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Un article de Jean-Michel Bezat et Patrick Roger paru dans le Monde du 16 juin 2006

Le "plan B" pour GDF-Suez : l’échange de participations

vendredi 16 juin 2006 par Jean-Michel Bezat, Patrick Roger

Il y a un "plan B" dans le cas où le gouvernement renoncerait à la fusion entre Gaz de France (GDF) et Suez pour s’éviter une rebuffade des députés de l’UMP : une prise de participations croisée entre les deux entreprises. L’opération ferait du groupe d’énergie et d’environnement le second actionnaire du gazier public après l’Etat, et celui-ci deviendrait un actionnaire de référence de Suez.

Les dirigeants de GDF jugent que "rien n’est perdu pour la fusion" et que "Suez ne voudra pas de cette solution de participations croisées, et à juste titre". Le PDG de Suez ne l’exclut pourtant pas. Dans un entretien aux Echos, jeudi 15 juin, Gérard Mestrallet affirme "privilégier" la fusion, sans exclure un "projet alternatif". Dans ce cas, dit-il, il veillera à "privilégier les aspects industriels, les intérêts de ses salariés, ses actionnaires, ses clients".

Pour Pierre Méhaignerie, président (UMP) de la commission des finances de l’Assemblée nationale, la solution des participations croisées serait "la meilleure piste". Elle permettrait de faire entrer Enel dans le tour de table, dissuaderait le numéro 1 italien de l’électricité de lancer une OPA hostile sur Suez et donnerait une dimension plus européenne au projet.

Cette prudence est partagée par Nicolas Sarkozy. Sans privilégier une solution, il entend bien laisser le jeu ouvert. Le président de l’UMP, qui s’était prononcé en faveur de la fusion peu après son annonce par le premier ministre, Dominique de Villepin, estime aujourd’hui que "toutes les solutions doivent être explorées". Et qu’il y en a peut-être d’autres qu’une fusion pure et simple des deux groupes d’énergie.

Il en est une, en revanche, qui semble bel et bien enterrée : une offre publique d’échange (OPE) de Suez sur GDF, qui signifierait la mort programmée du groupe public. C’est cette solution qui avait la préférence du ministre de l’économie et des finances, Thierry Breton, jusqu’à ce que le chef du gouvernement ne tranche finalement, le 25 février, en faveur d’un mariage Suez-GDF.

"Ce serait inacceptable et nous le dirions publiquement, prévient un des dirigeants du groupe gazier. On ne veut pas être absorbé, c’est la pérennité de l’entreprise qui est en jeu." Le PDG de GDF , Jean-François Cirelli, se bat d’ailleurs pour que le nom "Gaz de France" soit préservé dans la nouvelle entité née de la fusion avec Suez .


GDF : l’UMP inflige un nouveau camouflet au premier ministre

Le chaud et le froid. A l’issue de la déclaration du gouvernement sur la politique énergétique et du débat qui l’a suivi, mercredi 14 juin à l’Assemblée nationale, l’incertitude demeurait sur l’avenir du dossier Gaz de France-Suez. "On va trouver une solution, on n’a pas de doute", assurait Matignon, jeudi matin. Dominique de Villepin doit s’entretenir, vendredi, avec Jacques Chirac pour obtenir un arbitrage. L’Elysée, Matignon et le président de l’UMP, Nicolas Sarkozy, arrêteront une décision en commun après que le débat aura eu lieu au Sénat et qu’ils auront pris le pouls des groupes parlementaires. Celui-ci, pour l’heure, indique une grande fébrilité.

Mercredi soir, après que la séance eut été levée aux alentours de 23 heures, le ministre de l’économie, Thierry Breton, et le ministre délégué à l’industrie, François Loos, se sont attardés au Palais-Bourbon pour s’entretenir avec les principaux protagonistes du groupe UMP. Pour leur faire part, tout d’abord, de la volonté du premier ministre de présenter le projet de loi sur l’énergie dans les meilleurs délais, c’est-à-dire avant la fin de la session parlementaire. Et pour les assurer que toutes les garanties aux demandes formulées par les députés seraient apportées. M. Breton a ainsi pris le temps, dans l’hémicycle, de répondre point par point aux demandes qui avaient été énoncées, notamment sur le maintien des missions de service public et l’instauration d’un "tarif social" du gaz, ainsi que sur le contrôle de l’Etat sur le nouvel ensemble.

