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Frédéric de Monicault | Le Figaro le 18/02/2008.

Le réveil du nucléaire dans le monde

lundi 18 février 2008 par Frédéric de Monicault
La Chine, l’Afrique du Sud, les Etats-Unis et un nombre grandissant de pays jouent la carte de l’énergie nucléaire.

Quel retournement de situation. Voici encore quelques années, le recours à l’énergie nucléaire cristallisait les critiques dans la plupart des pays. En toile de fond, les risques liés à l’insécurité, et donc la difficulté pour les opinions publiques d’accepter cette industrie. Aujourd’hui, presque chaque mois, un nouvel État annonce sa volonté de lancer un projet d’envergure dans l’atome civil.

Pierre Gadonneix, le président d’EDF, résume cette évolution spectaculaire : « Quand je suis arrivé à la tête de l’entreprise (en août 2004, NDLR), l’une de mes premières décisions a été de lancer l’EPR, le réacteur de troisième génération, de Flamanville (Manche). Alors que le premier béton nucléaire de ce gigantesque chantier a été lancé voici plusieurs semaines, nous sommes candidats à la construction de douze EPR dans le monde. »

EDF ne sera certainement pas retenu pour tous ces projets, mais le groupe français peut tirer parti de la vitrine française, unique au monde, avec 19 centrales (pour 58 réacteurs) qui produisent près de 80% de l’électricité du pays.

À titre indicatif, l’EPR de Flamanville, prévu pour être opérationnel en 2012, a été décidé sur la base d’un KWh à 46 euros, incluant le coût de l’investissement, du combustible et de l’exploitation. Car quand le baril de pétrole brut voisine durablement les 100 dollars, l’énergie nucléaire redevient une énergie très compétitive.

Autre argument clé : c’est une source d’énergie ne produisant aucune émission de CO2. Un atout capital à l’heure où les préoccupations en matière de développement durable sont essentielles. Il est significatif que les pays les plus gros émetteurs de gaz à effet de serre (États-Unis, Chine, Inde, Russie…) veuillent jouer la carte du nucléaire. Les pays du Moyen-Orient, qui ont des besoins énergétiques de plus en plus importants, cherchent également à préparer l’ère de l’après-pétrole.

Une opportunité pour les Français

La carte du nucléaire du futur se dessine donc peu à peu. En marge de la France, certains pays sont plus en avance que d’autres. La Chine appartient à ce club. Elle prévoit de construire plusieurs dizaines de nouvelles centrales. À la fin de l’année dernière, la visite de Nicolas Sarkozy a été marquée par la concrétisation d’un accord entre l’électricien chinois CGNPC et le français Areva, numéro un mondial du nucléaire, pour la livraison de deux EPR. Un projet auquel participe également EDF, qui a pris une participation dans la coentreprise (avec CGNPC) qui construira et exploitera les deux centrales en question. De son côté, l’américain Westinghouse, filiale de Toshiba et grand rival d’Areva, a remporté un contrat portant sur deux EPR.

La tentation est grande d’opposer les deux entreprises françaises, EDF et Areva. Une rivalité alimentée, il est vrai, par les petites phrases des uns et des autres. Toutefois, en pratique, les deux groupes se révèlent d’abord et avant tout complémentaires. Tandis que l’un, Areva, construit les réacteurs, l’autre, EDF, est à la fois architecte-ensemblier et exploitant de centrales. Preuve concrète de cette addition de compétences, les deux entreprises viennent de remettre une offre commune pour deux EPR à la fois en Grande-Bretagne et en Afrique du Sud. Aux États-Unis, enfin, elles se sont associées avec le même partenaire, l’électricien Constellation.

D’autres entreprises françaises sont également décidées à tirer parti de ce renouveau du nucléaire. Suez, directement concurrent d’EDF, est décidé à posséder et à exploiter des centrales de troisième génération à l’horizon 2020. En attendant, le groupe dirigé par Gérard Mestrallet s’est associé à Areva et Total pour fournir deux EPR à Abu Dhabi. Bouygues et Alstom avancent également leurs pions. Le premier est un spécialiste du génie civil, l’autre des turbines, deux savoir-faire clés pour un chantier nucléaire. Tous les deux sont également de fervents partisans d’une recomposition de la filière nucléaire française qui se traduirait par l’émergence d’un géant AREVA (CI)-Alstom-Bouygues.

Selon les partisans de ce rapprochement, vendre une centrale exige de présenter une offre intégrée, du génie civil à l’îlot nucléaire. Anne Lauvergeon, la présidente du directoire d’Areva, a un avis totalement différent. Selon elle, un client n’a pas forcément envie de trouver chez un seul et unique fournisseur toutes les composantes d’un chantier nucléaire. Le débat va diviser les milieux industriels français jusqu’au jour où l’Elysée tranchera.


Les ingénieurs et les spécialistes sont très demandés

EDF estime que 35% des effectifs de sa division ingénierie nucléaire partiront en retraite à l’horizon 2015. Le développement des projets nucléaires nécessite des personnels particulièrement qualifiés. Une problématique de taille alors que, pendant plusieurs années, le manque de perspectives dans cette industrie a nécessairement ralenti le rythme des recrutements.

Aujourd’hui, chacun cherche à rattraper ce retard. ELECTRICITE DE FRANCE, par exemple, estime que, à l’horizon 2015, 35% des effectifs de sa division ingénierie nucléaire (environ 4000 personnes actuellement) partiront en retraite.

Voilà pourquoi le groupe va recruter près de 10000 collaborateurs au cours des cinq prochaines années, essentiellement dans la production d’énergie.

De son côté, pour la seule année 2008, Areva prévoit d’embaucher 12000 nouveaux collaborateurs, dont plus de 4000 en France. « Des ingénieurs expérimentés, des jeunes diplômés, des ouvriers et des techniciens : une diversité de profils qui contribueront à répondre aux grands enjeux énergétiques mondiaux », souligne un responsable du groupe.

Autre signe du renouveau du nucléaire. Aux États-Unis, EDF qui n’employait qu’une seule personne voici quelques mois en comptera vingt cette année.

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