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Un article de Fanny Doumayrou paru dans l’Humanité du 24 juin 2005

Les agents EDF et GDF veulent l’éradication totale de l’amiante

samedi 25 juin 2005 par Fanny Doumayrou

Pour les agents EDF de la centrale thermique d’Arjuzanx dans les Landes, le réveil a été brutal : « Lorsque la centrale a été démontée après sa fermeture en 1991, nous avons compris à quel danger nous avions été exposés, se souvient Jean-Claude Dumartin, ancien agent et responsable CGT. La centrale a été entièrement mise sous cloche et les ouvriers de l’entreprise chargée de la démolition y pénétraient en scaphandres, à cause de l’amiante. Ils ont extrait 900 tonnes de produits amiantés. Nous, nous avions travaillé là pendant des années sans connaissance des risques, sans aucune protection particulière. » Sur ce site qui employait plus de 600 agents, le bilan est lourd : 59 maladies professionnelles liées à l’amiante ont été reconnues et dix-neuf agents sont morts, dont le plus jeune à quarante-deux ans.

Pas perdre sa vie à la gagner

Hier devant la direction générale d’EDF, avenue de Wagram à Paris, plusieurs centaines d’agents EDF et GDF venus de toute la France mais surtout des centrales thermiques et nucléaires, se sont rassemblés pour dénoncer le scandale de l’amiante dans l’entreprise. Vêtus de tee-shirts « L’amiante tue, nous ne voulons pas perdre notre vie en la gagnant », ils ont dessiné sur le parvis du siège des contours de corps symbolisant les victimes du poison. « L’amiante était présent massivement dans l’entreprise, explique Jean-Louis Barthes, de la CGT d’EDF. Dans les centrales thermiques pour le calorifugeage, mais aussi dans les centres de distribution et les postes de transformation. Des dizaines de milliers d’agents ont été exposés. » Au 31 décembre dernier, selon les propres chiffres de la direction, 1 684 agents ont été reconnus en maladie professionnelle amiante, dont 355 sont décédés. Mais ces chiffres sont en deçà de la réalité, puisque les démarches de reconnaissance ont commencé très tardivement. Sur 1 684 maladies reconnues, 1 400 l’ont été après 1996. Auparavant, on mourrait de cancers liés à l’amiante, mais sans le savoir.

Aujourd’hui le scandale perdure. « En 1998, après l’interdiction totale de l’amiante en France, la direction d’EDF-GDF s’est engagée par un accord avec les syndicats à éliminer tout le poison dans l’année, poursuit Jean-Louis Bartes. Aujourd’hui on en est loin. La direction remplace l’amiante mais au fil de l’eau. Dans vingt ou trente ans, on en enlèvera encore. D’ici là, on continuera d’exposer les agents, sans protections individuelles. Sans parler des salariés des entreprises sous-traitantes, qui sont encore moins sensibilisés. » Le syndicat exige une cartographie exhaustive de l’amiante sur les sites, et son éradication totale.

Reconnaître la faute inexcusable

Déjà 150 agents - ou leurs veuves - ont fait condamner EDF et GDF devant les tribunaux des affaires sanitaires et sociales pour « faute inexcusable », et 200 dossiers sont en cours. Cette procédure, qui consiste à faire reconnaître que l’employeur n’a pas pris les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et la santé de ses employés, permet d’obtenir une indemnisation digne de ce nom pour les malades ou leurs ayants droit. La CGT voudrait que la direction, qui de toute façon est systématiquement condamnée, ouvre des négociations pour reconnaître la faute inexcusable, ce qui épargnerait aux malades les actions en justice. « En 2004, l’ancien président François Roussely avait promis de négocier, mais aujourd’hui son successeur Gadonneix fait le mort, dénonce Michel Deconinck, de la Fédération mines énergie CGT. De plus, la direction freine des quatre fers pour délivrer les attestations d’exposition qui permettent d’aller en justice et de bénéficier d’un suivi médical post-professionnel. » Autre revendication, l’extension du dispositif de préretraite amiante. Créé en 2002, il ne concerne que les agents malades, qui peuvent partir à partir de 50 ans avec 70 % de leur traitement. « Nous voulons que les agents exposés puissent en bénéficier aussi, au prorata des années d’exposition, puisqu’ils courent un gros risque de maladie, poursuit M. Bartes. Et nous estimons qu’il ne doit pas y avoir de perte de salaire puisque c’est l’entreprise qui est responsable.

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