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Article de FLORENTIN COLLOMP. Publié dans Le Figaro le 30 octobre 2006

Le vêtement est devenu "made in monde".

lundi 30 octobre 2006 par FLORENTIN COLLOMP
Après l’explosion des importations de Chine, le retour de quotas a permis d’endiguer l’invasion. Le « made in monde » a remplacé le « made in France ».

SAVEZ-VOUS d’où vient cette chemise que vous portez ce matin ? À cette question simple, la réponse peut se révéler plus complexe qu’on ne le pense. La toile peut avoir été tissée au Pakistan, teinte en Chine, puis cousue au Bangladesh avant d’être expédiée au Sri Lanka pour l’ajout de boutons. Une étiquette fabriquée en Tunisie - mais arborant la mention « made in France » - peut enfin lui avoir été ajoutée dans le cadre de finitions réalisées dans un atelier de l’Hexagone. La mondialisation a touché le textile habillement bien avant le reste de l’économie, aux dépens d’usines occidentales soumises à une litanie de faillites et de suppressions d’emplois.

Aujourd’hui, les professionnels se réorganisent face à cette nouvelle donne. En 2005, ils avaient dû encaisser le choc chinois. Maintenant, ils gèrent l’après-quotas, réintroduits il y a un peu plus d’un an. Retour en arrière : le 1er janvier 2005, les limitations sur les importations de vêtements fabriqués en Chine en vigueur depuis dix ans sont levées. Les acheteurs de la grande distribution ou de chaînes spécialisées s’engouffrent dans la brèche : de gigantesques capacités de production et des prix défiant toute concurrence entraînent un bond de 47 % des importations d’habillement de Chine en Europe. La Chine devient notre premier fournisseur, avec environ un tiers du marché. Le contrecoup frappe les industries textiles du Maroc (- 7 %), de Tunisie (- 6 %), du Bangladesh, de Roumanie, etc. De nouveaux quotas sont, dans l’urgence, remis en place en juin 2005 par l’Union européenne, jusqu’en 2008 cette fois, sur dix catégories de produits (T-shirts, pulls, pantalons...). Un an plus tard, ces contingentements provisoires ont permis de rééquilibrer un tant soit peu les approvisionnements. Sur les sept premiers mois de l’année, l’Égypte voit par exemple ses exportations vers l’Union européenne remonter de 7 %, après une chute de 3 % l’an dernier. Le Maroc et la Tunisie parviennent à limiter leur recul, et une amélioration de l’activité sur place devrait apparaître au second semestre.

Hongkong plaque tournante

Cela n’empêche pas l’Asie d’accroître quand même son écrasante domination. Globalement, le continent représente 68 % de nos approvisionnements cette année (53 % il y a deux ans). L’Inde, après avoir vu ses ventes à l’Europe bondir de 32 % en 2005, poursuit sa dynamique avec une hausse de 27 %. Le Bangladesh, dont les industriels redoutaient la déferlante chinoise comme la fin du monde, s’en tire bien (+ 38 %). Quant à la Chine, ses exportations se sont théoriquement stabilisées : + 1 % vers l’Europe et même un recul de 1 % vers la France. En théorie seulement, car le boom de 272 % de Hongkong apparaît pour le moins suspect. L’ancienne ville-Etat sert en fait de plaque tournante pour exporter une production réalisée en grande partie en Chine continentale.

Ces quotas n’ont pas non plus réussi à limiter la tendance de fond à la délocalisation : les importations de vêtements en Europe progressent cette année de 13 %, pour atteindre 60 milliards d’euros, au détriment de la production locale. Pragmatiques, les acheteurs ont intégré ces nouvelles règles du jeu. En témoigne l’évolution du salon Fatex, qui réunira les professionnels à Paris du 7 au 9 novembre. À l’origine, ce rendez-vous fut créé à Troyes, pour représenter les industriels français de la confection. En 1995, il s’installe à Paris, ne s’ouvre à des exposants étrangers qu’en 1999, et accueille ses premiers producteurs asiatiques en 2002. Quatre ans plus tard, les Français ne représentent plus que 9 % des exposants venus de 30 pays, tandis que la Chine domine.

Hausse des exportations de France

Chacun essaye désormais de trouver sa place dans cette nouvelle géographie. Si la Chine s’impose comme un dragon polyvalent, des spécialités locales se dessinent. L’Inde est réputée pour le linge de maison, les accessoires, les foulards, la broderie. On fait faire des basiques en maille (T-shirts et pulls) au Bangladesh, du linge de maison et du jean au Pakistan, des vêtements pour enfants à Madagascar et l’Île Maurice, du sportswear au Maghreb, des vestes en Ukraine ou en Biélorussie, des pièces en lin dans les pays Baltes, des costumes en Roumanie et Bulgarie...

En France, pendant ce temps, les industriels encore en vie poursuivent leur mutation vers les services. En amont, ils fournissent du patronage, des prototypes. En aval, des finitions et de la logistique. Tout n’est pas perdu : la France enregistre une hausse de 5 % de ses exportations d’habillement cette année.

La levée des quotas provisoires sur la Chine au début 2008 menace de bouleverser à nouveau ces équilibres fragiles. « Une partie de la production va fatalement rebasculer vers la Chine. Mais je ne pense pas que les donneurs d’ordre vont y retourner tête baissée », estime Gildas Minvielle, responsable économique à l’Institut français de la mode. La leçon de l’an dernier, avec l’engorgement des ports et le blocage de commandes, reste dans les mémoires. Mais certains militent déjà pour une négociation de nouveaux quotas.


Aubade apprend sa leçon sur la délocalisation

Le 4 octobre dernier, le fabricant de lingerie Aubade annonçait son projet de fermer un atelier d’assemblage dans la Vienne, supprimant 180 emplois, pour transférer cette activité en Tunisie où la marque assemble déjà 70 % de sa production. À l’appui, la direction cite en exemple ses concurrents, comme Chantelle ou Simone Pérèle, qui ont déjà largement délocalisé leur production, et invoque un recul de 12 % de ses ventes. Le 6 octobre, 400 personnes manifestent contre ce projet, avec en tête de cortège des élus locaux.

Coup de théâtre, le 13 octobre, Aubade accepte de suspendre le plan social et de négocier un « accord de méthode » sous l’égide du préfet de la Vienne. Son directeur général, Félix Sulzberger, basé en Suisse, se rend à une convocation du préfet. « J’ai agi de ma propre initiative, puisque c’est le rôle de l’État de chercher à préserver l’emploi, mais aussi en réponse à une demande du président du conseil général, de la présidente du conseil régional, Mme Royal, et des syndicats », explique le préfet Bernard Niquet. Deux réunions ont déjà eu lieu et une plénière, avec toutes les autorités locales, doit se tenir le 7 novembre. On ne délocalise pas impunément en Poitou-Charentes en pleine campagne présidentielle.

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