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Un article de Paulo A. Paranagua paru dans Le Monde du 4 mai 2006

Les Boliviens calment le jeu après la nationalisation des hydrocarbures

jeudi 4 mai 2006 par Paulo A. Paranagua

Les autorités boliviennes s’efforcent de calmer le jeu après la décision, annoncée le 1er mai par le président Evo Morales, de nationaliser les hydrocarbures. "Il n’y a eu ni confiscation ni expulsion des compagnies étrangères", précise le ministre des hydrocarbures, Andres Soliz Rada. Les chefs d’Etat du Brésil, d’Argentine, de la Bolivie et du Venezuela devaient se réunir, jeudi 4 mai, pour examiner la question.

Le président de l’entreprise espagnole Repsol, Antonio Brufau, avait exprimé sa "consternation". Le décret de nationalisation "échappe à toute norme ou logique devant guider les relations entre les entreprises et les Etats, dit-il. La Bolivie ne peut pas se mettre en marge du système politique international". Bruxelles s’en est fait l’écho, en regrettant l’absence de concertation préalable.

A La Paz, le patronat et l’opposition ont réagi avec prudence, car la nationalisation répond à une aspiration populaire. Le politologue Jorge Lazarte y voit " un virage précipité par la chute de popularité enregistrée par Evo Morales, qui a perdu 12 points en mars et avril". La hausse de 50 % du salaire minimum, promise par Evo Morales, se heurte aux contraintes budgétaires. "Or, Evo doit s’assurer une forte majorité à l’élection de l’Assemblée constituante, prévue le 2 juillet, rappelle M. Lazarte. C’est le grand rendez-vous de son mandat, destiné à "refonder" la Bolivie."

Les hésitations et la cacophonie des trois premiers mois du gouvernement Morales, marqués par des conflits sociaux, ont suscité une critique inhabituellement sévère de l’Eglise catholique. Le cardinal Julio Terrazas a déploré "la précipitation, l’usage de la force, les pressions, le manque de respect pour les droits d’autrui", des manières d’agir qui, "par le passé, ont provoqué la mort et la douleur".

HAUSSE DES IMPÔTS

L’expert bolivien Carlos Miranda estime que le décret présidentiel du 1er mai s’inscrit dans le droit-fil de la loi sur les hydrocarbures adoptée en mai 2005, avant l’élection d’Evo Morales. "La principale innovation est la hausse des impôts appliqués sur les gisements gaziers de San Alberto et San Antonio Sabalo, qui passent de 50 % à 82 %, précise M. Miranda. Ces deux gisements produisent à eux seuls la moitié du gaz bolivien, mais ils sont surtaxés uniquement pendant la période de 180 jours, au cours de laquelle seront négociés les nouveaux contrats avec les opérateurs, après un audit."

A en croire l’analyste bolivien Eduardo Arauco, l’entreprise nationale YPFB (Yacimientos Petroliferos Fiscales Bolivianos) "n’est pas en mesure d’assumer toute la chaîne de production et de commercialisation du gaz et du pétrole sans la collaboration des cadres et techniciens des compagnies étrangères".

Fin avril, le président Morales admettait qu’il éprouvait des difficultés à rassembler le "bataillon d’experts en hydrocarbures" dont il avait besoin. L’une de ces spécialistes, Varinia Daza, vice-présidente d’YPFB, est chargée de la renégociation des contrats avec les opérateurs. Même si le délai de 180 jours lui semble "court", elle espère bien "arriver à un accord avec Total, Petrobras et toutes les entreprises présentes en Bolivie". Paulo A. Paranagua

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