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Jean-Jacques Bozonnet et Laetitia Clavreul | Le Monde le 05.06.2008

Les biocarburants mis en cause au sommet de la FAO

jeudi 5 juin 2008 par Jean-Jacques Bozonnet, Laetitia Clavreul
Face à la crise alimentaire mondiale qui frappe les plus pauvres et qui a déclenché des émeutes de la faim, il faut prendre dès aujourd’hui des décisions fortes pour éviter que le phénomène ne s’aggrave demain. Tel est l’avertissement que le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU), Ban Ki-moon, a adressé aux Etats, mardi 3 juin à Rome, lors de l’ouverture du sommet de la FAO sur la sécurité alimentaire.

Rappelant qu’avant la flambée des prix des matières premières et des denrées alimentaires, 860 millions de personnes souffraient déjà de malnutrition, il a insisté sur trois points devant les 4 800 délégués des pays rassemblés pour trois jours au siège de la FAO.

M. Ban a souhaité "un plus grand degré de consensus" sur les biocarburants, accusés de participer pour un tiers à l’augmentation des prix agricoles. Il a appelé à mettre fin aux distorsions de marché causées par "ces politiques alimentaires qui appauvrissent les voisins". Et il a plaidé pour un accord sur la libéralisation des échanges dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Le directeur général de la FAO, Jacques Diouf, a également mis les Etats devant leurs responsabilités. "Ces tristes événements ne sont que la chronique d’une catastrophe annoncée", a-t-il lancé, regrettant que les appels de la FAO à ne pas délaisser l’agriculture n’aient été entendus que lorsque "les exclus du banquet des riches sont descendus dans la rue".

C’est à l’ONU de coordonner les actions pour "une bonne gouvernance de la mondialisation", a répondu le premier ministre espagnol, José Luis Zapatero, pour qui l’Espagne a fait sa part "en multipliant par cinq depuis quatre ans les fonds de la lutte contre la faim". Il souhaite une nouvelle réunion à l’automne pour établir "une charte de la sécurité alimentaire". Parmi les dizaines de chefs d’Etat qui se sont succédé à la tribune de la FAO, le plus virulent a été l’Iranien Mahmoud Ahmadinejad. Dénonçant "l’impuissance des mécanismes de l’ONU", il a réclamé "la formation d’une institution indépendante et juste" pour réguler le marché de l’alimentation.

En détaillant son Partenariat mondial pour l’alimentation et l’agriculture, le président Nicolas Sarkozy a précisé que la France consacrerait 1 milliard d’euros sur cinq ans à des projets de développement en Afrique subsaharienne.

"Après la décolonisation, nous n’avons sans doute pas suffisamment aidé ces pays à construire leur agriculture et à nourrir leur peuple", explique Michel Barnier, le ministre de l’agriculture. Selon lui, les pays en développement ne doivent pas pour autant renoncer aux cultures d’exportation, qui sont un bon apport de devises. Le discours français sur le développement de l’agriculture familiale a séduit les ONG françaises. "Il faut maintenant aller plus loin et condamner les exportations à bas prix", estime cependant Ambroise Mazal, du CCFD.

Au fil des déclarations de la première journée, les participants au sommet ont eu confirmation de leurs fortes divergences sur certaines questions clés, notamment la production d’agrocarburants. Les petits pays condamnent l’utilisation des terres arables pour ce type de culture. En revanche, le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, s’est fait l’ardent avocat du bioéthanol dont son pays est le deuxième producteur mondial derrière les Etats-Unis. "Les biocarburants ne sont pas les bandits qui menacent la sécurité alimentaire des nations les plus pauvres", a-t-il déclaré. Au Brésil, a précisé Lula, la totalité de l’éthanol est produite sur moins de 1 % des 340 millions d’hectares de terres agricoles.

Le Congo-Brazzaville partage cet avis. Il discute avec des investisseurs étrangers pour leur ouvrir ses portes, à condition qu’ils achètent aussi la production locale pour leurs usines. "2 % seulement de nos terres arables sont mises en valeur. Il faut penser aussi en termes d’emplois", explique Macaire Nzomono, le conseiller agricole du président Sassou N’Guesso.

Les difficiles négociations entreprises à Rome en vue d’harmoniser les positions des Etats sur les mesures à prendre pour assurer la sécurité alimentaire devront avoir une suite. L’idée de trouver un organe de discussion réunissant les instances décisionnaires en la matière (ONU, FAO, Banque mondiale, FMI et OMC), comme le fait actuellement la "cellule de crise" lancée par M. Ban en mai, fait son chemin.

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