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Un article de Alain Raynal paru dans L’Humanité du 30 mars 2006

Le refus de précarité soude les luttesLe refus de précarité soude les luttes

vendredi 31 mars 2006 par Alain Raynal
Après un bilan très positif de la journée de mardi, la Fédération CGT de la métallurgie appelle à débattre avec les salariés pour donner suite à l’action.

« Les métallos ont fait fort ! » Appréciation largement partagée par les syndicalistes qui, mardi soir, tirent un premier bilan de la journée de lutte. En Midi-Pyrénées, 55 appels à la grève ont été recensés dans les entreprises de la métallurgie. Forte participation aux manifestations, par exemple, des salariés de la Socata à Tarbes. Des équipementiers Labinal de Villemur en Haute-Garonne, de la Comau à Castres (Tarn). À Villefranche-de-Rouergue, dans l’Aveyron, Marcel Penard, délégué CGT, chiffre à 85 % le nombre de grévistes à l’appel CGT et FO, ateliers de production et autres services confondus, chez Blanc Aéro Industries. « La grève a été très forte, car à quelques jours de la négociation annuelle nous avons lié les revendications, le rejet du CPE, mais aussi les salaires de base trop bas avoisinant toujours le SMIC, ainsi que la revalorisation du travail de nuit », explique le syndicaliste. Une AG des personnels est prévue pour la semaine prochaine.

Après un appel à la grève CGT, CFDT, environ 120 salariés de Siemens ont participé à la manifestation. Ils ont reçu un message de soutien de leurs collègues allemands du syndicat IG Metall. Pour préparer cette journée de lutte, les syndicats CGT de Siemens, de Thales, l’entreprise voisine dans le secteur de Basso Cambo, et les étudiants de l’université proche du Mirail ont rédigé un appel commun liant dans un même refus la précarité des jeunes, des étudiants et celle dans les entreprises. « Pour les salariés de Siemens, le rejet du CPE n’est autre que l’écho de ce qu’ils vivent », juge Olivier Grimoux, syndicaliste CGT. Le licenciement d’une centaine de contrats de professionnalisation a été annoncé en CE. Il souhaite qu’une assemblée générale commune lors de la prochaine journée d’action réunisse les salariés des entreprises du Mirail et de Basso Cambo.

Autre entreprise voisine, Freescale (ex-Motorola), qui fabrique les composants électroniques. « Le CPE ne fait que prolonger ce qu’on vit dans la boîte », témoigne un militant syndical (NDW : nom supprimé à la demande de l’intéressé), indiquant que les personnels en CDI subissent de plus en plus de pression pour les pousser à la précarisation. Plus d’une centaine ont ainsi démissionné de l’entreprise l’an passé. Chez Alcatel Space, Philippe Queulin, responsable métallo CGT, informe qu’une pétition proposée par les cinq syndicats a recueilli 700 signatures pour l’embauche en CDI des contrats de professionnalisation. Le délégué CGT d’Airbus, Georges Daout, fournit une raison supplémentaire pour son syndicat de rejeter, non seulement le CPE, mais toute la loi « dite de modernisation sociale ». Cette dernière cache un article qui interdit, malgré les avancées de la jurisprudence, aux salariés sous-traitants installés sur le même site que leurs collègues de l’entreprise donneuse d’ordres de voter pour les élections de DP. Une bataille que mène la CGT sur les sites Airbus. Dans un texte publié mardi soir, la Fédération CGT de la métallurgie appelle toutes ses organisations à débattre avec les salariés pour donner une suite à l’action, tant dans des dimensions interprofessionnelles que professionnelles.


Cette unité qui gêne le gouvernement

Le rassemblement des salariés et des étudiants revêt un caractère inédit.

Ils ont réussi mardi la plus importante mobilisation sociale depuis trente ans. Non pas à 5 (les confédérations syndicales), ni même à 8 (l’ensemble des syndicats de salariés) mais à 12, avec les organisations de jeunes. L’unité syndicale est incontestablement une des forces du mouvement anti-CPE et un des problèmes majeurs du gouvernement. En deux mois, Dominique de Villepin a tenté à plusieurs reprises d’instaurer des clivages entre les organisations « fréquentables » à qui il a proposé de discuter et les « non représentatives » qu’il a écartées de tous pourparlers. Mais il n’a réussi qu’à souder un peu plus le mouvement contre lui. À bien des égards, ce rassemblement syndical est inédit. A-t-il même jamais existé ? « Ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui, le premier qui quitte le bateau est mort », analyse un des participants de l’intersyndicale. Les syndicats sont conscients que la pression sociale s’exerce aussi sur leur unité, qu’ils cultivent avec beaucoup de précautions depuis deux mois. Les réunions sont minutieusement préparées afin de parvenir à élaborer les compromis nécessaires pour parler à douze d’une seule voix. La CFDT préfère défiler un samedi, FO prône un mouvement de grève en semaine, la FSU ou Solidaires guettent les opportunités de proposer une grève reconductible, l’UNEF et l’UNL insistent pour que la conjonction entre étudiants et salariés se réalise le plus souvent possible, la CGT cherche à concilier toutes les propositions pourvu que la mobilisation suivante permette de franchir une étape dans le rapport de forces. Depuis le 7 mars, toutes ces formes d’action ont trouvé un débouché dans le mouvement.

Ferment de l’unité, une partie des réformes à venir se jouent dans le bras de fer engagé avec le gouvernement. Si le CPE passe, les libéraux vont avoir les coudées franches pour pousser plus loin encore les réformes contre le Code du travail. Mais si le mouvement social l’emporte, alors les syndicats seront en position, pour la première fois depuis longtemps, d’imposer une négociation à partir de leurs propres propositions.

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