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Un article de David-Julien Rahmil paru dans Le Monde du 5 octobre 2005

Le stagiaire, "un sous-salarié exploité et ultra-compétitif"

mercredi 5 octobre 2005 par David-Julien Rahmil

Les stagiaires avaient décidé de se faire entendre, mardi 4 octobre, au milieu de la manifestation parisienne. L’un des organisateurs, Eric, 30 ans, s’était affublé d’une cape rouge et de lunettes de parachutiste. Son personnage était déjà tout trouvé : "Je suis Super-stagiaire, l’idéal des entreprises en matière d’embauche. Avec un mini-salaire, je fais le maximum." A côté de lui, sont rassemblés une dizaine de jeunes gens s’apprêtant à "défiler avec un masque blanc sur le visage et des banderoles qui nous étranglent... pour symboliser l’asservissement volontaire des stagiaires".

"On ne fait que dénoncer un système perverti, explique Arnaud, 35 ans, l’un de ceux qui estiment que ce procédé permet aux entreprises d’employer des travailleurs à bon compte. On a l’impression que le marché du travail se divise en deux rails parallèles. D’un côté, on a la voie de l’embauche, fermée par de grosses portes, et de l’autre, une voie circulaire dans laquelle les stagiaires s’enferment pendant plusieurs années." Simon intervient : "Il ne faut pas oublier que certaines entreprises, notamment dans le tertiaire, emploient à plein temps jusqu’a 60 % de stagiaires non payés."

Marina et Julien racontent comment ils comptent amplifier ce mouvement de protestation : "Tout d’abord rassembler le plus de personnes possible, par l’intermédiaire du site Web ou par la création d’une association. Sur ce sujet, on a eu des réactions nombreuses et étonnantes comme ce stagiaire qui ne pouvait pas manifester et qui a envoyé sa mère le représenter. Ensuite, on va tenter de se faire entendre par le gouvernement pour qu’il modifie la loi de 1978 permettant de ne pas rémunérer les stagiaires." Le problème, poursuit Julien, "c’est que les liens entre étudiants et syndicats sont très distendus. On les a bombardés d’appels mais on n’a eu aucune réponse."

LE "JOKER" DE L’EMPLOYEUR

Tour à tour, les manifestants livrent leur histoire, leur parcours de précaire, entre études bidon (pour obtenir la fameuse convention de stage) et stages à répétition. "Je suis sorti d’un DEA d’économie pour enchaîner sur deux ans de stage dans diverses boîtes", raconte Grégory. "Au cours de ma première année, je suis entré dans une start-up s’occupant de marketing. Je me suis vite rendu compte que j’avais piqué le poste d’un salarié bien mieux payé que moi, ça m’a rendu malade."

Eric, le Super-stagiaire du cortège, est encore plus amer : "Je ne compte plus les opportunités d’embauche qui me sont passées sous le nez à cause d’un employeur préférant prendre un stagiaire payé 200 euros par mois. Bien que leurs demandes d’expérience soient légitimes, les stagiaires deviennent des briseurs de protection sociale." Guillaume, 32 ans, est titulaire d’une agrégation de philosophie et d’un diplôme de journaliste. Il en a marre d’être"un sous-salarié exploité et ultra-compétitif". Il compare le stagiaire à une sorte de "force magique", c’est-à-dire un individu "ultra-qualifié, bourré d’expérience et qui travaille gratuitement". "La manifestation est un bon point de départ... Le mouvement ne fait que commencer", conclut-il sur un ton ironique.

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