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Un article de Sébastien Ganet et Bruno Odent paru dans L’Humanité du 26 mai 2006

Les craintes s’accentuent pour la conjoncture mondiale

vendredi 26 mai 2006 par Sébastien Ganet, Bruno Odent
Économie . Après plusieurs coups de froid sur les Bourses, les clignotants annonciateurs de ralentissement s’allument, suscitant les alertes des participants au récent forum de l’OCDE .

Les marchés financiers se sont stabilisés, semble-t-il, hier après plusieurs jours de chutes sensibles, avec néanmoins des reculs importants sur les places scandinaves et asiatiques. Douchées lundi et mercredi par des ventes massives d’actions, pratiquement toutes les Bourses de la planète ont mordu la poussière. Le risque d’un report sur l’économie réelle, sur les entreprises et l’emploi ne fait que s’accroître. La journée de lundi avait particulièrement marqué les esprits, avec une dégringolade générale touchant Paris (- 2,65 %), Francfort (- 2,22 %), Londres (- 2,20 %), Zurich (- 2,42 %) et Amsterdam (- 2,52 %). Le scénario a été quasiment le même mercredi. Seule la publication mercredi des commandes américaines de biens durables, en chute de 4,8 %, a rassuré les - traders et a suscité une légère - remontée des marchés.

période de volatilité

Pourquoi les boursiers, contre tout bon sens, se réjouissent-ils d’une statistique pourtant négative et qui signifie moins de commandes pour l’industrie nord-américaine ? Rob Carnell, de la banque ING, en donne l’explication : ce chiffre, qui témoigne d- ralentissement de l’activité, « aide à la marge à réduire les - perspectives de hausse des taux américains (AFP) ». Il intervient alors que les investisseurs s’inquiètent d’une éventuelle poursuite du resserrement - monétaire aux États-Unis pour contrer de possibles pressions inflationnistes, dans un contexte de flambée des prix des matières premières. Le resserrement monétaire signifie une action des banques centrales pour augmenter le coût des emprunts ou des dettes.

remèdes libéraux

Pour les placements - boursiers, une hausse des taux signifie, certes, une hausse du rendement des portefeuilles monétaires ou obligataires. Toutefois, taux d’intérêt d’un coté, et obligations et actions de l’autre, variant en sens inverse, une hausse des taux induit une baisse de la valeur des titres. Les experts de la banque suisse UBS ne disent pas autre chose : « Cette période de volatilité pourrait durer plus longtemps que lors des replis récents. En attendant le 29 juin, date de la prochaine réunion du comité directeur de la réserve fédérale, on devrait en effet assister à la publication de statistiques à la fois bonnes et mauvaises, et nous anticipons donc une période de volatilité. »

Dans un tel contexte d’agitation sur les marchés financiers planétaires, le risque et l’incertitude ont bien entendu traversé le forum mondial de l’OCDE ainsi que la réunion annuelle des ministres de l’OCDE, tenues du les 22 et 23 mai à Paris. « L’économie mondiale a confirmé sa capacité à traverser sans encombre, ni ralentissement marqué, les périodes de turbulences » y a déclaré Jean-Philippe Cotis, l’économiste en chef de l’OCDE. Toutefois, ajoute-t-il, « les risques entourant ce scénario se sont plutôt accentués récemment ». Il s’agit des déséquilibres de balances courantes, de la hausse des taux d’intérêt à long terme ou des prix de l’immobilier, ainsi que des prix du pétrole et des matières premières. « Une résorption brutale de ces déséquilibres affecterait sans doute l’économie globale, et vraisemblablement en premier lieu les zones les moins résilientes, dont la zone euro », ont convenu les ministres réunis à Paris qui appellent à « remédier aux tensions et risques sous-jacents. »

S’en remettant aux bons vieux remèdes libéraux, les ministres veulent l’ouverture des marchés, la levée des obstacles aux échanges, ainsi que l’instauration de réglementations des marchés des produits et du secteur financier. Sachant qu’il est « difficile de trouver le bon moment et de réunir un consensus sur les réformes », le premier ministre grec, Kostas Karamanlis, qui présidait cette réunion du Conseil de l’OCDE au niveau des ministres, sait de quoi il parle quand il appelle à « s’interroger sur la meilleure stratégie pour mettre en oeuvre des réformes nécessaires et - réunir un consensus social ». À l’instar de Dominique de Villepin en France, il a été confronté à des mouvements sociaux très durs contre des réformes visant le marché du travail et les retraites. Selon lui, une appropriation par « le corps social » du « programme de réformes » est nécessaire. Et d’ajouter : « Les partenaires sociaux doivent travailler ensemble pour parvenir a des accords applicables. C’est de cette façon que la paix sociale peut être préservée. » L’incertitude déstabilisant les marchés financiers actuellement explique pour une bonne part l’empressement des institutions à reporter les coûts des dégâts financiers sur ce « corps social ».


Les États-Unis au coeur des déséquilibres

Le surendettement de tous les acteurs économiques pèse de plus en plus lourd tandis que la menace d’un éclatement de la bulle immobilière se précise.

Les États-Unis sont au coeur des déséquilibres qui pourraient enclencher un retournement de la conjoncture internationale. Pour comprendre, il faut revenir à la situation quelque peu paradoxale qui caractérise la première puissance mondiale : le gouvernement, les firmes ou les particuliers sont tous surendettés. L’un emprunte massivement aux financiers asiatiques dont les économies affichent des excédents record, l’autre aux européens qui investissent fortement outre-Atlantique, les derniers tout simplement à leurs banques locales pour couvrir leurs besoins. Et le phénomènes’accélère. À tous les niveaux. En dépit de la croissance forte (4,5 % l’an passé) qui aurait dû, a priori, contribuer à renflouer les caisses et les bas de laine.

Les énormes ardoises auprès des créanciers internationaux contribuent au trou de la balance des paiements (le bilan des entrées et des sorties d’argent du pays). Il atteignait déjà 794 milliards de dollars en 2005 et devrait pulvériser à nouveau ce record cette année en dépassant, selon les experts, les 880 milliards. Le sort de l’économie états-unienne est ainsi de plus en plus lié à sa capacité d’attirer les capitaux. Elle y parvient en usant abondamment de sa suprématie, jusque sur le terrain militaire et politique. Mais les contradictions s’aiguisent. Les autorités sont prises dans une sorte de tenaille : la banque centrale des États-Unis, la FED, s’efforce, d’un côté, de drainer un flux important de capitaux vers son territoire. D’où sa surveillance fébrile de l’inflation et ses relèvements successifs des taux d’intérêt. Cependant, en augmentant le coût du crédit, elle risque, de l’autre côté, de freiner la croissance, voire pire.

La menace d’enchaînements pouvant conduire jusqu’à une récession est désormais manifeste. Ainsi le scénario d’un éclatement de la bulle immobilière se précise. Les prix des logements qui avaient atteint des niveaux extrêmes, - dopés par une spéculation frénétique, ont amorcé une baisse. La demande d’habitations neuves a reculé d’environ 5 % au premier trimestre. Les ménages qui se sont lourdement endettés pour accéder au logement seraient touchés de plein de fouet si ce décrochage se renforçait. D’autant que leurs revenus salariaux ont, au mieux, stagné dans la dernière période. D’où une recrudescence prévisible de ces faillites personnelles dont le nombre ne cesse déjà d’augmenter. Et, in fine un net recul de la consommation qui constitue le principal support de la croissance.

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