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Un entretien réalisé par Marie-Laetitia Bonavita paru dans le Figaro du 11 avril 2005

« Le vrai critère, c’est la productivité »

lundi 11 avril 2005 par Marie-Laetitia Bonavita
Bernard Brunhes est vice-président de BPI, cabinet conseil en développement du management et ressources humaines.

LE FIGARO ÉCONO MIE. - La Commission a révisé la directive sur le temps de travail de 1993. Est-ce une bonne nouvelle pour l’Europe ?

Bernard BRUNHES. - De prime abord, il y a un risque de dumping social puisque la période de référence pour le calcul de la durée hebdomadaire maximale du travail ne se fera plus sur quatre mois mais sur un an, mais cette directive est encore en discussion avec les partenaires. La Confédération européenne des syndicats (CES), qui a son mot à dire sur le sujet, a bien l’intention de ne pas laisser passer le texte comme cela. Quant au risque de généralisation du dispositif d’opt-out qui permet de déroger à la limite des 48 heures après accord du salarié et qui est largement pratiqué en Grande-Bretagne, rien n’oblige les autres pays européens à l’adopter.

La directive est-elle autoritaire ?

Non, elle dit clairement que chaque pays est libre de garder sa propre législation. Or la France a l’une des législations sociales les plus avantageuses pour les travailleurs en matière de temps de travail. Rien ne l’obligera à la remettre en cause ! La polémique sur la directive doit beaucoup au contexte préélectoral avec le référendum sur le traité constitutionnel européen.

Un affrontement entre modèles sociaux se profile-t-il en Europe ?

Je ne le pense pas car le modèle britannique est très différent du reste des autres pays de l’Europe. La relation salariale y est une relation individuelle, avec des syndicats très affaiblis. Tout est alors permis en matière de temps de travail. Le recours abusif des chefs d’entreprise à l’opt-out en est une illustration. Cela dit les choses bougent. En 1992, le Royaume-Uni avait refusé de signer la charte des droits sociaux. L’arrivée de Tony Blair au pouvoir, qui a finalement signé cette charte, a corrigé cette lacune et la charte a été adoptée à l’unanimité dans le traité d’Amsterdam.

Et les autres pays européens ?

Leur point commun est d’avoir des règles sociales précises et protectrices même si les normes relèvent d’un système différent selon les pays. En France, elles reposent en grande partie sur la législation tandis que dans les autres pays elle est le fruit de conventions collectives signées entre partenaires sociaux : par branche en Allemagne ; à l’échelle nationale dans les pays nordiques. Au total, la France bénéficie de garanties sociales élevées mais manque de dialogue social. Dans les pays nordiques, la qualité du dialogue social permet une flexibilité du travail qui est compensée par un chômage contenu. Il est vrai qu’un consensus est plus facile à trouver dans les pays de petite taille.

Autoriser les dérogations sur le temps de travail, est-ce favoriser la concurrence sauvage ?

Voilà une vraie question qui vaut dans beaucoup de domaines. Doit-on exiger de tous les pays européens qu’ils s’alignent sur les 35 heures françaises ou au contraire sur les 40 heures - voire plus - des nouveaux Etats membres ? D’abord, n’oublions pas que, si les pays de l’Est ont des coûts salariaux plus bas, leur productivité reste beaucoup plus faible que chez les Quinze. Il faut leur donner la possibilité de rejoindre progressivement notre productivité, notre compétitivité, notre niveau de vie, et non pas aligner tout de suite les conditions de travail et de rémunération. Ensuite, autant le temps de travail est mesurable dans l’industrie manufacturière, autant il l’est difficilement dans les services, et notamment dans les services aux personnes qui sont l’essentiel des nouveaux emplois.

Y a-t-il un « modèle social européen » ?

Vu de l’intérieur, il semble flou. Mais, si on l’observe de l’Afrique, de l’Asie et même des Etats-Unis, l’Europe est le seul continent où l’on réussit l’équilibre entre compétitivité et solidarité.

Le traité constitutionnel fait-il avancer ou reculer cette Europe sociale ?

Le traité constitutionnel fixe des objectifs ambitieux sur le plan social, notamment le plein-emploi. Le traité renforce donc le modèle social. D’autant que les rôles du patronat (Unice) et de la Confédération européenne des syndicats auprès de la Commission et du Parlement sont accrus.

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