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Philippe Jérôme | L’Humanité du 06.01.2011

Le plan de relance des Fralib

samedi 8 janvier 2011 par Philippe Jérôme
Les salariés de l’usine de Gémenos, menacée de fermeture par la multinationale Unilever, poursuivent leur lutte en adoptant un projet alternatif autour de la marque Éléphant.

Bouches-du-Rhône,envoyé spécial. Convoqués pour causer «  enveloppes de départ  » par une direction de Fralib (groupe Unilever) résolue à fermer dès avril prochain l’usine provençale de sachets de thé Lipton et d’infusions Éléphant, les élus CGT et CFE-CGC ont, au contraire, déposé au comité d’entreprise (CE), réuni lundi, des propositions «  pour le développement de l’activité et de l’emploi  ». Ce projet alternatif avait été adopté le matin même, à l’unanimité, par l’assemblée générale des salariés, lesquels ont collé la semaine dernière des milliers d’affiches appelant au boycott national du thé Lipton en sachets Pyramid.

Dans leur esprit, de plus en plus combatif, les deux démarches ne sont pas contradictoires, comme le souligne Gérard Cazorla, élu CGT au CE  : «  Il faut frapper au portefeuille pour faire revenir Unilever sur sa décision de fermeture. Mais si elle reste inchangée, alors qu’Unilever s’en aille avec sa marque Lipton et que les pouvoirs publics nous aident à développer la marque Éléphant dans cette usine de Gémenos qui est profitable.  »

Des records de productivité

Née il y a dix ans de la fusion des établissements de Marseille et du Havre avec, à la clé, une centaine de suppressions d’emplois et le transfert d’une cinquantaine de salariés et leurs familles de Normandie vers la Provence, cette usine de Gémenos a effectivement battu des records de productivité. «  En 1989, la production sur les deux sites était de 5,525 millions de sachets de thé par an et par salarié. En 2009, à Gémenos elle est passée à 8,270 millions, soit en vingt ans une augmentation de la productivité de 50 %  », précisent les syndicats.

Autres chiffres significatifs  : Unilever France a «  fait remonter  » à la maison mère anglo-néerlandaise 750 millions d’euros de dividendes (en 2008) tout en soustrayant au fisc français, par le biais d’un centre de profits basé en Suisse, quelque 67 millions d’euros, selon les premiers éléments d’une expertise en cours diligentée par dix des onze CE du groupe. Dernière précision, de source syndicale  : les salaires (46 % en moyenne au-dessus du smic il y a vingt ans, tombés à 3,5 % aujourd’hui) ne représentent que 16 centimes d’euro sur une boîte de sachets de thé vendus entre 1,80 et 2,60 euros, ceci expliquant en grande partie ce qui précède.

« Rompre avec la logique de misère »

Pas suffisant cependant pour les actionnaires d’Unilever qui ont pourtant empoché entre 2001 et 2007 quelque 13 milliards d’euros de dividendes. Jugeant insuffisamment juteuse l’usine provençale et ses remuants employés, en grève au printemps dernier justement pour leurs salaires, ils ont privilégié en termes d’investissements dans le nouveau conditionnement, dénommé Pyramid, les ateliers de Belgique et de Pologne.

C’est dans l’espoir de pouvoir «  rompre avec cette logique de misère  » que les rebelles de Fralib refusent donc les primes de départ au profit du maintien de leur emploi et de la défense d’Éléphant, «  marque nationale et traditionnelle implantée depuis cent dix-huit ans en Provence, propriété des salariés et symbole de toute l’usine  ». Utopique  ? Les syndicalistes font valoir que Fralib est la seule entreprise en France de conditionnement de thé et d’infusions et que notre pays est «  pour Unilever Europe le premier marché pour ces produits  ».

«  Il y a un marché, un savoir-faire, un patrimoine industriel, des coopérations possibles avec des pays en développement pour l’approvisionnement en thé et avec des producteurs locaux pour les herbes aromatiques, et nous sommes ouverts à toute forme de gestion, du repreneur privé à la coopérative ouvrière  », résume Gérard Cazorla, qui réclame des pouvoirs publics l’organisation au plus vite d’une table ronde avec tous ceux qui ne veulent pas voir prochainement l’Éléphant conduit au cimetière.


Escarmouches judiciaires interposées

Le dialogue social étant pratiquement rompu depuis l’annonce unilatérale de la fermeture de l’usine de Gémenos, c’est dans les prétoires que s’affrontent ces derniers temps direction et syndicats de Fralib. Mardi dernier, le tribunal de grande instance (TGI) de Nanterre a décidé d’examiner, en septembre prochain, la plainte 
en diffamation déposée par Unilever contre 
trois élus de la CGT et de la CFE-CGC.

La multinationale reproche aux syndicats 
de l’avoir accusée de «  voler  » le fisc français (lire ci-contre) mais aussi les consommateurs en augmentant le prix du sachet de thé dont 
le poids serait en baisse. Syndicats qui, le même jour, en riposte, ont demandé par ailleurs que s’ouvre rapidement le procès d’un dirigeant 
de Fralib qui aurait rudement agressé 
une salariée lors de la grève du printemps dernier. Après avoir manifesté devant le TGI, 
une délégation a été reçue à ce sujet par 
le procureur de la République de Marseille.

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