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Article de ARNAUD RODIER paru dans Le Figaro le 19 décembre 2006

Le tourisme médical en pleine expansion

mardi 19 décembre 2006 par Arnaud Rodier
Le tourisme médical explose. Il n’est plus réservé à la seule chirurgie esthétique. Dentistes, cardiologues, spécialistes des yeux proposent aux quatre coins du monde des tarifs défiant toute concurrence.

TOURISME ET BISTOURI ! Le marché explose dans le monde entier. Et désormais il ne s’agit plus seulement de chirurgie esthétique. Opération du coeur en Inde, greffe du rein en Thaïlande, implants dentaires en Hongrie ou en Pologne, opération de la cataracte en Tunisie ou au Maroc. Tout est possible. À des prix défiant toute concurrence. Ils sont en moyenne de 40 % à 70 % inférieurs à ceux pratiqués en France. Mais il faut évidemment ajouter le billet d’avion et l’hôtel.

L’Organisation mondiale du tourisme ne dispose d’aucun chiffre. « Le phénomène est trop récent », explique-t-on au siège de Madrid. Cependant entre 100 000 et 150 000 étrangers partiraient se faire soigner en Inde chaque année. Un marché qui aurait rapporté 333 millions d’euros au pays en 2003. Et qui pourrait passer à 2 milliards en 2012, selon le cabinet de conseil McKinsey. Ils seraient également entre 600 000 et un million à choisir la Thaïlande. Une manne évaluée, en y intégrant la chirurgie esthétique, à 561 millions d’euros l’an dernier.

Certains en font un argument de politique économique, comme la Tunisie qui affirme que « le tourisme de santé est l’un des produits émergents » du pays. D’autres passent des accords avec des tour-opérateurs. C’est le cas de l’hôpital thaïlandais Bumrungrad International, qui s’est associé à Diethelm Travel, dont le siège est à Zurich. Partout, on propose des offres alléchantes « scalpels safaris » en Afrique du Sud, oasis au Maroc, plages de sable fin en Thaïlande...

En France les professionnels du tourisme n’ont pas le droit de vendre des actes chirurgicaux. Ils y perdraient leur licence et les assurances ne les couvriraient pas. La Direction générale de la santé demande en outre aux personnes qui seraient tentées par l’aventure de « prendre pleinement conscience des immenses risques qu’elles encourent en achetant ce type de forfait ». Georges Colson, président du Snav (Syndicat national des agents de voyages) est formel. « Pas question de tricher. Pourquoi ne pas se priver de vendre de la drogue et du tourisme sexuel pendant qu’on y est ? »

Des cliniques dans toutes les grandes villes

Rien de plus simple pourtant que de se débrouiller, sans même passer par Internet, où les offres pullulent. L’office de tourisme de l’Inde à Paris ne propose rien par lui-même, mais offre une luxueuse brochure, « Incredible India, the global healthcare destination » comprenant la liste des hôpitaux du pays avec leurs spécialités et propose de s’adresser à un agent de voyages britannique. « C’est un domaine en pleine expansion et nous avons d’excellents docteurs », confie un employé boulevard Haussmann. Celui de la Pologne, contacté par téléphone pour la pose d’implants, conseille un site Internet en français, une clinique « où le chirurgien a travaillé pour l’ambassade », avec le numéro de téléphone mobile de ce dernier, et deux agences de voyages... dont l’une est à Paris ! Celle-ci ne fait aucune difficulté pour se charger du billet d’avion, de l’hôtel et, via un prestataire sur place, du rendez-vous avec un spécialiste. « Vous souhaitez Varsovie ou ailleurs ? Il y a de bonnes cliniques dans toutes les grandes villes », précise une jeune femme. Même rapidité pour la Hongrie qui envoie en moins de vingt-quatre heures une brochure complète sur Budapest et le dépliant d’une clinique dentaire avec ses tarifs... et Michelin parmi ses clients de référence. Seuls les offices de tourisme de Thaïlande, du Maroc et de Tunisie déclareront ne rien pouvoir faire. Mais sur le site officiel de cette dernière, « Tunisie amie », un lien informatique renvoie sur le « premier spécialiste du tourisme médical ».

Qui sont-ils ces étrangers prêts à parcourir des milliers de kilomètres pour se faire soigner ? Des patients qui n’ont pas les moyens de payer ou qui ne peuvent pas attendre. Les Anglais, par exemple, choisissent l’étranger parce que chez eux les délais sont trop longs dans le public et les tarifs trop élevés dans le privé. Les Français, eux, y vont pour des soins qui ne sont pas remboursés, les implants dentaires en particulier. Ces derniers représentent ainsi 10 % des clients de la clinique Silom Dental de Bangkok, soit 200 personnes par an, et la quasi-totalité de ceux de Chronodent au Maroc. « Notre activité est récente et vise dans un premier temps les internautes francophones », explique sa direction « mais la demande ne fait qu’augmenter ».

En Pologne, les Britanniques assurent 45 % des clients de IQ Medica, contre 25 % pour les Allemands et 22 % pour les Français. Plus de la moitié d’entre eux (54 %) viennent pour des opérations dentaires. C’est le plus gros spécialiste du pays, avec environ 300 patients reçus chaque année. Mais, à côté, les petits cabinets dentaires fleurissent, comme Euromedicalcross qui, avec quatre chirurgiens, a ouvert un site Internet en français il y a trois mois. Il a déjà reçu une soixantaine de demandes. Il propose à ses patients des visites de Cracovie, qu’il confie à des étudiants qui ont besoin d’argent de poche.

Soins remboursés dans l’Union

Depuis mai 2005, les assurés sociaux français peuvent se faire rembourser par l’assurance-maladie les soins reçus dans un autre état « membre de l’Union européenne ou partie à l’accord sur l’espace économique européen » sans autorisation préalable, comme si ces soins avaient été reçus en France. Peu le savent. La Commission européenne hésite à favoriser le tourisme médical Elle a lancé en septembre une consultation qui doit l’amener à faire une proposition dans le courant du premier semestre de l’an prochain. Elle redoute que le tourisme médical ne ruine les systèmes sociaux des pays européens.

Difficile de fermer les yeux. « Le patient de ce début du XXIe siècle réclame désormais le droit de faire ses choix, en particulier sur le plan international », remarque une étude d’Europ assistance. « Les patients les plus informés se mettent à comparer les offres de soins et à exprimer leurs exigences comme lorsqu’ils consomment d’autres biens. » Mais la délocalisation de la santé agace aussi. Ainsi cet internaute qui s’insurge : « Libre à chacun d’aller se faire opérer où il veut, mais en cas de raté qu’il ne réclame rien ensuite ! »

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