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Un article de Dominique Buffier paru dans Le Monde le 28 juin 2006

Le secteur minier connaît une concentration inédite

mercredi 28 juin 2006 par Dominique Buffier
Après l’union Mittal-Arcelor dans le secteur de l’acier, conclue, dimanche 25 juin, pour 25 milliards d’euros, une nouvelle concentration géante est en marche dans le secteur minier. Le groupe américain Phelps Dodge a annoncé, lundi 26 juin, qu’il fusionnera avec les canadiens Inco et Falconbridge, pour donner naissance au premier producteur mondial de nickel et au premier groupe privé de cuivre dans un mariage à trois pesant plus de 56 milliards de dollars (45 milliards d’euros).

"Cette transaction représente une opportunité unique de consolidation rapide pour créer un leader mondial basé en Amérique du Nord", a déclaré J. Steven Whisler, PDG de Phelps Dodge. Le nouveau groupe s’appellera "Phelps Dodge Inco Corporation" et sera basé à Phoenix (Arizona) aux Etats-Unis, siège de Phelps Dodge. Cependant la nouvelle division Inco Nickel sera dirigée depuis Toronto, où Inco et Falconbridge sont domiciliés. Le directeur général de Phelps Dodge, J. Steven Whisler, deviendra PDG du nouveau groupe. Le directeur général actuel d’Inco, Scott Hand, sera nommé vice-président, tandis que celui de Falconbridge, Derek Pannell, présidera Inco Nickel et dirigera l’ensemble des activités de nickel, d’aluminium et de zinc.

Phelps Dodge rachètera Inco pour 80,13 dollars canadiens en cash et par action. Le montage est compliqué par le fait que Inco est sur le point d’absorber Falconbridge. Toutefois, l’opération Phelps-Inco "n’est pas conditionnée par la réussite de l’opération Inco-Falconbridge", selon le communiqué de Phelps Dodge.

"PRIX ÉLEVÉS DES MÉTAUX"

Cette opération de 40 milliards de dollars devrait être bouclée en septembre. Elle vient bousculer les grandes manoeuvres en cours dans le secteur minier canadien. En effet, Falconbridge était convoité par le suisse Xstrata et Inco était visé par une offre publique d’achat (OPA) hostile lancée contre lui par son concurrent canadien Teck Cominco.

L’opération qui vient d’être annoncée a été recommandée par les conseils d’administration des trois groupes. Cette alliance intervient dans un contexte de flambée des cours des matières premières, qui stimule la consolidation du secteur pour sécuriser les sources d’approvisionnement. La concentration de l’industrie minière, commencée il y a environ cinq ans, s’accélère avec les fusions depuis un an des principaux acteurs : Falconbridge/Norando ; Grupo Mexico/Asarco, BHP Billiton/WMC Resources.

Un mouvement provoqué par les cours des métaux, en perpétuelle hausse, dopé par la demande croissante de la Chine, de l’Inde et du Brésil. La tonne de cuivre a atteint 8 800 dollars, un prix doublé depuis le début de l’année, et triplé en un an. Le nickel coûte 35 % plus cher et le zinc 225 % de plus qu’en mai 2005, tandis que le prix de l’once d’or a bondi de 70 % en un an.

"Il y a une consolidation chez les fabricants et bien sûr chez les producteurs miniers. C’était nécessaire, car on ne peut vivre qu’en étant des acteurs d’une certaine taille", estime Christian de Barrin, directeur de la communication de l’European Copper Institute.

"Vu les prix élevés des métaux, le cours des actions des groupes miniers, le sont aussi, et il est plus facile d’acheter des sociétés quand vos propres actions valent cher. Inco et Falconbridge sont dans ce cas. Ils ont la capacité de payer, parce qu’ils engrangent des bénéfices importants, leur cash-flow (liquidité) est important", analyse Robin Bhar, de la banque UBS. "Explorer ou développer de nouvelles mines coûte extrêmement cher, et seules les très grosses entreprises peuvent se permettre ces investissements, de l’ordre de 2 à 3 milliards de dollars pour une grosse mine de cuivre ou de nickel, en particulier dans des territoires où il y a peu d’infrastructures", estime M. Bhar.

"La Chine est derrière une bonne partie de la demande mondiale des métaux", a-t-il ajouté, car elle cherche à sécuriser son approvisionnement. L’empire du Milieu est le premier consommateur mondial de cuivre, et le géant chilien du cuivre Codelco a signé, en février, une alliance avec le groupe chinois Minmetals pour assurer son approvisionnement de ce métal pendant quinze ans.

Le seul français présent dans ce secteur, Eramet, participe aussi à cette concentration. En mai, il a racheté le canadien Weda Bay Minerals, détenteur d’un gisement en Indonésie qui devrait lui permettre de doubler sa production de nickel.


CHIFFRES

La plus grosse fusion minière. A 40 milliards de dollars (32 milliards d’euros), Phelps Dodge-Inco-Falconbridge représente la fusion la plus chère de l’histoiredes mines, loin devant les 13 milliards de dollars de la fusion entre le britannique BHP et l’australien Billiton, en 2001. Il devient le cinquième groupe minier mondial.

N°1. Le nouvel ensemble Phelps Dodge Incosera le premier producteur de nickel mondial (738 millions de livres) devant le russe Norilsk.

N°2. Il se classera à la deuxième place pour le cuivre (3,4 milliards de livres) et le molybdène (68 millions de livres), derrière le groupe public chilien Codelco.

N°3. Il se hisse à la troisième place des producteurs de cobalt (14 millions de livres).

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