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georges Quioc | Le Figaro le 9 avril 2007

Les exportateurs de gaz cherchent à s’entendre

lundi 9 avril 2007 par Georges Quioc
Les quatorze plus grands pays exportateurs de gaz se réunissent aujourd’hui à Doha pour débattre de la constitution d’un cartel du gaz, sur le modèle de l’Opep.

NON CONTENTS de devoir passer régulièrement sous les fourches caudines de l’Opep, les pays consommateurs d’énergie risquent d’avoir un jour à composer avec un cartel du gaz. La création d’une entente est en effet l’enjeu du Forum des pays exportateurs de gaz (FPEG), qui réunit aujourd’hui et demain les quatorze principaux pays producteurs, soit 42 % de la production mondiale et 73 % des réserves.

La sixième édition de ce forum se tient à Doha, capitale d’un petit émirat du Golfe qui possède les troisièmes réserves mondiales, et qui pourrait accueillir le siège du futur cartel, comme Vienne celui de l’Opep.

Mais, pour l’heure, peu d’observateurs osent parier sur un consensus entre les participants au forum en faveur d’une organisation du marché du gaz. « Au mieux, ils se limiteront à décider la constitution d’une structure légère, et la création de groupes de travail techniques et économiques », pronostique Pierre Terzian, directeur de Pétrostratégies-Europénergies.

De fait, les spécialistes s’accordent à penser qu’il n’y a aucune urgence à créer un cartel du gaz. Car pour l’essentiel le méthane est transporté par des tuyaux. Or, pour qu’un puzzle de marchés régionaux puisse constituer un marché mondial, il faudrait qu’ils communiquent. Et ce n’est pas le cas. Par exemple l’Iran, faute de gazoduc à destination de l’Europe, peut difficilement concurrencer la Russie sur ce marché. Donc nul besoin d’une entente entre la Russie et l’Iran. De surcroît, le partage du coût des investissements dans des gazoducs favorise des relations durables entre pays consommateurs et producteurs à travers des contrats à long terme.

La donne évolue toutefois avec le développement des terminaux de liquéfactions et de déliquéfaction du gaz naturel liquéfié (GNL). Sous forme liquide, le méthan peut être transporté par tanker comme du pétrole. En se mondialisant, le marché du GNL offre aux exportateurs la possibilité de s’organiser. Mais pour qu’ils aient intérêt à s’imposer des quotas de production, encore faudra-t-il qu’il existe un excédent de l’offre. Or dans le contexte actuel il existe plutôt un risque de pénurie de GNL que de surproduction.

« En fait, ceux qui parlent d’une Opep du gaz sont des chefs d’État qui ont une vision globale de leur stratégie internationale dans laquelle l’énergie est un instrument de leur diplomatie », analyse Pierre Terzian. Les ministres de l’Énergie de ces chefs d’État, soucieux d’abord des intérêts commerciaux du pays, sont nettement plus réservées vis-à-vis de la création d’un cartel.

« Racket mondial »

En fait, « l’enjeu de cette Opep du gaz est exclusivement politique », affirme Pierre Terzian. Son apparition reflète la dégradation des relations internationales de l’Iran et de la Russie vis-à-vis des États-Unis. Le Qatar, qui entretient de bonnes relations avec l’Amérique et Exxon Mobil, numéro un mondial du secteur, y est en revanche opposé. De même que le Kazakhstan, un des principaux producteurs d’Asie centrale.

Ni les intérêts économiques ni les visions diplomatiques des pays exportateurs de gaz ne convergent assez pour permettre d’organiser un véritable cartel du gaz. Pour autant, la menace d’une entente des producteurs dans le contexte actuel de compétition pour l’accès aux ressources énergétiques est un facteur d’inquiétude pour les gouvernements des pays consommateurs. Andris Piebalgs, commissaire européen chargé de l’Énergie, a ainsi prévenu les pays producteurs qu’une entente entre eux inciterait les États membres au développement de l’énergie nucléaire et du charbon propre. De l’autre côté de l’Atlantique, Ileana Ros-Lehtinen, députée républicaine membre influent de la commission des Affaires étrangères à la Chambre des représentants des États-Unis, vient d’adresser une lettre à la secrétaire d’État, Condoleezza Rice, afin qu’elle s’oppose « vigoureusement à ce racket mondial ».


La mondialisation du marché du gaz a commencé

De régional pour le moment, le marché du gaz va se mondialiser dans les prochaines années grâce à la multiplication des terminaux de liquéfaction et de déliquéfaction et du transport par des méthaniers. De 182 méthaniers en service en 2005, la flotte mondiale de ces « tankers » de gaz va passer à 307 dès l’année prochaine. Quelque 135 milliards de dollars auront été investis dans ces installations entre 2005 et 2010, selon l’Agence internationale de l’énergie. Cette révolution du transport va introduire une concurrence inédite entre l’Europe et les États-Unis pour l’accès à cette énergie propre. La part de marché du GNL dans la demande énergétique américaine devrait passer de 3 % aujourd’hui à plus de 25 % en 2020. À cet horizon, l’Europe, qui est encore le principal client de la Russie en raison de sa proximité géographique, sera en concurrence frontale avec les États-Unis.

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