Le gouvernement envisageait alors l’hypothèse d’un texte de loi scindé en deux parties : l’une sur l’ouverture des marchés et l’adaptation des activités de distribution, répondant à l’obligation de transcrire les directives européennes avant le 1er juillet 2007 ; l’autre sur GDF, prévoyant l’abaissement du seuil de participation de l’Etat dans son capital et donc sa privatisation. Le premier pourrait texte pourrait venir en première lecture à l’Assemblée et le second au Sénat.

Rien ne permet toutefois d’affirmer que ce scénario soit réalisable. Car les réserves au sein du groupe restent fortes. Pas tant sur le dossier industriel, sur lequel existe au sein de l’UMP un consensus assez large - même si subsistent certaines oppositions de fond -, que sur la capacité de M. de Villepin à le mener à bon port "sans mettre le feu à la plaine". "On ne veut pas se payer un CPE bis", ont clairement expliqué les députés de l’UMP, mercredi, à leur président, Bernard Accoyer, qui avait convié plusieurs d’entre eux à déjeuner pour "sentir l’ambiance". Marc Laffineur, avait fait de même, le matin, à l’occasion d’un petit- déjeuner. "Les députés ont peur. La réalité, c’est qu’ils n’ont plus confiance dans le premier ministre", confie le vice-président du groupe.

Pour Matignon, pas question d’être mis sous tutelle. "Qu’on ne compte pas sur nous pour ne rien faire et attendre la fin du quinquennat. La majorité n’a des chances d’être renouvelée en 2007 que si elle a travaillé jusqu’au dernier jour", assure l’entourage du premier ministre. Mais, à 15 heures, avant que le débat ne commence, M. Accoyer lance une petite bombe dans les couloirs de l’Assemblée, qu’il n’y aura "pas de majorité suffisante" pour voter le projet de loi. Le même avait souhaité, plus tôt, sur Direct 8, que l’"incertitude" sur une éventuelle candidature de M. Villepin à l’élection présidentielle "soit levée" : "Il me paraît difficile de se consacrer totalement à la France et de regarder la haie suivante, la prochaine échéance électorale."

C’est un premier ministre sous tension qui prend la parole dans l’hémicycle. "Je sais qu’il y a des interrogations", concède M. de Villepin, assurant que "le gouvernement prendra le temps d’y répondre". Mais "il faut parfois en politique un peu de courage". A ce moment, la réflexion semble s’adresser plus à sa majorité qu’à l’opposition. Jean Leonetti (UMP, Alpes-Maritimes) ne semblait pas plus impressionné que cela. "Quand grand chef Matignon parle, majorité inquiète", ironisait le vice-président du groupe.


Chronologie

2 juin 2005. Le déjeuner organisé en l’honneur de la nomination de Dominique de Villepin à Matignon par Jean-Louis Debré, président de l’Assemblée, révèle l’hostilité des députés de l’UMP. Sa déclaration de politique générale et sa priorité à la lutte contre le chômage feront taire ces réticences quelque temps.

2 novembre. En pleine crise des banlieues, lors de la réunion de groupe, les députés UMP boudent M. de Villepin et applaudissent M. Sarkozy, pourtant visé le matin même par Jacques Chirac qui en a appelé au "dialogue" et fustigé "l’irrespect".

Février-avril 2006. Avec la crise sur le CPE , la rupture est définitivement consommée avec le groupe UMP. Les parlementaires reprochent au premier ministre l’absence de concertation et son obstination, qui ont consacré le divorce de la majorité avec la jeunesse.

16 mai. Moins de la moitié des députés UMP fait acte de présence dans l’hémicycle pendant le discours du premier ministre à l’occasion du débat de censure initié par les socialistes.

31 mai. Une partie des députés UMP scande "Borloo, Borloo" à l’Assemblée, alors que le ministre de l’emploi fait campagne depuis plusieurs semaines pour être nommé à Matignon.

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