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NICOLAS CORI | Libération le 27.11.2007

Les anciens Pechiney laminés

mardi 27 novembre 2007 par Nicolas Cori
OPA. La bataille pour le rachat du géant minier Rio Tinto menace 5 000 salariés français.

Vue de France, la gigantesque bataille boursière lancée il y a quinze jours par l’anglo-australien BHP-Billington, le numéro un mondial des entreprises minières, sur son concurrent Rio Tinto, lui aussi anglo-australien, peut sembler très exotique. Surtout si on ajoute le fait que, hier matin, la Bourse de Sydney a bruissé de rumeurs à propos d’une contre-OPA sur Rio Tinto, lancée par un fonds d’investissement public chinois. Pourtant, du fait de ces derniers événements, ce sont 5 000 salariés français qui vont voir leur vie professionnelle bouleversée. Travaillant dans la branche « produits usinés » d’Alcan, le groupe canadien qui vient d’être racheté par Rio Tinto, ils ont appris hier matin qu’ils étaient mis en vente.

Rio Tinto présentait aux investisseurs sa stratégie de défense face à l’OPA de BHP. Au programme, rien que du classique : on augmente les dividendes (30% l’année prochaine) et on se concentre sur les activités les plus rentables. Pour cela, il est prévu d’augmenter de 10 à 15 milliards de dollars le « montant cible de dessaisissement d’actifs ». La division « produits usinés » de Rio Tinto Alcan en fait partie. Soit 11 000 salariés en Europe, dont la moitié en France.

Plus d’une dizaine de sites sont concernés : les deux plus gros se trouvent à Issoire (dans le Puy-de-Dôme), qui fournit des produits à l’industrie aéronautique, et à Neuf-Brisach (Alsace). Un peu partout en France, on trouve des usines comptant chacune quelques centaines de salariés qui font partie de cette division : Nuits-Saint-Georges (Côte-d’Or), Carquefou (Loire-Atlantique), Montreuil-Juigné (Maine-et-Loire), Ham (Somme), Ozoir-la-Ferrière (Seine-et-Marne)…

Les syndicats d’Alcan sont amers. « C’est l’écœurement qui domine », confie Didier Maurin (CFDT). Ils ont l’impression de voir se répéter un mauvais scénario. Propriété de Pechiney puis rachetés par Alcan en 2003, ils ont vécu de nombreuses fermetures de sites. Puis, au début de l’année, la direction du groupe canadien a mis en vente la division emballages, et ses 5 500 salariés français. Avec un motif identique à celui d’aujourd’hui. On vendait une activité peu rentable pour se défendre d’une OPA hostile, en provenance de l’américain Alcoa. Rio Tinto était alors intervenu comme chevalier blanc et avait racheté « amicalement » son concurrent. Mais le projet de vente de la division emballages avait été maintenu. Même si l’opération ne s’est toujours pas réalisée.

Du côté des pouvoirs publics, on a aussi une impression de déjà-vu. Il y a à peine deux mois, le gouvernement français avait donné son feu vert à la fusion Alcan-Rio Tinto. La branche « produits usinés » étant un fournisseur des industries de défense, elle est considérée comme stratégique. Et tout changement de propriétaire doit être avalisé. Après une rencontre en octobre avec Paul Skinner, le patron de Rio Tinto, Christine Lagarde, la ministre de l’Economie, avait donné son feu vert en échange d’« engagements quant à la pérennité de l’activité de recherche et développement et la sécurité d’approvisionnement des industries aéronautique et de défense ». Tout est à refaire.

Du coup, la ministre faisait savoir hier qu’elle suivrait le dossier « avec une extrême vigilance », en veillant à ce que la cession prévue « garantisse l’intégrité de la branche ». Concernant la branche emballages, en revanche, les pouvoirs publics ne peuvent pas grand-chose. Lagarde s’est juste contentée de « souhaiter » un « repreneur industriel unique ».

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