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Article de Rémi Barroux paru dans Le Monde du 24 aout 2006

Le retour de la croissance suscite une polémique sur l’augmentation du pouvoir d’achat

jeudi 24 août 2006 par Rémi Barroux

Les bons résultats de l’économie française au 2e trimestre, croissance, emploi, consommation, moral des ménages - "tous les indicateurs sont au vert", ne cesse de répéter le ministre de l’économie Thierry Breton - excitent les convoitises. Comment redistribuer les fruits de cette croissance et soutenir cette dernière ? Que faire des 2 à 3 milliards d’euros de recettes fiscales supplémentaires attendus pour 2006 ?

Pour les syndicats et le PS, la question des salaires et de l’augmentation du pouvoir d’achat va occuper la rentrée sociale. Le PS appelle le gouvernement à organiser une "vraie négociation avec l’ensemble des partenaires sociaux sur la question des salaires et du pouvoir d’achat".

Le gouvernement, confronté à cette exigence et à sa relative impuissance sur la question salariale qui dépend, hors la fonction publique, des négociations entre entreprises et salariés, va proposer une série de mesures. Dominique de Villepin devrait les détailler lors de sa conférence de presse de rentrée, le 31 août, qu’il entend placer sous le signe du pouvoir d’achat. "Soutenir le pouvoir d’achat, c’est aussi des mesures ciblées pour des publics comme les étudiants", explique un conseiller du premier ministre.

Une allocation de 200 euros devrait être versée aux boursiers ayant quitté le domicile familial. Pour compenser la hausse des prix du pétrole, le gouvernement devrait instaurer une prime transport, réclamée par les syndicats depuis un an. Au ministère de l’économie, on met aussi en avant le 1,2 milliard pour la prestation d’accueil du jeune enfant et la prime pour l’emploi. "Nous ciblons les populations fragilisées, explique un conseiller du ministre Thierry Breton. Selon l’Insee, le pouvoir d’achat devrait progresser de 2,4 % en 2006. A Bercy, on estime que "l’ensemble des mesures de soutien au pouvoir d’achat représente un quart de cette augmentation, soit 0,6 %".

Pour autant, le "ressenti" des Français semble différent. Dès la mi-août, la CFTC explique que "chacun peut constater que, entre son vécu quotidien et les statistiques officiels, l’écart est de plus en plus grand !". Jean-Claude Mailly, le secrétaire général de Force ouvrière, renchérit dans Le Parisien du 21 août : "Ce chiffre ne représente qu’une moyenne qui, hélas, ne reflète pas la réalité du plus grand nombre des salariés."

Pour le responsable du département de la conjoncture de l’Insee, Eric Dubois, "il y a un vrai problème de perception. Les prix des biens qui baissent sont ceux des produits que l’on n’achète pas souvent, comme l’informatique ou les lecteurs de DVD, alors que l’essence, que l’on achète plusieurs fois par mois, ne cesse d’augmenter."

Pour l’économiste Nicolas Bouzou, la hausse globale du revenu des ménages ne concerne pas tout le monde. Si les bas et les très hauts salaires en ont profité, "les salaires à partir de 150 % du SMIC ont vu un ralentissement de leur pouvoir d’achat". Pour l’enseignant à l’université Paris-VII, "le pouvoir d’achat progresse, mais il y a de plus en plus de dépenses contraintes comme des abonnements à Internet, les télécommunications, qui ne sont plus disponibles pour les dépenses courantes".

Autre élément qui explique aussi l’impression de stagnation des salaires pour M. Bouzou, "la part variable des salaires est de plus en plus importante". Intéressement, primes : ces sommes parfois importantes ne se retrouvent pas au bas de la fiche de paye mensuelle. L’économiste en chef d’Ixis CIB Patrick Artus constate "un important ralentissement du pouvoir d’achat de chaque salarié au 2e trimestre". La bonne tenue des créations d’emplois, en augmentant la masse salariale globale, masque, selon lui, la baisse des salaires par tête.

"Si les salaires ont augmenté lors des dernières années, notamment grâce aux revalorisations du SMIC, alors que l’économie n’était pas au mieux, on a l’impression que c’est fini. Le pouvoir est aux mains des entreprises et leurs revenus augmentent bien plus que les salaires", explique M. Artus, qui ne soutient pas pour autant les revendications des syndicats.

"Ils continuent de défendre ceux qui ont encore un emploi, argumente-t-il. Il faut faire de la redistribution pour les salariés les moins qualifiés et les plus victimes de la mondialisation, augmenter la prime pour l’emploi et ne pas revendiquer un SMIC à 1 500 euros, qui peut être destructeur d’emploi."

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