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Un article de François-Xavier Bourmaud paru dans Le Figaro du 28 décembre 2005

Les agents de l’ANPE circonspects sur le contrôle des chômeurs

mercredi 28 décembre 2005 par François-Xavier Bourmaud

EN PLEINES vacances de noël, la publication du décret sur le renforcement du contrôle des chômeurs n’a pas perturbé outre mesure les agents de l’ANPE. La polémique entretenue par l’opposition et les syndicats a à peine atteint les agences locales. Il faut dire que, depuis le lancement du plan de cohésion sociale de Jean-Louis Borloo, l’ANPE est sous pression. Une pression qu’a encore accentuée Dominique de Villepin en juin après son arrivée à Matignon.

La charge est lourde : contrats aidés, spécialisation des agences dans des secteurs économiques précis, mise en place de portefeuilles de « clients » par agent, entretiens plus fréquents avec les demandeurs d’emploi, vague d’entretiens avec 57 000 jeunes pendant l’été, mobilisation des ANPE des zones urbaines sensibles après les émeutes de novembre, nouvelle échelle de sanctions graduées pour les chômeurs qui ne recherchent pas activement... Bref, pour l’ANPE, le décret publié samedi dernier n’est qu’un épisode de plus dans la mise sous tension du service public de l’emploi.

Certes, le sujet spécifique du contrôle des chômeurs demeure sensible. Dans une agence du centre de la France contactée hier, on juge ce thème « trop dérapant, trop glissant, trop brûlant » pour s’exprimer et on renvoie vers la direction générale. Dans d’autres agences, en revanche, on critique la politique du gouvernement. « Les décrets et les circulaires se succèdent, mais ensuite, sur le terrain, chacun fait en fonction de ses convictions. Or là il s’agit d’un décret visant plus à contrôler qu’à aider. Personnellement, je ne fais jamais de radiations. Je suis là pour conseiller et accompagner, pas pour fliquer », explique un agent, militant CGT, ancien chômeur, RMiste et désireux de conserver l’anonymat.

Radiations un peu rapides

Dans l’ensemble, l’éventualité de signaler aux inspecteurs du travail les « soupçons de fraude » sur un « dossier » ne choque pas les agents de l’ANPE. Un agent contacté au téléphone dans l’ouest de la France estime ainsi : « Il n’y a pas plus de pression avec ce décret qu’auparavant. Nous donnons un avertissement lorsque l’on constate un dysfonctionnement. Si nous n’obtenons pas de réponse de la part du demandeur d’emploi, nous le radions de nos fichiers. »

Quant à la fraude, cet agent ne se souvient pas y avoir été confronté durant sa longue carrière à l’ANPE. Même tonalité dans les Pays de la Loire où la direction régionale rappelle : « Les contrôles ont toujours existé. Quand il y a un cas douteux ou litigieux, nous sanctionnons. Ce décret ne va pas modifier énormément notre travail, mais l’effet d’annonce va peut-être inciter d’éventuels fraudeurs à réfléchir à deux fois. »

Les objectifs individuels

Au-delà du décret polémique, un autre aspect inquiète les agents : celui des objectifs individuels. Les agents redoutent qu’à l’avenir on ne leur demande de « faire du chiffre ». « Or on voit bien actuellement qu’il n’y a pas de créations d’emplois. Et sans emplois à proposer nous ne pouvons pas aider les chômeurs à retrouver du travail », note-t-on dans une agence où l’on estime qu’au bout du compte une telle logique pourrait se traduire par des radiations un peu rapides au nom de l’amélioration des chiffres du chômage. D’aucuns estiment d’ailleurs à mots couverts que cette pratique est déjà répandue. Dans sa dernière note de conjoncture, l’Insee avançait cette idée pour expliquer pourquoi sept mois consécutifs de baisse du chômage s’étaient enchaînés sans créations d’emplois.

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