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Un article de Serge Pueyo paru dans Le Figaro du 20 juin 2005

Les chauffeurs polonais roulaient 20 heures par jour pour 150 euros mensuels

lundi 20 juin 2005 par Serge Pueyo

Après le désormais célèbre plombier polonais, le chauffeur routier polonais ? Les gendarmes de la Verpillière, en Isère, viennent de découvrir que des chauffeurs des pays de l’Est, principalement polonais, employés par un transporteur italien, roulaient jusqu’à 20 heures par jour pour un salaire d’à peine 150 euros par mois, sans repos hebdomadaire ni vacances.

Un des dirigeants de l’entreprise a été mis en examen par un juge de Vienne (Isère) et écroué pour « complicité de faux et usage de faux, mise en danger de la vie d’autrui et soumission d’une personne vulnérable à des conditions de travail inacceptables avec la dignité humaine ».

Tout commence le 19 février, lors d’un contrôle de routine des gendarmes du peloton autoroutier de la Verpillière à un péage de l’A 43, entre Lyon et Grenoble. Le chauffeur polonais d’un semi-remorque immatriculé en Italie est incapable de fournir le moindre disque pour justifier de son temps de conduite.

Placé en garde à vue pour « obstacle au contrôle des conditions de travail dans le transport », l’homme va finir par avouer que son employeur, basé dans la région de Turin, lui demande de conduire 20 heures par jour pour 150 euros par mois. En cas de contrôle, les chauffeurs doivent présenter une fausse attestation de congés produite par l’entreprise.

Conscient de la gravité de cette affaire, le procureur de Vienne, Franck Rastoul, ouvre une information judiciaire. Après quatre mois d’investigations, les enquêteurs vont passer à l’action. Dans la nuit du 7 au 8 juin dernier, 200 gendarmes, appuyés par un hélicoptère, vont participer à une opération spectaculaire : l’interception de tous les camions de la société italienne Gae.tra qui traversent la région Rhône-Alpes. Quinze poids lourds au total sont stoppés sur différents axes. Leurs chauffeurs polonais et slovaques vont confirmer les premières déclarations faites en février par leur collègue. Poussés à travailler en continu, ils ne peuvent voir leur famille que tous les trois mois.

« C’est de l’esclavage moderne, explique le procureur Franck Rastoul. Ces chauffeurs étaient exploités dans des conditions indignes. Originaires des pays de l’Est, ils devaient accepter, parfois contraints et forcés, des conditions de travail choquantes. » Des conditions qui sont également « un danger pour autrui, souligne le magistrat, car avec des temps de conduite de près de 20 heures, les risques d’accident sont énormes. »

Les chauffeurs de Gae.tra, qui n’ont pas fait l’objet de poursuites, étaient contrôlés à distance par leur patron via un système GPS. Un des dirigeants de la société s’est présenté de lui-même au parquet de Vienne pour tenter de récupérer les quinze camions confisqués par la justice. Il ne pensait sans doute pas qu’il finirait en prison.

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