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Reuters | 25 janvier 2006

Les centrales nucléaires d’Areva apportées à Alstom ?

jeudi 26 janvier 2006
PARIS (Reuters) - Areva est au centre de nouvelles spéculations qui font état d’un prochain démantèlement en vue de l’apport de son activité de construction de centrales nucléaires à Alstom (ALO) afin de créer un géant français intégré présent sur toute la filière énergétique.

Si ce schéma se confirmait, il s’agirait d’un retournement spectaculaire car le géant du nucléaire avait été sollicité ces dernières années, en particulier par les grandes banques créancières d’Alstom (ALO), pour racheter le spécialiste des infrastructures d’énergie et de transports.

Le groupe dirigé par Patrick Kron avait d’ailleurs vendu à Areva sa filiale Transmission et Distribution (T&D) pour se renflouer financièrement.

A Bercy, on qualifie de "rumeurs fantaisistes" les spéculations sur un démantèlement d’Areva.

Le porte-parole du groupe nucléaire, Jacques-Emmanuel Saulnier a déploré ces rumeurs, jugées "absolument préjudiciables aux intérêts de la France", et a souligné qu’on n’avait "pas encore vu un début d’argumentation stratégique supposée l’appuyer".

"Ce qui est certain en revanche, c’est que gouvernement français a expressément fait part de son soutien total à la stratégie du groupe et au management qui la conduit".

Pour lui, "le modèle Areva, acteur intégré sur l’ensemble du cycle nucléaire, est payant parce que c’est ce que recherchent nos clients. Il a fait ses preuves en permettant au groupe de devenir en quelques années le n°1 du nucléaire aux Etats-Unis et nous sommes sur cette base en compétition pour devenir le partenaire de référence de l’industrie nucléaire chinoise. C’est pourquoi il est pour le moins surprenant de penser que certains s’agitent pour démonter quelque chose qui marche.

Le président d’Alstom (ALO) a déclaré pour sa part mardi à Reuters : "A ma connaissance, je ne crois pas qu’Areva soit à vendre".

MISE EN BOURSE ANNULEE

Les spéculations actuelles, qui fleurissent dans la presse, trouvent leur source dans la décision de Dominique de Villepin, le 27 octobre, d’annuler la mise en Bourse d’Areva. Celle-ci devait se faire par élargissement jusqu’à 35%-40% d’un flottant composé de certificats d’investissement représentant un peu moins de 5% du capital.

Alors que les précédents gouvernements, y compris socialistes, étaient favorables à une privatisation partielle, le Premier ministre avait invoqué "l’indépendance nationale" pour justifier son choix, ajoutant qu’il s’appuyait sur "des principes" et "une analyse des situations".

"Dans un secteur aussi stratégique que l’approvisionnement en matières fissiles, l’enrichissement et le traitement des déchets nucléaires, le contrôle de l’Etat doit fournir les garanties nécessaires au citoyen comme à nos clients étrangers", avait-il expliqué lors d’une conférence de presse.

A Matignon comme au ministère de l’Economie et des Finances, on a démenti ces derniers mois que la décision visait à affaiblir Anne Lauvergeon, présidente du directoire d’Areva depuis la création en septembre 2001 de ce groupe né de la fusion de Cogema (production et retraitement) et de Framatome (centrales).

Son mandat s’achève en juin 2006 et tout le monde s’interroge sur le renouvellement de cette ancienne conseillère du président socialiste François Mitterrand. Pour un dirigeant de grande entreprise qui la connaît bien, "elle n’est pas très aimée en ce moment" par le gouvernement actuel.

Selon des sources proches du dossier, en bloquant l’introduction en Bourse d’Areva, Dominique de Villepin a voulu adresser un message à la fraction gaulliste de la majorité, très attachée à une filière nucléaire construite sous l’égide de l’Etat, après l’introduction en Bourse de GDF (GAZ) puis d’EDF (EDF).

ACTIVITES SENSIBLES POUR L’ETAT

Selon plusieurs sources proches du dossier, le chef du gouvernement comme son ministre de l’Economie et des Finances, Thierry Breton, sont attachés à ce que des activités aussi sensibles comme la fabrication du combustible nucléaire et le retraitement des déchets restent entre des mains publiques. "C’est d’autant plus crucial qu’on voit bien ce que pourraient faire certains Etats", juge un responsable proche du dossier.

En revanche, la fabrication de centrales pourrait être gérée par des entreprises privées, comme cela se pratique ailleurs. Bouygues (EN) a d’ailleurs manifesté son intérêt l’an dernier pour Areva. L’allemand Siemens a dit pour sa part vouloir accroître sa part de 34% dans Framatome ANP, la filiale d’Areva dans ce secteur.

C’est là qu’intervient Alstom (ALO). Après avoir frôlé la faillite il y a deux ans, le groupe, aidé par l’Etat qui détient 21% du capital, s’est redressé et l’apport de l’ancien Framatome le renforcerait sur les marchés mondiaux.

"Ce serait intelligent et logique", explique un responsable impliqué dans le dossier, qui conteste les ambitions de Siemens (SI). "Il n’est pas normal que l’argent des contribuables français serve à financer un groupe allemand qui a renoncé au nucléaire", a-t-il dit.

Sur les neuf premiers mois, le pôle réacteurs et services d’Areva a généré un chiffre d’affaires de 1,575 milliard d’euros, en hausse de 10,1%, alors que le volume d’activité du groupe a atteint 6,99 milliards (+3,4%). Sur les neuf mois arrêtés au 31 décembre, Alstom (ALO) a réalisé des ventes de 10,25 milliards, dont 3,66 milliards pour sa branche Power Turbo-Systems/Power Environnement (PTS/PE).

Un mariage permettrait de créer un groupe présent sur presque que toute la chaîne de production d’énergie : thermique, hydraulique et nucléaire. En outre, il y aurait la possibilité de proposer un package îlot nucléaire/îlot conventionnel.

Les analystes financiers interrogés sont dubitatifs. "Tout est possible avec l’Etat. Ce ne serait pas idiot. Mais le problème, c’est que les centrales nucléaires offrent aujourd’hui des marges plutôt faibles. Donc, on ne voit pas trop l’intérêt pour Alstom", juge un spécialiste travaillant pour une banque française.

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