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Article de Paulo A. Paranagua paru dans Le Monde du 29.08.06

Le président bolivien peine à mettre en oeuvre la nationalisation du gaz

mardi 29 août 2006 par Paulo A. Paranagua
Le président Evo Morales a dénoncé, vendredi 25 août, un "complot" contre la nationalisation des hydrocarbures boliviens. "La nationalisation ne va pas s’arrêter, a-t-il assuré : ceux qui refusent le changement sont les vendeurs de la patrie, les assassins, les responsables de massacres." La justice a perquisitionné, vendredi, les bureaux d’une filiale de la compagnie pétrolière espagnole Repsol, à Santa Cruz, soupçonnée de fraude. Repsol s’est plainte d’une "persécution injustifiée".

Le coup de colère du président bolivien a été provoqué par la demande du Sénat - où l’opposition de droite dispose d’une faible majorité - de la démission du ministre des hydrocarbures. La censure contre le ministre Andres Soliz Rada a été votée alors que le président de l’entreprise publique Yacimientos Petroliferos Fiscales Bolivianos (YPFB), Jorge Alvarado, un proche de M. Morales, a été accusé de corruption pour avoir signé, le 6 juin, un contrat comportant des clauses secrètes.

Quatre mois après le décret du 1er mai, YPFB peine à mettre en oeuvre la nationalisation et à assumer toute la chaîne de production, transport et commercialisation du gaz. La négociation de nouveaux contrats avec les compagnies pétrolières étrangères implantées en Bolivie est au point mort, alors que le délai imparti expire dans deux mois. La seule avancée enregistrée a été l’augmentation du prix du gaz vendu à l’Argentine.

"La question des hydrocarbures nous donne beaucoup de migraines", admet Juan Ramon Quintana, le ministre de la présidence, qui invoque la pénurie de cadres qualifiés. M. Soliz attribue l’incapacité d’YPFB à assumer ses nouvelles responsabilités plutôt au "manque de ressources". Malgré la surtaxe appliquée à l’exploitation du gaz depuis le 1er mai, YPFB a demandé à la Banque centrale un crédit de 180 millions de dollars. "Les compagnies ont versé les taxes dues à l’Etat, mais YPFB n’arrive pas à encaisser la partie qui lui revient", confie une source diplomatique à La Paz.

En dépit du climat survolté, le président Morales a décidé de mieux encadrer M. Soliz, dont les déclarations virulentes contre les multinationales ont compromis le renouvellement des contrats. Après s’être appuyé sur les conseillers du bouillant président vénézuélien, Hugo Chavez, il s’est tourné vers le gouvernement norvégien (centre gauche).

En même temps, le vice-président Alvaro Garcia Linera, qui avait critiqué la gestion de ce dossier sensible, s’est vu confier les négociations. Le 24 août, il s’est donc rendu à Brasilia pour "tourner la page des désaccords et incompréhensions". A La Paz, le quotidien La Razon a salué ce "tournant positif", qui remplace la confrontation par le dialogue.

Les Boliviens souhaitent doubler le prix du gaz exporté vers le Brésil, tandis que les Brésiliens se disent disposés à accepter une augmentation "dans des limites raisonnables". "Notre intérêt est de rester en Bolivie au moins jusqu’à l’expiration du contrat d’importation, en 2019", assure la compagnie brésilienne Petrobras.

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