Liste des auteurs

Paule Masson | L’Humanité du 10 avril 2007

Le syndicalisme à la conquête des centres commerciaux

mardi 10 avril 2007 par Paule Masson
reportage. Parmi les 3 000 employés de Parly II, 80 % travaillent dans de petites boutiques. La CGT crée un syndicat de site pour les aider à se défendre.

Des salariés pauvres dans la banlieue chic. C’est le lot réservé

à beaucoup d’employé(e) s du centre commercial Parly II, tout proche de Versailles, Le Chesnay ou La Celle-Saint-Cloud, dans les Yvelines, villes parmi les plus huppées d’Île-de-France. Sur les 300 enseignes, les marques de luxe sont légion. Mais dans les boutiques, le SMIC est le salaire le plus courant. Les chanceux bénéficient de contrats de travail à plein temps. Il faut souvent travailler de 10 heures à 21 heures, six jours sur sept, sans que les heures supplémentaires ne soient réellement payées. « On commence à avoir des collègues qui se goinfrent à la cantine car ils ne dînent plus le soir », - témoigne Juan-Marcos, - ouvrier au BHV. Trois mille salariés y sont employés, dont 80 % travaillent dans les - petites boutiques. Privés de syndicat, ceux-là n’ont aucun moyen de se défendre.

s’imposer comme interlocuteurs de la direction

Les syndicalistes CGT des magasins les plus grands ont donc décidé de se serrer les coudes pour remédier à la - situation. Chantal Boucherguine travaille à Monoprix depuis trente-cinq ans. Militante syndicale, elle se souvient qu’au moment de « la grève de la chaleur », déclenchée chez Monoprix, « des employées des petites boutiques sont venues se plaindre que chez eux aussi il faisait trop chaud ». Un problème global au centre commercial alors ? « Oui, et il y en a beaucoup d’autres », détaille Philippe Valla, qui a été élu jeudi dernier responsable du syndicat CGT de Parly II lors du congrès constitutif de ce syndicat de site. Les employeurs, eux, sont organisés. « Leur - association a le pouvoir de déréglementer les horaires, d’allonger l’amplitude, d’ouvrir les dimanches et jours fériés. Ils décident tous sans nous, par exemple d’ouvrir le 14 Juillet 2007. Nous voulons nous imposer comme interlocuteurs à part entière de la - direction du centre », précise-t-il. La CGT entend imposer par exemple l’élection de - délégués de site ou encore la création d’un comité d’hygiène et de sécurité car d’importants travaux se profilent et le centre commercial est bourré d’amiante. Elle veut surtout gagner une première bataille, loin d’être jouée d’avance : obtenir une salle pour rencontrer les employées, tenir des permanences, se réunir.

les portes sont grandes ouvertes pour adhérer

Bernard Thibault lui-même est venu sillonner le centre commercial pour - annoncer la nouvelle et inciter à la syndicalisation. « La CGT vient de créer un syndicat sur la zone commerciale, les portes sont grandes ouvertes pour adhérer », répète le - secrétaire général de la confédération qui a tenu à participer au congrès fondateur. « La situation sociale se dégrade aussi car il n’y a pas de syndiqués, martèle-t-il. Redresser la situation sociale dans le secteur du commerce est de nature à tirer vers le haut tout le monde. » La CGT s’est fixé l’objectif de créer cette année 100 syndicats de site, qui syndiquent les salariés d’une même zone quels que soient le statut ou la convention collective dont ils dépendent. Dans le commerce, la création du syndicat de site de Parly II est une première. Mais « d’autre suivent, sur Velizy (Yvelines), Lyon, Créteil (Val-de-Marne) ou Nice », se - réjouissent Patrick Brody, un des animateurs pour la confédération de l’espace vie syndicale, et Michèle Chay, - secrétaire générale de la fédération du commerce et de services.

Pour l’heure, l’accueil à Parly II est plutôt positif. « Ah, c’est bien, ça ! » réagit une vendeuse d’un magasin de chaussures. Au BHV, Laurent et Marie-Jo s’inquiètent surtout de la généralisation des ouvertures du dimanche. « Nous, on est contre. On a une vie de famille tout de même ! » À Monoprix, ce sont les salaires qui coincent. « Je vis seule, avec une enfant à charge. Tous les mois, je suis obligée de demander des acomptes », raconte une caissière qui travaille dans le - supermarché depuis trente-deux ans. Pour elle, créer un syndicat de site, « c’est très utile pour la solidarité entre les salariés, pour se sentir écouté, soutenu ». Briser l’isolement, c’est effectivement l’objectif premier de ce nouvel outil syndical.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !