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Philippe Pons | Le Monde du 19.07.07.

Le séisme du 16 juillet relance le débat sur le nucléaire au Japon

jeudi 19 juillet 2007 par Philippe Pons
En dépit des assurances données au départ par Tokyo Electric Power (Tepco) sur la résistance de sa centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa au séisme survenu, le 16 juillet, dans la région de Niigata, l’enquête menée par la suite a révélé une cinquantaine d’anomalies et de dysfonctionnements. Le ministère de l’économie et de l’industrie a décidé de maintenir à l’arrêt les sept réacteurs de la plus puissante centrale nucléaire de l’Archipel jusqu’à ce que des vérifications poussées aient été faites.

Le ministre, Akira Amari, a réprimandé Tepco pour son retard à prendre la mesure des dommages. Une inefficacité, reconnue par le président de Tepco, qui risque de raviver les craintes nourries dans l’opinion sur les risques présentés par le nucléaire dans un pays soumis aux séismes et sur le manque de transparence du secteur. "On ne peut faire fonctionner des centrales nucléaires qu’avec la confiance de la population", a déclaré le premier ministre, Shinzo Abe. "Cette fois, l’alerte a été donnée trop tardivement."

Outre un petit incendie et une légère fuite de 1 200 litres d’eau radioactive dans la mer - jugée "sans risque" par Tepco -, qui furent signalés, lundi, l’entreprise a reconnu, le lendemain, que des substances radioactives avaient été libérées dans l’atmosphère. Elle vérifie si le renversement d’une centaine de fûts (sur 22 000) contenant des déchets et du matériel faiblement irradiés, dont certains se sont ouverts, a eu des conséquences dangereuses.

Au-delà de l’inventaire des dommages subis par la centrale, se posent des questions pour l’avenir. L’Agence de météorologie estime qu’une faille au large de la côte arrive désormais jusque sous la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, installée sur le rivage. Or une des conditions préalables à sa construction était de ne pas être située sur une faille. En outre, si des centrales plus récentes sont bâties dans l’hypothèse de séismes d’une magnitude supérieure à 7 sur l’échelle de Richter, dans son cas, la référence de résistance a été une secousse d’une magnitude maximale de 6,5. Or le séisme de lundi a été de 6,8. L’évaluation de la résistance de la centrale aux séismes se pose donc aujourd’hui en des termes différents de ceux qui prévalaient lors de sa construction.


La fuite radioactive dans une centrale japonaise a été sous-estimée

La radioactivité de l’eau qui a fui de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, la plus grande centrale nucléaire du Japon, lors d’un violent séisme, lundi, est une fois et demie plus importante qu’initialement estimé. La compagnie exploitante, Tokyo Electric Power (Tepco), a annoncé, mercredi 18 juillet, que la radioactivité n’a pas atteint 60 000 mais 90 000 becquerels.

"Il y a eu une erreur dans le calcul de la radioactivité de l’eau qui s’est échappée dans la mer", a expliqué Tepco dans un communiqué. "Mais la radioactivité corrigée reste sous la limite légale et n’affecte pas l’environnement", a-t-elle assuré. Outre cette fuite radioactive, le séisme de magnitude 6,8 sur l’échelle ouverte de Richter a provoqué une cinquantaine d’incidents dans la centrale, dont un incendie, des fuites de carburant et des bris de matériel. Une centaine de fûts d’acier hermétiques destinés à recueillir les gants et autres vêtements potentiellement irradiés se sont renversés lors de la secousse.

FERMETURE PROVISOIRE DE LA PLUS GRANDE CENTRALE JAPONAISE

Le ministre de l’économie et de l’industrie, Akira Amari, a ordonné à Tepco de maintenir les sept réacteurs de la centrale fermés jusqu’à ce que des vérifications poussées aient été effectuées. La lenteur à régler l’incident "pourrait amener les gens à ne plus faire confiance à l’énergie nucléaire", s’est inquiété le ministre. "Je reconnais qu’il y a eu une certaine inefficacité dans nos mesures" de lutte anti-incendie, s’est excusé le président de Tepco, Tsunehisa Katsumata, après s’être fait morigéner par le ministre.

Mercredi, le maire de Kashiwazaki a, à son tour, ordonné la fermeture temporaire de la centrale nucléaire lors d’une rencontre avec le PDG de Tepco, qui, vêtu du bleu de travail des employés de la centrale, s’est publiquement prosterné devant le maire en déclarant : "Je présente mes excuses du fond du cœur pour avoir causé des craintes et des problèmes terribles."

La centrale de Kashiwazaki-Kariwa est située à seulement neuf kilomètres de l’épicentre du séisme qui a fait neuf morts et plus de mille blessés, lundi. C’est la première fois qu’une secousse tellurique provoque une fuite radioactive au Japon, pays qui dépend à 35 % du nucléaire pour son électricité et qui est situé dans une région à très hauts risques sismiques. Kashiwazaki-Kariwa représente environ 7 % des capacités de production totales de Tepco, la plus grande compagnie d’électricité privée du monde. La centrale fournit en électricité la mégalopole de Tokyo, à 250 km au sud.

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