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Ramine Abadie | L’Humanité du 9 mars 2007

Les assurances maladie privées ne font plus recette en Suisse

vendredi 9 mars 2007 par Ramine Abadie
Genève . La libéralisation instaurée il y a dix ans a débouché sur une explosion des primes et nourrit un mécontentement à l’origine d’une votation dimanche pour un retour à l’ex-monopole public.

Qui doit gérer le système de l’assurance maladie obligatoire ? Et selon quel modèle de primes ? C’est à ces questions capitales de politique sociale que les électeurs suisses doivent répondre dimanche prochain, le 11 mars, dans les urnes. Une initiative lancée par la gauche et le mouvement associatif propose en effet aux Helvètes de modifier le modèle de base de l’assurance maladie, instauré en 1996 (connue sous le nom de la LAMAL).

un système très libéral

Ce système très libéral est fondé sur une couverture universelle obligatoire mais dont la gestion a été laissée, au nom de la sacro-sainte concurrence, à une petite centaine de caisses privées d’assurances. Les primes de maladie, calculées par ces dernières, sont établies par tête et non en fonction du revenu. En clair, chacun, qu’il soit PDG de Nestlé ou simple caissière de supermarché, paie le même montant, fixé en fonction de son canton de résidence (il y en a 26). Or, alors que la concurrence était, selon ses thuriféraires, censée empêcher les coûts et les primes de s’accroître, dix ans après la mise en place de la LAMAL, tous les deux ont explosé.

Entre 1996 et 2006, les primes de maladie ont augmenté de pas moins de 70 % (la prime moyenne est actuellement d’environ 200 euros par mois et par personne) ! Cela alors que, sur la même période, les coûts de la santé ne se sont, eux, accrus « que » de 45 %. Un décrochage énorme qui, selon Monika Dusong, présidente de la Fédération romande des consommateurs, montre clairement, « l’échec fondamental de l’effet concurrence de la LAMAL ». Le système suisse (dont les dépenses, soit les primes payées, se montent à près de 12 % du PIB, 35 milliards d’euros, contre 10,5 % en France où la Sécu est financée plus équitablement) est ainsi devenu le deuxième en termes de cherté dans le monde, après celui des États-Unis (15,5 %), qui pratiquent le même modèle mais sans le caractère obligatoire. Ce qui fait d’ailleurs que plus de 40 millions de personnes, incapables de payer, ne disposent d’aucune couverture santé aux États-Unis. En Suisse, la couverture est en revanche obligatoire : ce qui revient à livrer les gens, pieds et poings liés, à des assurances privées aux comptes notoirement opaques (officiellement elles ne peuvent faire de bénéfices sur la partie maladie obligatoire, mais elles se rattrapent ailleurs).

Les caisses jouent sur des besoins de soi-disant réserves et provisions pour augmenter leurs primes - et grassement rétribuer leurs directions et leurs conseils d’administration sans oublier des parlementaires fédéraux dont une trentaine siègent dans ces mêmes conseils. Résultat : selon les statistiques, 30 % de la population suisse n’arrive pas à payer ses primes de maladie ! D’après la principale centrale syndicale du pays, USS, le poids de celles-ci équivaut à un prélèvement de 11 % en moyenne sur les revenus. Ainsi, pour que le système ne s’écroule pas, les pouvoirs publics des cantons sont obligés d’aider et de subventionner leur paiement. Ils le font pour les plus faibles revenus - il s’agit souvent de familles avec enfants qui doivent assumer autant de primes que de personnes au foyer puisque même les enfants doivent payer ! Quant à la classe moyenne, à elle de se débrouiller...

frein des conservateurs

Le texte de la gauche - soutenu même par le corps médical, mis sous pression par les assurances - propose l’instauration d’une caisse publique unique de maladie et des primes calculées en fonction de la « capacité économique » des personnes. Pourtant, d’après les sondages, il semble que le pays s’achemine vers un refus de cette initiative. La Suisse alémanique et ses cantons conservateurs et ruraux - qui paient des primes moins élevées que dans les grandes villes et chez les francophones et ont peur de devoir les soutenir, le cas échéant - semblent avoir accepté l’argument de campagne des caisses de maladie et du gouvernement qualifiant l’initiative de tentative « d’étatisation de la santé ». Un absolu repoussoir pour de nombreux Alémaniques. Le paradis helvétique des assureurs de maladie semble avoir encore de beaux jours devant lui...

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