, qui restitue "un équilibre économique" au sein du consortium. Kazmounaïgaz obtient en effet une participation à égalité avec les "majors" et un rôle opérationnel dans les activités on shore. "La compagnie a une expérience centenaire dans le pétrole et saura être à la hauteur de ses responsabilités", affirme le ministre.

Côté italien, malgré les déclarations officielles de satisfaction, ENI se sort moins bien de ce casse-tête. La compagnie contrôlée majoritairement par l’Etat italien devra en effet céder son leadership dans le projet à partir de 2011, un recul qui devrait être formalisé dans un accord en mai prochain aux dires du ministre kazakh Minbayev. Le consortium de Kashagan sera dès lors géré de façon collégiale entre tous les actionnaires, même si une source proche d’une des majors occidentales indique à La Tribune "ne pas vraiment savoir comment cela se passera car cette gestion collégiale sera un précédent dans notre secteur".

"Ce sera aux opérateurs de décider du nouveau leadership", se borne à indiquer Daulet Yergozhin. Les relations entre les pétroliers seront d’autant plus difficiles que l’on prête à certains d’entre eux, comme Exxon, l’intention de jouer cavalier seul au Kazakhstan.

"Il y avait le désir des autres partenaires du consortium de participer au tout premier rang aux défis technologiques de ce projet", explique l’administrateur délégué d’ENI, Paolo Scaroni, selon le quotidien La Repubblica. Le patron d’ENI justifie presque la montée en puissance des kazakhs : "je ne suis pas surpris que le Kazakhstan ait voulu renégocier, sachant que le premier accord remontait à 1997 quand le pétrole valait 12 dollars".

On ne sait si cet accord plutôt décevant pour ENI devrait aussi coûter son poste à Paolo Scaroni : son mandat d’administrateur délégué arrive à échéance en mai prochain et il n’est pas sûr que le gouvernement de gauche de Romano Prodi proroge le mandat du manager nommé sous le cabinet de droite de Silvio Berlusconi. Le gouvernement italien est en tout cas resté silencieux depuis l’annonce d’un accord sur Kashagan, bien que Romano Prodi soit lui-même allé à l’automne dernier au Kazakhstan pour sortir de l’impasse. Apparemment sans succès majeur pour ENI...

Andrea Morawski, à Londres, et Frank Paul Weber, à Milan

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