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Un article de Martine Orange paru dans le Monde du 2 février 2005

Les dangers d’un capitalisme de rentiers

jeudi 3 février 2005 par Martine Orange
A force, les groupes risquent de s’asphyxier financièrement.

Voir les marchés financiers ne plus contribuer au financement des entreprises mais au contraire en tirer tous les profits est une situation un peu inattendue. Contraire même aux règles habituelles du capitalisme productif.

D’une certaine façon, cette inversion est l’aboutissement d’un processus à l’œuvre depuis dix ans. En fixant des normes intangibles de rentabilité (15 % sur les capitaux investis, au moins 20 % de retour sur les nouveaux investissements, 50 % des profits distribués), les investisseurs institutionnels ont contribué au dessèchement du système. Au fil des mois, de moins en moins de projets ont réussi à satisfaire des règles supérieures au potentiel de l’économie réelle. Malgré des taux d’autofinancement élevés, les entreprises n’investissent plus assez, ni dans la recherche, ni dans l’innovation, ni dans la mondialisation de leurs réseaux.

Sommes-nous entrés dans ce capitalisme de rente, comme le prédit l’économiste de BNP Paribas, Jean-Pierre Petit ? Plusieurs signes attestent d’un changement. La part des salaires et des revenus du travail ne cesse de diminuer par rapport aux profits, dans le partage de la valeur ajoutée des entreprises. Dans le même temps, la dominante patrimoniale devient plus marquée. Soutenu par des financements bon marché, l’immobilier est désormais le refuge de tous les capitaux en mal de placement. Oublieux de toutes les leçons passées, ceux-ci d’ailleurs commencent à y exiger des retours sur investissements aussi élevés qu’en Bourse.

INVERSION MOMENTANÉE

A côté, les fonds et les investisseurs institutionnels préfèrent financer les dettes d’Etat plutôt que d’investir dans l’épargne productive. Les rendements y sont moindres, mais ils ont le sentiment d’y jouer la sécurité, l’investissement dans les hedge funds (fonds spéculatifs) et dans les fonds privés étant censé combler les différences de rentabilité.

Obliger les entreprises à reverser la moitié de leurs profits et ne pas assurer le financement de leur développement n’est pas sans danger. A force, les groupes risquent de s’asphyxier financièrement.

Certains pensent que cette inversion capitalistique n’est que momentanée. Selon eux, la mondialisation, la concurrence montante des pays asiatiques forceront à une remise en ordre du système. La nouvelle vague des fusions-acquisitions qui se dessine aux Etats-Unis leur paraît confirmer un certain retour de l’esprit d’entreprise, à les en croire. Mais, pour l’instant, cette reprise des offres publiques d’achat (OPA) marque plus une redistribution des capitaux existants qu’un réinvestissement dans le système productif

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