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Un article de Jean-Michel Bezat paru dans Le Monde du 19 avril 2006

Le prix du pétrole inquiète de nouveau le gouvernement

mercredi 19 avril 2006 par Jean-Michel Bezat

La fièvre n’est toujours pas retombée sur les marchés pétroliers. Après avoir atteint 71,62 dollars lors des échanges électroniques à Londres, lundi 17 avril, le baril de Brent de la mer du Nord a dépassé ce record, mardi matin, pour parvenir à 72 dollars lors des premiers échanges. A New York, les cours sont également restés très élevés : le light sweet crude est monté, mardi, à 70,88 dollars - plus haut que le 30 août 2005, quand le passage dévastateur de l’ouragan Katrina sur le golfe du Mexique avait propulsé le baril à 70,85 dollars en séance.

Ce mouvement a entraîné une augmentation des prix à la pompe qui inquiète le gouvernement français. Le ministre de l’économie a exclu, mardi, sur France Inter, toute baisse de la taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP), estimant que "ça ne sert à rien". Thierry Breton a cependant réaffirmé qu’en cas de "mouvements erratiques sur les prix à la pompe", il n’excluait pas de "réunir à nouveau les opérateurs pétroliers à Bercy pour veiller à ce que la répercussion se fasse de façon lissée", comme Total s’y était d’ailleurs engagé en septembre 2005.

Le prix du baril a déjà augmenté de 20 % au cours des deux derniers mois. Est-il en route vers les 80 dollars, perspective inimaginable il y a deux ans ? Tous les experts ne se risquent pas à faire un tel pronostic, mais tous soulignent que les facteurs de hausse sont nombreux.

Les données structurelles n’ont pas changé depuis deux ans. La production a du mal à répondre à la demande. Et les marchés craignent un début de pénurie d’essence aux Etats-Unis, où les capacités de raffinage restent très tendues à la veille de la saison des grandes migrations routières des Américains.

M. Breton aura beau plaider devant le G7 pour une augmentation de l’offre pétrolière afin de contrer les "effets spéculatifs" sur les prix du brut, comme il l’a annoncé mardi, sa démarche risque d’être de peu d’effet. Plusieurs ministres des Etats membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) ont fait savoir, ces derniers jours, que le cartel produisait déjà "au maximum".

Les marchés spéculent également sur une aggravation de la crise au Moyen-Orient, où l’attentat suicide de Tel Aviv, lundi, n’a fait qu’accroître la tension. L’hostilité de Washington au programme nucléaire iranien pourrait par ailleurs dégénérer en conflit armé, des frappes militaires américaines entraînant alors un blocage du détroit d’Ormuz par lequel transite plus du tiers du pétrole mondial. Enfin, rien n’est réglé au Nigéria, où les attaques des mouvements de guérilla contre des installations pétrolières du delta du Niger privent toujours le marché d’environ 500 000 barils par jour.


Pas d’envolée des prix à la pompe

Pour l’heure, les étiquettes des stations-service n’ont pas répercuté la flambée des prix du brut. Selon le ministère, les prix pratiqués pour le super sans plomb 95 oscillaient entre 1,27 et 1,30 euro par litre la semaine dernière, encore bien en-deçà des 1,60 euro atteints dans certaines stations services en août 2005.

Mais le plein d’essence pourrait coûter quelques centimes de plus d’ici une à deux semaines, selon le délégué général de l’Union française des industries pétrolières (UFIP), Jean-Louis Schilansky. -(AFP.)


Selon l’OPEP, la hausse des cours du pétrole peuvent menacer la croissance

Pour l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), le maintien de prix élevés de l’énergie peut poser un risque pour la croissance. Dans son rapport mensuel d’avril publié mardi 18 avril, l’OPEP affirme que cette menace est présente "surtout dans les économies où les budgets de consommation sont soumis à la pression de hausse des taux d’intérêt".

D’après le cartel, l’économie américaine "devrait ralentir à la fin de 2006 et l’économie mondiale dépendra de plus en plus de la demande générée en Asie et en Europe". Le rapport estime les perspectives plus "encourageantes" en Asie, en particulier en Chine, qu’en Europe, où existe "une incertitude politique" quant aux réformes nécessaires. Pourtant, dans l’ensemble, le cartel des pays exportateurs s’attend à une croissance du PIB (produit intérieur brut) mondial équivalant cette année à celle de 2005.

Les prévisions de croissance de la demande mondiale de brut auprès de l’OPEP et des autres pays producteurs hors cartel restent pratiquement les mêmes que le mois précédent. "Compte tenu des premiers chiffres préliminaires complets pour l’ensemble de 2005, la demande mondiale semble avoir augmenté d’environ un million de barils par jour (mbj), soit 1,2 % en 2005 à 83,1 mbj en 2005. En 2006, la croissance de la demande mondiale prévue est de 1,7 % à environ 84,5 mbj en 2006, marginalement moindre que la hausse prévue" le mois dernier, selon le rapport.

Cette légère révision pour l’année provient d’une "consommation décevante aux Etats-Unis lors du premier trimestre, compensée partiellement par une tendance à la hausse en Europe", alors que la consommation apparaît "très volatile en Chine pour les trois premiers mois de 2006" (+ 20 % en janvier, mais seulement + 3 % en février).

PAS D’ACCROISSEMENT DE LA PRODUCTION

La demande attendue pour le pétrole des onze pays du cartel devrait atteindre 28,5 mbj cette année, après avoir été de 28,8 mbj l’an dernier. Les pays de l’OPEP ont produit 29,6 mbj en mars, en baisse de 0,2 mbj. Les pays hors OPEP devraient porter en 2006 leur offre à 51,5 mbj, soit une hausse de 1,4 mbj par rapport à 2005.

Le prix du pétrole a battu un record historique à New York, mardi, et continue d’atteindre de nouveaux sommets à Londres, porté par la crainte d’une escalade militaire entre les Etats-Unis et l’Iran, qui refuse toujours de renoncer à son programme nucléaire.

Le baril de light sweet crude pour livraison en mai a atteint 70,88 dollars à New York lors des échanges électroniques, en hausse de 48 cents par rapport à la veille. Il s’agit de son plus haut niveau depuis le début de sa cotation à New York en 1983.

Malgré ces chiffres, l’OPEP estime que les marchés sont bien alimentés et qu’il n’y a pas besoin d’accroître la production. "L’essentiel, c’est que ces développements ne proviennent pas d’une absence de pétrole sur leur marché", a déclaré Omar Farouk Ibrahim, porte-parole de l’OPEP. "Si le marché n’était pas bien approvisionné, il se pourrait que l’OPEP doive pomper davantage pour calmer les marchés mais tout le monde vous dira que les marchés sont bien approvisionnés", a-t-il déclaré avant d’ajouter que "la conférence (des ministres) prendra toute mesure nécessaire pour calmer les marchés. Nous sommes très préoccupés".

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