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Jean-Michel Bezat | Le Monde le 12 mai 2007

Le prix du baril de pétrole et celui de l’essence font le grand écart

samedi 12 mai 2007 par Jean-Michel Bezat

Les mauvais souvenirs de l’été 2006 reviennent à la mémoire des automobilistes : les prix de l’essence à la pompe ont atteint, ces derniers jours, des niveaux proches de ceux de juillet 2006, quand le baril oscillait entre 70 et 78 dollars. Les cours du brut sont nettement retombés depuis (entre 60 et 65 dollars), mais le prix moyen du super 95 est de 1,32 euro (environ 45 centimes hors taxes), selon l’Union française des industries pétrolières (UFIP), un niveau très proche des 1,34 euro atteints il y a dix mois.

Le coup est rude pour les consommateurs, même si l’essence ne représente qu’un quart du marché des carburants automobiles et si la force de l’euro par rapport au dollar allège un peu la facture. Depuis le début de février, le litre de super 95 a augmenté de 17 centimes. Le prix du baril de brut a certes progressé depuis le point bas de la mi-janvier (50 dollars) pour atteindre son plus haut niveau (66 dollars) fin avril sur le marché de New York, mais l’explication reste insuffisante.

Il faut se retourner vers le marché du raffinage de l’essence lui-même. "Fin avril début mai, il y a eu une forte poussée du prix international de l’essence sur les marchés de New York et de Rotterdam, qui ont atteint des niveaux exceptionnellement élevés", explique Jean-Louis Schilansky, délégué général de l’UFIP.

Jamais l’écart entre un baril de brut et un baril d’essence (32 dollars) n’a été aussi élevé. Les marges de raffinage ont aussi été excellentes au premier trimestre, reconnaît-on chez Total. En Europe, elles ont atteint 33 dollars la tonne en moyenne pour le groupe pétrolier français, soit une progression de 28 % par rapport aux trois premiers mois de 2006.

QUID DU POUVOIR D’ACHAT ?

Compte tenu des volumes écoulés aux Etats-Unis, c’est l’Amérique qui fait le prix de l’essence, note M. Schilanski. Or la demande américaine a été forte début mai, tandis que le nombre de raffineries à l’arrêt (incidents, maintenance...) a créé des problèmes d’approvisionnement. La France a beau être excédentaire et exporter 6,1 millions de tonnes d’essence en 2006, elle a été touchée de plein fouet.

Aux Etats-Unis, des élus démocrates ont laissé entendre que les grandes compagnies (Exxon, Chevron, BP...) réduisaient volontairement l’offre pour faire grimper les prix. Candidate à l’investiture démocrate pour la présidentielle de 2008, Hillary Clinton a dénoncé ces majors qui, à ses yeux, "ne sont pas tenues pour responsables de la maintenance de leurs équipements", les accusant de "faire payer aux consommateurs les conséquences de difficultés d’approvisionnement".

L’impact est moins grave en France, où la consommation d’essence ne cesse de reculer (- 5,9 % en 2006) au profit du gazole (+ 2,7 %), en partie importé de Russie. Celui-ci a beaucoup moins augmenté, selon M. Schilansky, passant de 1,01 euro début janvier à 1,07 euro en mai.

Il assure que "la tendance sur le marché international de l’essence est maintenant à la baisse de 4 à 5 centimes". Un reflux qui, selon lui, devrait se traduire par une baisse prochaine des prix à la pompe.

Est-ce certain ? Les stocks d’essence américains restent inférieurs de 7 % à ce qu’ils étaient en 2006 à la même époque, selon les statistiques publiées, mercredi 9 mai, par le département américain de l’énergie. Et la "driving season", période pendant laquelle les Américains utilisent massivement leurs voitures, va débuter fin mai...

En France, la hausse de l’essence ampute lourdement les revenus des ménages. Que fera le nouveau gouvernement ? Malgré le discours de campagne de Nicolas Sarkozy sur la nécessité d’augmenter le pouvoir d’achat, rien n’est prévu dans ce domaine. Le nouveau président de la République n’a pas l’intention de rétablir la TIPP flottante, qui prévoyait une réduction de la taxe intérieure sur les produits pétroliers pour amortir l’envolée des prix à la pompe. Il n’envisage pas davantage d’imposer une surtaxe sur les bénéfices des compagnies opérant en France.

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