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Cécile Calla | Le Monde le 11.08.2008

Les dernières "gueules noires" allemandes veulent croire encore à leur avenir

vendredi 22 août 2008 par Cécile Calla

C’est un peu comme une tempête d’été en pleine nuit : il y a des rafales de vent, puis une chaleur humide et des nuages de poussière noire. Seules des petites lumières au loin indiquent la présence d’humains. C’est dans ce cadre que les hommes de Prosper-Haniel, une mine de houille de la Ruhr située non loin de la ville d’Essen, travaillent à un kilomètre sous terre, huit heures par jour. Ils sont fiers de leur savoir-faire et de l’effort accompli. "Chaque jour est différent, la pierre n’est pas pareille, la poussière est plus ou moins importante", souligne Thomas Huetten, mineur depuis vingt-sept ans et membre du comité d’entreprise de la mine. "J’ai grandi dans la mine", raconte le syndicaliste. Le sentiment d’appartenance à une communauté est d’autant plus fort qu’ils savent que leur métier est en voie de disparition. En 2018, l’Etat allemand ne devrait plus verser de subvention à ce secteur et fermer ses dernières mines.

Cette branche qui a fait la fortune de l’économie allemande dans les années 1950 ne sera alors plus qu’un objet de musée. Le gouvernement a décidé en 2007 de mettre fin à la subvention de l’extraction de cette roche. Entre 1980 et 2003, le secteur a englouti pas moins de 100 milliards d’euros de subventions, selon l’Institut fédéral de l’environnement. Les aides publiques ont atteint 6,7 milliards d’euros en 1996, avant de redescendre à 2,3 milliards d’euros. Depuis les années 1960, le nombre de mineurs est tombé de 500 000 à 34 000. Il ne reste plus que huit mines de houille en activité.

La profondeur à laquelle cette matière première est extraite (plus de 1 000 mètres) et les conditions de sécurité qu’elle nécessite rendent sa production très chère outre-Rhin. Même la houille en provenance d’Australie coûte moins cher à acheminer en Allemagne que celle produite dans la Ruhr.

La politique a néanmoins laissé une raison aux mineurs d’espérer. Une clause de révision peut permettre au gouvernement de changer d’avis en 2012. "Nous faisons le pari que l’extraction va se poursuivre après 2018", explique Michael Sagenschneider, porte-parole de la société de houille allemande (RAG). Selon lui, les prix du charbon vont augmenter de manière exponentielle sur le marché international dans les années qui viennent, redonnant ainsi toute sa place à la houille allemande.

OPINION RÉTICENTE

Un scénario sur lequel table le Parti social-démocrate (SPD), allié traditionnel des "gueules noires". En dix ans, le prix de la houille sur le marché mondial a presque doublé en raison de la forte demande en provenance de Chine et d’Inde. Néanmoins, "il est peu probable que les prix soient multipliés par trois dans les vingt prochaines années", souligne Claudia Kemfert, de l’Institut berlinois de recherches économiques (DIW). Selon elle, l’Allemagne ne pourra conserver quelques mines qu’à une seule condition : investir dans les techniques de captation et de stockage des émissions de CO2.

Dans la perspective du maintien de la politique actuelle de sortie du nucléaire en 2020, de nouvelles centrales à charbon doivent sortir de terre pour compenser la perte de l’énergie atomique. Sauf que l’opinion publique se montre de plus en plus réticente à ce type d’énergie.

Plusieurs communes ou régions ont dû renoncer à des projets face à la résistance farouche des habitants. Selon une statistique publiée par le BDEW, la fédération de l’économie de l’énergie et de l’eau, depuis fin 2006, neuf projets de centrales avec une capacité de 6 000 mégawatts ont été arrêtés en partie pour des raisons politiques. "Avec la menace croissante du réchauffement climatique, les centrales à charbon sont devenues une source d’inquiétude pour la population", explique Mme Kemfert.

Le BDEW met aussi en garde contre une menace sur la fourniture d’énergie. "A quoi doit donc ressembler l’approvisionnement énergétique futur de l’Allemagne ? Que peuvent encore supporter les citoyens et l’économie ?", s’interroge Michael Feist, le président de la fédération.

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