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Michel Samson | Le Monde le 3 mai 2007

Le "tout sauf Sarkozy", fil rouge du 1er Mai marseillais

jeudi 3 mai 2007 par Michel Samson

L’anti-sarkozysme a fleuri sous toutes ses formes dans le cortège unitaire des syndicats marseillais. Façon codée ou plus explicite. Mireille Chessa, secrétaire départementale de la CGT, qui constituait le gros des 5 000 manifestants marseillais, faisait dans le subliminal. " Nous refusons les slogans politiciens, nous avons seulement des revendications sur les salaires ou les retraites", martelait-elle d’abord. Avant de préciser : "Nous disons aussi notre attachement au droit de grève et aux libertés démocratiques." Allusion aux projets du candidat UMP sur l’instauration d’un service minimum.

A ses côtés, Jean-Marc Cavagnera, représentant de la CFDT, était sur la même longueur d’onde, discrète, et renvoyait d’un air entendu à la banderole sur laquelle on lisait : "Liberté, égalité, fraternité. Pour la paix et la justice sociale."

Mais au fil du cortège, les consignes s’affichaient de plus en plus clairement : "Il faut tout faire pour battre le candidat de la régression et de la fracture sociale, pour battre la droite et continuer après le travail sur le terrain, dans les entreprises ou dans la rue", clamait l’orateur de la FSU.

Le tournant vers le centre pris par Ségolène Royal ne semblait pas affecter les manifestants les plus radicaux. Leader syndical à la mairie de Marseille, Pierre Godard expliquait : "Tout est encore jouable, car le second tour ne ressemble en rien au premier. Les gens sont vraiment effrayés par Sarko, et même ceux qui m’avaient reproché d’avoir voté Chirac en 2002 sont venus sur le vote anti-Sarkozy."

"SANS ÉTATS D’ÂME"

Bruno Bidet, autre militant FSU de la fonction publique territoriale, affichait plus de pessimisme : "C’est paumé parce que les gens ne peuvent pas se reconnaître dans (l’)absence de programme (de la candidate socialiste)." Mais il confirmait l’ampleur du "tout sauf Sarko" dans ces milieux militants. On n’en doutait d’ailleurs pas en écoutant les militants de Lutte ouvrière, abstentionnistes du second tour de 2002, dont le porte-parole marseillais lançait, en ce 1er mai 2007 : "Pour régulariser les sans-papiers, il faut battre Sarkozy." Ou encore : "Les idées du Front national à l’Elysée, on n’en veut pas." A l’unisson des manifestants de la LCR, tous devenus des soutiens aussi contraints que fervents de Mme Royal.

Dany Cohen, avocat de sans-papiers et de syndicats, électeur socialiste au premier tour, ne doutait pas une seconde des reports de voix de l’extrême gauche politique ou des activistes des droits de l’homme qu’il côtoie quotidiennement : "Les libertés, le sort des étrangers, le droit de grève sont des sujets sur lesquels toute cette mouvance est très réactive : tous ceux-là vont se reporter sans états d’âme sur Ségolène Royal."

A peine avait-il fini sa phrase que des manifestants du Réseau éducation sans frontières quittaient le cortège pour aller empêcher, avec succès, l’expulsion d’un parent d’élève algérien vers son pays d’origine. Michel Samson


Affluence dans les défilés en France

Les manifestations du 1er Mai ont réuni plus de 200 000 personnes, selon la CGT, 117 000, selon la police, en France. Très jeune, le défilé parisien affichait sa volonté de faire barrage à Nicolas Sarkozy. Le deuxième tour de la présidentielle occupait les esprits et tous les écriteaux confectionnés à la main, même si la solidarité internationale restait au rendez-vous avec le comité pour la "libération des prisonniers politiques mapuches" ou d’importants cortèges tamouls et kurdes. En tête de cortège, Bernard Thibault (CGT) critiquait le candidat de l’UMP : "En disqualifiant Mai 68, M. Sarkozy s’en prend au syndicalisme qui, avant cette date, n’avait pas droit de cité dans les entreprises." Le leader des cheminots CGT, Didier Le Reste, mettait en garde contre d’éventuelles attaques contre le service public et le droit de grève. Annick Coupé (Solidaires), sans croire à "une ébullition sociale immédiate", redoutait aussi des attaques en cas de victoire de M. Sarkozy. Alain Olive (UNSA) résumait : "Une nouvelle partie reprend lundi."

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