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Un article de T.L. paru dans l’Humanité du 21 février 2005

Les bons sentiments de Peter Mandelson

lundi 21 février 2005 par Thomas Le mahieu
Le commissaire européen au Commerce extérieur propose de détruire l’emploi textile en Europe afin de soulager et d’aider l’ensemble des pays touchés par le tsunami.

Au-delà de ses déclarations claires et fermes défendant la directive Bolkestein à l’intérieur de l’Union et l’approfondissement de l’accord général sur le commerce des services (AGCS) dans le reste du monde (lire l’Humanité du 18 février) , Peter Mandelson, commissaire européen au Commerce extérieur, vient de réussir à se mettre à dos la plupart des représentants du secteur textile en France. Le 10 février, par la voix du travailliste britannique, la Commission européenne annonce l’entrée en vigueur anticipée au 1er avril de son nouveau système de préférences commerciales, avec comme objectif déclaré « de soulager les pays affectés par les tsunamis du 26 décembre en Asie ». Le principal bénéficiaire devrait être le Sri Lanka qui verra quelque 90 % de ses exportations entrer dans l’UE à tarif zéro. Pour les autres pays (Thaïlande, Indonésie, Inde, Bengladesh et Pakistan), les droits de douanes seraient considérablement abaissés. Selon la Commission elle-même, cet accès facilité au marché européen apportera aux pays touchés par le tsunami un volume supplémentaire d’échanges de 3 milliards d’euros, principalement dans les secteurs des textiles et des produits de la pêche.

Président de l’Union des industries textiles (UIT), Guillaume Sarkozy ne l’entend pas tout à fait de cette oreille. « C’est inacceptable, on veut nous faire croire, au nom d’une légitime solidarité avec les peuples traumatisés par le tsunami, que cette solidarité doit s’exercer contre des emplois textiles en France et en Europe, affirme-t-il. Si cette décision est prise par l’Union européenne, elle mettra en péril l’espace euroméditerranéen textile en construction. Décidément Bruxelles se soucie peu des emplois européens. Derrière les beaux discours sur la politique industrielle se cache en réalité une idéologie très dangereuse pour l’industrie textile européenne : fermer les usines situées dans l’Europe élargie, importer à tout va d’Asie - la Chine et l’Inde ont-elles besoin de ces avantages tarifaires ? - et délocaliser dans ces pays. » Pour la Fédération CGT du textile, « si ces propositions, qui viendraient s’ajouter à la fin des quotas au 1er janvier 2005, étaient retenues, les conséquences seraient lourdes et catastrophiques pour notre industrie européenne et pour ses millions de salariés. Des centaines de milliers d’emplois seraient encore supprimés ». Et la CGT de lancer en interpellant en particulier le ministère français de l’Industrie : « De grâce, qui arrêtera le commissaire Mandelson sur son projet fumeux et dévastateur ? » Le problème sur cet aspect, c’est qu’à l’instar de la « directive Bolkestein » avalisée par le gouvernement Raffarin au printemps 2004 (avant sa tardive rétractation d’ordre tactique), cette décision d’anticiper le nouveau système des préférences généralisées a obtenu, le 28 janvier, l’accord unanime du Conseil des ministres, et donc aussi du gouvernement français... Ce que Peter Mandelson a beau jeu de rappeler dans la Tribune de vendredi : « Cette diminution des droits perçus à l’entrée du marché communautaire a reçu le soutien de tous les États membres de l’Union européenne. »

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