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Alain Raynal | L’Humanité du 4 avril 2007

Le refus du dépeçage d’Airbus

mercredi 4 avril 2007 par Alain Raynal
AÉRONAUTIQUE .La mobilisation ne faiblit par chez l’avionneur européen.Les personnels étaient en grève hier matin contre la fermeture de sites.

Toulouse (Haute-Garonne), correspondant régional. Inaugurée il y a quatre ans à peine, la zone AéroConstellation à Blagnac sur laquelle domine l’immense usine d’assemblage de l’Airbus A380, le géant du ciel, a connu hier matin sa première grande manifestation sociale. À l’appel des syndicats FO, CGT et CFDT de l’avionneur européen, 4 000 salariés ont débrayé puis manifesté jusqu’à l’aéroport de Toulouse-Blagnac aux cris de « Power 8 au placard ! ». Un appel identique à la grève était également lancé à Méaulte, à Nantes et Saint-Nazaire.

Cette journée d’action précède une nouvelle réunion du comité de groupe européen qui s’ouvre ce matin. Quatrième mouvement depuis l’an- nonce du plan de suppression de 10 000 emplois, les syndicats assurent que la mobilisation ne faiblit pas d’un pouce, malgré les vacances scolaires dans le midi toulousain et, surtout, l’absence de la CFECGC et de la CFTC qui n’ont pas voulu s’associer à l’action.

Chez Jean-Marc, la quarantaine, domine toujours le sentiment d’avoir été trompé par des investisseurs ayant d’autres calculs en tête que la réalisation des avions . « Nous nous sommes battus pour cet Airbus A380, nous avons passé des nuits et nous n’avons jamais compté nos heures au travail pour réussir cette merveille de technologie. Aujourd’hui les actionnaires nous lâchent et ils veulent nous faire payer leurs erreurs. »

Le projet de vente par Airbus de l’usine de Méaulte dans la Somme spécialisée dans la pointe avant des avions est cité pour mieux dénoncer les objectifs d’externalisation et de dépeçage progressif du constructeur européen. Un investissement de 150 millions d’euros, selon les syndicalistes, est recherché pour positionner totalement le site picard sur les nouveaux matériaux composites pleinement utilisés pour le futur A350.

Plusieurs repreneurs se mettent aujourd’hui sur les rangs pour acheter Méaulte : le français Latécoère, mais aussi l’italien Alenia et l’américain Spirit qui vient de prendre la partie avant du Boeing 787. « Aujourd’hui la pointe avant, demain ce sera au tour des voilures avec la cession de Filton en Angleterre, puis des parties de fuselage avec l’externalisation d’activités de Nordenham (Allemagne), si nous laissons faire c’est bien une vente par appartements de notre entreprise qui est programmée », explique Xavier Petrachi, délégué syndical central CGT. « L’avenir d’Airbus, poursuit-il, ne peut pas se construire en fermant trois sites, en vendant trois autres, en diminuant les capacités industrielles, en réduisant l’emploi et la sous-traitance de proximité. »

Pour son collègue de Force ouvrière, Jean-François Knepper, délégué syndical central, la vente de Méaulte et la fermeture de Saint- Nazaire ville préfigurent aussi « l’éclatement » d’Airbus. « Les dirigeants de EADS-Airbus s’inscrivent dans une mondialisation de l’économie et le centre d’intérêt des actionnaires privés n’est plus l’industrie aéronautique. » Le responsable FO considère que l’État français, qui n’avait pas encore nommé son représentant au conseil d’administration de EADS lors de la présentation de Power 8 en février dernier, doit exiger « la remise à plat » du pacte d’actionnaires. À moins de trois semaines maintenant du premier tour de la présidentielle, les syndicalistes estiment que tout le monde joue la montre. « Les promesses qui nous ont été faites par les candidats, rappelle Jean-François Knepper, devront alors devenir des réalités. »

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