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Laurence Delain | Le Monde le 21 mai 2006

Les fonds éthiques sont en plein essor

dimanche 21 mai 2006 par Laurence Delain

Lorsqu’il avait lancé, en juin 2005, son appel d’offres pour placer 600 millions d’euros dans l’investissement socialement responsable (ISR), le fonds de réserve pour les retraites (FRR) avait envoyé un signal fort en faveur de l’"investissement éthique". Le FRR a indiqué, le 25 avril, avoir retenu cinq sociétés de gestion sur la vingtaine de candidates en lice : AGF, Dexia, Morley, Pictet et Sarasin Expertise. Créé en 1998 pour soutenir le régime des retraites des salariés, le FRR affichait à la fin mars 28,1 milliards d’euros d’encours sous gestion.

"Alors que, dans le même temps, de grands investisseurs institutionnels internationaux viennent de ratifier les principes de l’investissement responsable, l’initiative du FRR ne peut que renforcer la place de l’ISR en France", se réjouit Jean-Pierre Sicard, président de Novethic, filiale de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) spécialisée dans la diffusion d’informations et d’expertises sur les fonds ISR et le développement durable.

Apparu dans la sphère financière française à la fin des années 1980, l’investissement socialement responsable a le vent en poupe depuis trois ans. "En termes de stocks, les fonds ISR demeurent marginaux et représentent moins de 1 % de la gestion collective, précise-t-on chez Novethic. En revanche, du point de vue des flux, on comptait, en 2005, 128 fonds ISR contre 80 trois ans auparavant."

Les fonds détenus par les résidents français pesaient, à la fin 2005, 8,8 milliards d’euros, soit une augmentation de 27 % en un an, révèle l’institut Novethic, qui a publié mercredi 17 mai son étude annuelle sur les fonds développement durable. La majeure partie d’entre eux reste entre les mains d’investisseurs institutionnels (58 %, contre 42 % détenus par les particuliers). Mais la percée de l’ISR dans le secteur de l’épargne salariale pourrait progressivement changer la donne. A la fin 2005, 1,29 milliard d’euros de fonds d’épargne salariale étaient investis en ISR, soit une progression de 61 % en un an.

La notion même d’ISR s’est affinée. "L’offre de fonds s’est structurée et professionnalisée", constate M. Sicard. Au début, on parlait de fonds "éthiques" plutôt que de fonds "socialement responsables" ou de "développement durable". La logique d’investissement reposait sur l’exclusion de certaines valeurs financières pour des raisons religieuses ou morales : étaient par exemple refusées les activités liées à l’alcool, au tabac, à l’armement, à la pornographie, au travail des enfants...

Progressivement, l’"éthique" a cédé le pas à une approche plus large, prémices de l’ISR, où les valeurs intéressant les gérants n’étaient plus seulement "morales", mais offraient un potentiel de "développement durable" prenant en compte des facteurs à la fois sociaux et environnementaux.

A partir de 1997, cette évolution s’est accélérée avec le lancement en France de la première agence de notation sociétale : Arese (soit Analyses et recherches sociales et environnementales sur les entreprises). S’inspirant de modèles existant outre-Atlantique où l’ISR est un concept porteur depuis près d’un siècle, cette filiale commune de la Caisse d’épargne et de la CDC (et absorbée depuis, en juillet 2002, par l’agence Vigeo) devient la principale référence des gestionnaires de fonds investis en valeurs socialement responsables.

Rapidement, la notion de développement durable devint un enjeu stratégique pour les entreprises. "Les logiques financières se rapprochent désormais des logiques sociétales, constate Geneviève Férone, fondatrice d’Arese, aujourd’hui en charge du développement durable de l’entreprise de BTP Eiffage. Il ne s’agit plus seulement d’un gadget de communication mais d’une véritable contrainte, présente dans nombre d’audits d’entreprise."

Les sociétés, de leur côté, s’organisent et ne se contentent plus des seules analyses des agences de notation. Elles créent leurs propres équipes consacrées à l’ISR. Les clubs et autres comités de réflexion "durable" fleurissent et, depuis juin 2005, l’Association française de la gestion financière (AFG, qui représente les professionnels de la gestion d’actifs en France) s’est dotée d’un code de transparence pour les fonds ISR grand public.

Mais "aucun grand réseau bancaire n’a encore choisi de faire des fonds ISR un axe de marketing fort", remarque M. Sicard. Plus difficiles à vendre que de simples sicav, les fonds ISR ne convainquent pas toujours le public du fait des limites mêmes du concept.

"L’approche ISR est d’une certaine façon moins catégorique que celle purement éthique, fondée sur l’exclusion de valeurs insuffisamment morales, remarque un gérant. Dans le cadre de l’ISR, nous retenons des valeurs qui se retrouvent au sein des grands indices boursiers et dont le comportement "socialement responsable", loin d’être parfait, est simplement meilleur, pour ne pas dire "moins pire" que celui d’autres entreprises du même secteur."

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