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Article de Thomas Lemahieu. Publié dans L’Humanité le 15 novembre 2006

Les « Thomé-Génot » sommés d’accepter le CTP

mercredi 15 novembre 2006 par Thomas Le mahieu
Ardennes . Le gouvernement dévoile un plan caractérisé par un chantage au « contrat de transition professionnelle ». Et sollicite les collectivités territoriales.

Deux ans après une reprise, le fonds d’investissement américain Catalina prend l’oseille et le savoir-faire d’une entreprise séculaire des Ardennes, berne les pouvoirs publics et le tribunal de commerce, met les voiles après avoir promis monts et merveilles et laisse 317 familles sur le carreau... Et quand, après trois semaines d’une mobilisation intense des salariés de Thomé-Génot depuis la liquidation judiciaire le 24 octobre, le gouvernement se réveille, il a deux obsessions : camoufler les chômeurs en puissance et, pour financer son plan social déguisé, faire cracher au bassinet les collectivités territoriales.

C’est la raison d’être, derrière une désignation ronflante, du « contrat de transition professionnelle » (CTP), expérimenté notamment dans le bassin de Charleville-Mézières et, à cet égard, après un énième round d’observation (lire l’Humanité d’hier), le début, mardi matin, des véritables discussions entre l’intersyndicale et la médiatrice désignée par le gouvernement aura été très instructif. En un mot, la droite réussit la gageure de faire à la fois « zéro chômeur » pour la forme et « zéro emploi » pour le fond... Et, dans leur usine occupée depuis la fin de la semaine dernière, les « Thomé-Génot » le comprennent parfaitement et s’offusquent d’être instrumentalisés dans la grande magouille de la « baisse du chômage ». En dehors de l’adhésion au CTP, pour l’heure, point de salut et surtout point de prime ! « C’est scandaleux, c’est du chantage pour nous faire disparaître des chiffres, dénonce Cathy, une salariée à l’outillage. On doit avoir l’argent, même sans aller dans le CTP ! »

À la sortie de la préfecture, les membres de l’intersyndicale CFDT-CGT-FO-CGC, accompagnés par les représentants des unions départementales, dévoilent la manoeuvre : afin de démontrer l’utilité d’un dispositif qui, en vertu des contraintes de « mobilité géographique et professionnelle » qu’il induit, ne récolte pas le succès escompté, il s’agit de faire signer un « CTP » à tous les salariés de Thomé-Génot contre la promesse d’un « ticket d’entrée » à 8 000 euros et, éventuellement, en cas de retour à l’emploi à la fin du contrat, une prime supplémentaire de 6 000 euros. « Les négociations sont engagées, se félicite Larry Séré, porte-parole de l’intersyndicale. On nous parle de 8 000 euros plus 6 000 pour ceux qui retrouvent un emploi, mais c’est vrai que ça ne sera pas évident dans la conjoncture actuelle des Ardennes ! C’est un début : on va continuer, mais nous, on veut 20 000 euros tout de suite, que le salarié adhère, ou non, au CTP, et 5 000 euros à la sortie du contrat pour ceux qui l’auront signé, qu’ils aient, ou non, un emploi. »

C’est dans ce contexte qu’afin de « compléter » le financement de son plan (il manque pour répondre aux revendications sur l’indemnité supralégale des « Thomé-Génot » entre 11 000 et 16 000 euros par salarié), le gouvernement se tourne désormais vers les collectivités territoriales : le département aux mains de l’UMP et la région gérée par la gauche. Mais, d’après nos informations, l’exécutif de Champagne-Ardenne, tout en soutenant la revendication des 30 000 euros pour les salariés de l’équipementier, rechigne à cautionner un montage financier qui ferait l’impasse sur les responsabilités du fonds d’investissement américain Catalina.

* PCF. Dans une lettre rendue publique lundi, le président du groupe communiste à l’Assemblée nationale, Alain Bocquet, interpelle le ministre délégué à l’Industrie, François Loos. Dans le cas de Thomé-Génot, les difficultés sont « imputables à une vampirisation financière organisée par la maison mère américaine », souligne-t-il en demandant au gouvernement d’agir pour « permettre la poursuite de l’activité industrielle » et « faire assumer concrètement ses responsabilités économiques et sociales à l’actionnaire de référence Catalina ».

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