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Un article de Christophe Deroubaix paru dans L’Humanité du 19 octobre 2005

Le refus du scénario ficelé par Nestlé

mercredi 19 octobre 2005 par Christophe Deroubaix
Le syndicat CGT du site de Saint-Menet demande la relance d’un nouvel et véritable appel d’offres.

Et le vainqueur est... Alors que le préfet de région avait l’intention de sortir de son chapeau, jeudi prochain, le nom du « repreneur » du site Nestlé de Saint-Menet, le syndicat CGT de l’entreprise a décidé de dévoiler, dans un même élan, les nominés et... les conditions d’une fausse reprise. Commençons par ces dernières. Dix-sept candidatures ont été examinées par un « comité technique » auquel n’ont jamais été associés les représentants du personnel ni les organisations syndicales. Trois dossiers ont donc finalement été sélectionnés sur la base d’un cahier des charges qu’ont toujours contesté les syndicats. Élaboré par la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Marseille à la demande du préfet, ce « synopsis » restreignait la poursuite de l’activité à la production de chocolat seulement, décrétant non viable la reprise de l’activité café, pourtant génératrice d’une importante valeur ajoutée. Exactement ce que demandait Nestlé.

Pourtant, lors de la table ronde du 5 septembre qui lançait le processus de recherche d’un repreneur, il n’avait jamais été fait mention d’un veto de la multinationale sur le café. Dans sa feuille de route adressée au préfet, Dominique de Villepin jugeait même « inacceptable » que Nestlé exclut la poursuite de l’ensemble de l’activité par un autre industriel. Ce qui a fait dire à Patrick Candela, secrétaire du syndicat CGT du site marseillais : « L’orchestre, c’est la CCI, mais la musique est de Nestlé, qui a la maîtrise du processus. Et le gouvernement ne tient pas ses engagements. »

Alors, les nominés sont Barry et Callebaut (2,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 30 usines dans 23 pays, 8 000 employés), Net Cacao (société à créer par d’anciens dirigeants d’entreprises spécialisées dans l’agroalimentaire) et Omnium européenne de distribution (distributeur agroalimentaire). Pour la CGT, les dés sont pipés et c’est le premier cité qui a toutes les chances de l’emporter puisque le groupe, suisse comme Nestlé, se conforme au fameux cahier des charges. Alors que les deux autres finalistes sèment un peu le désordre : selon l’organisation syndicale, Net Cacao « se dit prêt à examiner une reprise café si Nestlé évoluait » et OED considère « l’activité café indissociable du chocolat ».

Le syndicat, majoritaire dans l’entreprise, formule donc une triple demande : le lancement d’un nouvel appel d’offres, le dessaisissement de la CCI du dossier et la publication de l’ensemble des dossiers de candidature. « On a fait les choses à l’envers. On a d’abord établi un cahier des charges puis on a lancé un appel d’offres, déplore Joël Budanic, élu CGT au comité d’entreprise. Or, c’est tout de même à l’éventuel repreneur de définir son propre cahier des charges. Nous allons d’ailleurs rédiger nous-mêmes un appel d’offres. » Quant à la CCI, dirigée par Jacques Pfister, ancien PDG d’Orangina, « elle est manifestement aux ordres de la multinationale ».

Voilà quelques points fondamentaux qui ont pu être abordés lors d’une rencontre, lundi soir, entre une délégation de responsables CGT et le ministre délégué à l’Industrie, François Loos, en visite à Marseille. Ce dernier a assuré suivre de près le dossier mais s’est montré sceptique sur la possibilité d’une poursuite de l’activité. Cinq grands groupes se partageant le marché mondial, il sera difficile à une PME de se faire une place, a estimé, en substance, le représentant du gouvernement. « L’activité la plus juteuse, c’est bien le café », a rappelé Patrick Candela. Le préfet de région a également annoncé aux syndicalistes que la réunion du 26 octobre constituait une étape pas un point d’arrivée. Un changement de plan qui recule le générique de fin mais qui n’augure en rien de l’épilogue du feuilleton.


864 emplois en jeu, 2 900 personnes concernées

Une étude de l’INSEE chiffre l’impact économique de l’usine Nestlé.

Réalisé par l’INSEE à la demande de la préfecture de région, un rapport sur « l’impact économique de l’établissement Nestlé de Marseille Saint-Menet » vient d’être rendu public. « L’objet de ce travail est d’estimer l’emploi entraîné par l’activité économique de l’établissement Nestlé de Marseille Saint-Menet et d’évaluer la population des ménages concernés », rappellent les auteurs. Les résultats : le site marseillais génère 418 emplois directs (c’est-à-dire dans l’usine même), 184 emplois indirects, 262 emplois induits, soit un total de 864 emplois. « La prise en compte des ménages auxquels appartiennent ces salariés conduit à une population concernée par l’activité de Nestlé de près de 2 900 personnes », est-il précisé.

Parmi les secteurs géographiques touchés, figure évidemment le 11e arrondissement de Marseille, où se trouve le site industriel, puisque Nestlé représente 2,2 % des emplois de ce secteur. La ville voisine d’Aubagne est également fortement impliquée puisque la population totale concernée s’élève à 370 personnes.

« Cette étude ne permet pas de connaître le nombre d’emplois susceptibles d’être supprimés en cas de fermeture de Nestlé », estime prudemment l’INSEE. Partant de l’effet multiplicateur déterminé par l’institut - un salarié de Nestlé génère 1,1 emploi à l’extérieur de l’établissement -, on peut pourtant se livrer à un petit exercice de calcul rapide. La chambre de commerce et d’industrie de Marseille a annoncé le maintien de 140 emplois sur la base de la poursuite de la seule activité chocolat. 280 emplois resteraient donc sur le carreau. Ajoutons trois cents emplois indirects ou induits. Au total, près de 600 emplois disparaîtraient si le scénario de la CCI et de Nestlé s’imposait.

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