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Article de THIEBAULT DROMARD paru dans Le figaro du 30 novembre 2006

Les agriculteurs vont bientôt rouler à l’huile végétale

jeudi 30 novembre 2006 par THIÉBAULT DROMARD
Le gouvernement devrait autoriser la commercialisation des huiles végétales brutes comme carburant.

ROULER à l’huile de colza ou de tournesol n’est plus complètement un mythe. Un certain nombre d’agriculteurs ou de pêcheurs français ont déjà fait le choix de l’utilisation de l’huile végétale ­brute comme carburant pour les moteurs de leurs tracteurs ou de leurs bateaux. Le procédé est relativement simple et il suffit de disposer d’une presse, dont la valeur est estimée à 15 000 euros environ, pour y parvenir. La montée des cours du pétrole a encouragé ces pratiques, autorisées pour une consommation personnelle. Mais demain, à l’occasion d’une table ronde réunissant les ministères de l’Agriculture et de l’Industrie, pourrait être annoncée la publication d’un décret qui fixe les conditions d’une commercialisation de cette huile. « Il y avait une forte demande de la part des agriculteurs qui souhaitent pouvoir l’utiliser sur des moteurs anciens », indique-t-on au cabinet du ministre de l’Agriculture.

Mais l’utilisation de l’huile brute végétale n’est pas du goût de tout le monde. Le groupe Sofiproteol, propriétaire de la marque Lesieur et leader français du biodiesel, mène un lobbying actif pour empêcher la vulgarisation de l’huile comme carburant. « Si ce carburant était vraiment performant, nous n’aurions pas investi de 25 à 30 millions par usine de fabrication du biodiesel », insiste Georges Vermeersch, directeur de l’innovation et de la prospective de Sofiproteol. Études à l’appui, ce dernier démonte point par point le principe d’utilisation des huiles végétales.

Les transports collectifs aussi

D’après une étude de l’Ademe, reprise par Sofiproteol, « l’utilisation directe des huiles végétales est dommageable tant au plan de la tenue des moteurs qu’au plan environnemental ». La forte viscosité de l’huile conduit à la formation de dépôts dans la chambre de combustion comme sur les ­injecteurs. Cela se traduit par une augmentation de la plupart des émissions polluantes. En outre, l’huile résiste mal aux basses températures. Le comité des constructeurs français d’automobiles in­siste sur les risques d’utilisation de l’huile dans les nouvelles générations de moteurs. L’Allemagne, qui utilise depuis six ans ce procédé, a réalisé une étude montrant que sur cent tracteurs qui s’alimentent en huile, dix ont été contraints à des réparations supérieures à 15 000 euros.

« Les agriculteurs réclament ce carburant. Ils en connaissent les conditions d’utilisation », ar­gumente le député UDF du Lot-et-Garonne, Jean Dionis du ­Sé­jour, auteur d’un amendement qu’il aimerait réussir à faire passer dans le cadre de la loi de ­finances rectificative. Son texte prévoit l’élargissement de l’utilisation de l’huile végétale aux transports collectifs dans les ­collectivités territoriales. Les ­ministères concernés devraient débattre de cette proposition ­demain.

Pour Georges Vermeersch, le danger vient plutôt de l’opinion publique, qui aura tendance à ­associer huile végétale et biocarburants. « À l’occasion d’une panne de moteur à l’huile végétale, ce seront alors tous les biocarburants qui seront montrés du doigt », s’inquiète-t-il, alors que la France vient de se lancer dans un vaste programme de développement des biocarburants.

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