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Frédéric Durand | L’Humanité du 13.12.2007

Les cheminots imposent leur calendrier à Sarkozy

samedi 15 décembre 2007
Alors qu’il espérait faire une démonstration de sa méthode de guerre éclair, le chef de l’état a été contraint de reculer à petits pas.

La réforme des régimes spéciaux, considérée comme une simple formalité sur la feuille de route du gouvernement, se confronte à une réalité sociale plus complexe que ne l’imaginait la droite.

De la théorie au réel : quatre mois d’un scénario à rebondissements.

9 septembre : Le premier ministre, François Fillon, annonce sur le plateau de Canal Plus : « La réforme des régimes spéciaux est prête, nous n’attendons que le signal de Nicolas Sarkozy », avant d’ajouter : « Elle est simple à faire : il s’agit d’aligner les régimes spéciaux sur celui de la fonction publique. »

18 septembre : Le « signal » arrivera neuf jours plus tard : « L’objectif doit consister, à tout le moins, à harmoniser les régimes spéciaux avec celui de la fonction publique qui, lui, a été réformé en 2003. Dès demain, Xavier Bertrand, à qui j’ai demandé de conduire cette réforme, va entamer des discussions avec tous les acteurs concernés », dira le président de la République dans son discours de politique sociale au Sénat.

18 octobre : Un mois plus tard une grève qualifiée « d’historique » avec plus de 75 % des agents mobilisés au sein des entreprises concernées va résonner comme un coup de tonnerre dans un ciel que Fillon croyait dégagé de toutes tensions sociales. Le gouvernement fait la sourde oreille et maintient les trois piliers de la réforme que contestent les syndicats : allongement de la durée du travail de 37,5 à 40 annuités, indexation des pensions non plus sur les salaires mais sur les prix et décote, pénalité supplémentaire pour manque d’année de cotisation.

13 novembre au 23 novembre : un front unitaire syndical s’organise, une grève qui va durer dix jours va paralyser le pays. À la demande des syndicats le gouvernement finit par accepter d’être représenté lors de réunions tripartites avec la direction et les syndicats et s’engage à élargir les discussions au cadre même de la réforme. Les trois piliers seront abordés ce que refusait jusqu’à là le gouvernement.

29 novembre : la première des cinq tables rondes prévues dans le calendrier des négociations, avec pour thème : mesures salariales et dispositifs d’accompagnement des carrières, se tient à la direction de la SNCF. Le 18 décembre « une table ronde conclusive » doit clore les débats. Les syndicats réclament un allongement du calendrier que l’État refuse de leur accorder. Le gouvernement craint de voir se prolonger les débats au-delà de 2007. Le front syndical se divise sur la stratégie à adopter face à lui.

11 décembre : un préavis de grève a été déposé quatre jours plus tôt par la CGT et la CFE CGC pour le 13 décembre. Une audience de conciliation met face à face direction et syndicats. Devant la menace d’une nouvelle grève qualifiée par Mme Idrac, présidente de l’entreprise publique, « d’inutile » la direction recule pourtant et accepte de poursuivre les négociations jusqu’en février. Mieux elle promet un effort sur les salaires et l’embauche en 2008 et obtempère sur la demande d’une négociation sur le fret demandée par les cheminots.

Le 18 novembre dernier, à la veille de la deuxième semaine de conflit à la SCNF, Nicolas Sarkozy déclarait devant son état-major UMP : « La semaine prochaine nous ferons de la politique et de l’idéologie », cela n’aura pas suffi. Obligé de reculer à petit pas le gouvernement va maintenant devoir concilier le prolongement des négociations des régimes spéciaux avec celles plus vastes du régime général de retraite qui s’ouvrent en 2008.

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