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Article de Lucy Bateman paru dans L’Humanité du 31 octobre 2006

Les Modeluxe vers la régularisation ?

mardi 31 octobre 2006 par Lucy Bateman
blanchisserie . Le préfet de l’Essonne se dit prêt à « poursuivre l’examen » des dossiers des 18 sans-papiers grévistes. Pour la CGT, il s’est engagé à les régulariser.

Gros soulagement hier à l’union départementale CGT de l’Essonne : « Le préfet s’est engagé par téléphone à régulariser les 18 », a annoncé Raymond Chauveau, secrétaire général de l’union locale de Massy. Les 18, ce sont les ouvriers sans papiers de la blanchisserie industrielle Modeluxe de Chilly-Mazarin, en grève depuis fin septembre pour obtenir leur régularisation. Ils étaient alors 22, avec plusieurs années d’ancienneté, et menacés de licenciement par leur employeur qui leur reprochait d’avoir présenté de faux papiers pour se faire embaucher.

À Évry, le préfet de l’Essonne, Gérard Moisselin, est moins catégorique : « Suite aux contacts que j’ai eus avec Marc Roumejon (le secrétaire général de l’union départementale CGT - NDLR), j’ai dit que j’étais d’accord pour poursuivre l’examen des dossiers » des ouvriers sans papiers, a-t-il précisé hier. « Cela a été interprété, à juste titre, comme un signe d’ouverture », ajoute-t-il, mais cela ne veut pas dire qu’ils seront

régularisés. Le préfet ne veut pas « démentir » l’optimisme de la CGT ni « créer de déception si le résultat ne satisfaisait pas tout le monde ». Raymond Chauveau, sur le ton de celui à qui on ne la fait pas, lui qui a animé plusieurs luttes de sans-papiers dans le département, balaie d’un haussement d’épaules : « Ça se fait tout le temps de la même manière : le préfet s’engage, puis on attend ses propositions sur la manière dont on va travailler. » La préfecture avait déjà régularisé quatre ouvriers de la blanchisserie dans la deuxième semaine du conflit : des salariés choisis par Modeluxe, affirme Raymond Chauveau, parce qu’ils occupaient des postes où il était difficile de les remplacer au pied levé.

le fruit d’une lutte longue et acharnée

« Cette annonce n’est pas due à un changement de politique gouvernementale mais est le fruit d’une lutte longue et acharnée, menée par les 160 salariés de cette entreprise, dont les conditions de travail et de rémunération évoquent un esclavage moderne », a déclaré la CGT de l’Essonne hier dans un communiqué. Pendant une semaine, début octobre, tous les salariés de l’usine avaient cessé le travail en solidarité, bloquant l’activité de l’usine qui travaille pour les hôtels chics de Paris. Puis les sans-papiers avaient poursuivi le mouvement, protégés d’une arrestation par la CGT.

L’affaire remonte à décembre 2004 quand, à la suite d’un contrôle de police, la préfecture avait autorisé Modeluxe à continuer de faire travailler les sans-papiers (40 à l’époque, soit un quart de l’effectif) que l’entreprise affirmait employer à son insu. En septembre dernier, après deux ans de négociations entre la CGT et la préfecture, la situation s’était durcie : Modeluxe avait annoncé le licenciement des sans-papiers à la faveur d’une cession du capital à la société Finance Conseil et Stratégie, précipitant l’usine dans la grève. Soutenu par toute la gauche politique, associative et syndicale du département, PCF, PS, LCR et LO, mais aussi Alternative citoyenne, FSU ou Solidaires, le mouvement a aussi ému des responsables politiques nationaux, comme Marie-George Buffet et Clémentine Autain ou Mouloud Aounit.

Si la préfecture confirme l’optimisme de la CGT, le sort des 18 ouvriers est encore loin d’être réglé : « Le propriétaire de Modeluxe, le groupe Sunlight, doit maintenant revenir sur les procédures de licenciement qu’il a engagées » à leur encontre, prévient le syndicat.

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