Liste des auteurs

Article de Paul Falzon paru dans L’Humanité le 11 décembre 2006

Les 25 lancent la libéralisation postale

lundi 11 décembre 2006 par Paul Falzon
Service public . Le conseil des ministres de l’UE examine aujourd’hui la directive cassant les derniers monopoles. Les syndicats se mobilisent.

Des défilés devant toutes les représentations de la Finlande à travers l’Union européenne (UE) : c’est le mode d’action que les syndicats européens de postiers ont retenu alors que la directive libéralisant les services postaux est examinée ce matin par le Conseil des ministres de l’UE. Ce midi à Paris, une manifestation sera donc organisée devant l’ambassade de Finlande - pays qui occupe actuellement la présidence de l’UE - à l’appel des trois syndicats français (FAPT-CGT, FO-COM, F3C-CFDT) affiliés au réseau européen UNI Postal. Les syndicats appellent le Conseil des ministres et le Parlement européen, qui colégifèrent sur le texte, à « rejeter la proposition de la Commission en vue d’une ouverture totale des services postaux à la concurrence d’ici à 2009 ». Le projet de Bruxelles, rendu public en octobre, est jugé contraire à « la fourniture d’un service postal universel, garantissant l’accès de tous les citoyens, quelle que soit leur situation géographique, à des services postaux de qualité, à des prix abordables ». Pointant aussi les dangers en termes d’emploi et de qualité du service public, les syndicats exigent « le maintien d’un secteur réservé (monopole) pour les envois de lettres d’au moins 50 grammes ». Ce dernier point est au coeur de la négociation entre les Vingt-Cinq.

La réunion qui s’ouvre ce matin à Bruxelles ne sera officiellement qu’un « échange de point de vue » entre les ministres. Les États membres ne se prononceront sur le projet de directive qu’au cours de l’année 2007 : l’Allemagne, qui prend la relève de la Finlande au 1er janvier prochain, a indiqué jeudi qu’elle espérait aboutir au mois de juin tout en reconnaissant qu’il s’agit d’un « objectif ambitieux ». Les divergences restent fortes au sein des Vingt-Cinq sur le financement du « service universel de qualité » que la directive impose aux États membres - à savoir l’obligation de mettre en place « au moins une distribution et une levée du courrier cinq jours par semaine pour chaque citoyen », sans garantie ni sur le coût ni sur la rapidité du service.

Suivant les intérêts de leur opérateur historique, certains pays (Allemagne, Autriche, Suède) souhaitent s’en tenir au projet de la Commission de créer des « fonds de compensation » destinés à soutenir le prestataire chargé du service universel. D’autres États, dont la France et l’Italie, réclament une sécurité juridique plus forte, entre autres sur la question des aides publiques qui oppose régulièrement Paris aux services de la concurrence de Bruxelles. Le ministre délégué à l’Industrie, François Loos, a averti le mois dernier que, faute de garanties satisfaisantes, « la France pourra demander le maintien du secteur dit "réservé" ». L’envoi du courrier de moins de 50 grammes reste la principale activité de La Poste (54 % du chiffre d’affaires).

Loin d’être hostile à une libéralisation qu’elle envisage comme une occasion de prendre des parts de marché à l’international, la direction de l’entreprise française a déjà intégré la perte de son dernier monopole. Le véritable objectif de La Poste est que les sociétés privées qui se lanceront sur le marché français soient mises à contribution pour le « service universel », soit financièrement, soit en participant à la couverture des zones non rentables. Dans le même temps, l’entreprise fourbit ses armes pour devenir dès 2010 le numéro un européen du secteur. La Poste a lancé en 2004 le programme Cap qualité courrier, qui privilégie les offres commerciales auprès des professionnels, créneau le plus profitable. Parallèlement, l’entreprise publique poursuit son adaptation aux critères de gestion du privé en multipliant les suppressions d’emplois dans les prochaines années, via le programme Facteurs d’avenir (lire l’Huma du 14 novembre). Sur les 300 000 postes du secteur courrier, environ 60 000 vont disparaître d’ici à 2012 selon les sources syndicales.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !