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Un article de Christelle Chabaud paru dans l’Humanité du 12 aout 2005

Les Nestlé sur leurs gardes

samedi 13 août 2005 par Christelle Chabaud
La direction tente depuis mercredi de vider l’usine marseillaise de ses stocks de produits finis. Mais, vigilants, les salariés la mettent en échec.

Malgré les inquiétudes, la nuit a été calme. Après une alerte mercredi après-midi, les salariés de Nestlé Saint-Menet avaient tout de même, par sécurité, décidé de renforcer les équipes de surveillance. « Les camions ne sont pas garés très loin de l’usine, nous les avons repérés en faisant un tour de voiture, relate, aux aguets, le syndicaliste Serge Careghi. Plusieurs tonnes de produits finis en chocolat et café sont encore à l’intérieur, alors ils attendent une défaillance de vigilance de notre part et tentent de ruser afin de pouvoir les charger. »

Avant-hier, la direction de Nestlé a essayé de passer en force. Deux camions immatriculés en Espagne se sont présentés en fin de journée devant les grilles de l’usine Saint-Menet, dans le 11e arrondissement de Marseille, afin d’embarquer des palettes de produits Nestlé. « La règle veut que pour tout chargement, il y ait examen et vérification de la feuille de route, explique Robert Caprini, l’un des délégués CGT du site. Or, contrairement à ce qu’annonce la direction, le chargement ne devait pas servir à honorer des contrats avec ses clients. Selon la feuille de route, la destination finale des camions était Dijon, plus précisément un des plus gros entrepôts de stockage de Nestlé en France... Le but consistait donc uniquement à vider l’usine ! » Pour la première fois dans l’histoire du conflit qui oppose les 427 salariés au numéro un mondial de l’agroalimentaire, la direction a fait appel à une petite entreprise extérieure pour charger les camions, malgré la présence sur les lieux et la volonté de travailler des caristes salariés de l’usine. « Dans ces conditions, et vu que Nestlé ne respecte pas la décision de justice du 4 juillet, nous avons collectivement refusé de laisser repartir les camions pleins », confie Serge Careghi.

Alors que Nestlé maintenait son site en cessation d’activités « de fait » depuis le 24 juin, le juge du tribunal de grande instance de Marseille l’a obligé, dans une ordonnance en référé rendue le 4 juillet, à relancer immédiatement « un fonctionnement normal » de l’usine. C’est-à-dire, notamment, « le rétablissement du système informatique », « la conservation de l’outil de production » et surtout « la gestion normale des matières premières ». En contrepartie, les salariés devaient arrêter l’occupation l’usine. Or, depuis le 5 juillet, Nestlé, complètement inactif, joue sur les mots. Selon le géant du groupe agroalimentaire, « le fonctionnement normal de l’usine » ne veut pas dire redémarrage de la chaîne de production et, par conséquent, refuse de livrer le site de Saint-Menet en matières premières. « Nestlé ne respecte pas la décision de justice, donc pour nous, c’est désormais clair : plus aucun camion ne sortira de Saint-Menet chargé si en, contrepartie, d’autres camions ne nous fournissent pas en matières premières afin de faire redémarrer la chaîne de production. » À l’instar de Josiane Biondi, la « doyenne » de l’usine, les salariés restent plus que jamais déterminés. Et ce d’autant plus que la mobilisation locale et le soutien populaire sont désormais bien rodés. Mercredi après-midi, en moins d’un quart d’heure, les deux chauffeurs espagnols se sont retrouvés sous les regards pressants d’une centaine de personnes grâce au système des numéros de téléphone en cascade.

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