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Lénaïg Bredoux | L’humanité du 14 mars 2007

Les grévistes de PSA défilent dans les beaux quartiers

mercredi 14 mars 2007 par Lénaïg Bredoux
Automobile . Au 12e jour de conflit dans l’usine d’Aulnay-sous-Bois, plusieurs centaines de salariés ont manifesté devant les bureaux de Peugeot dans le 16e arrondissement de Paris.

Déjà, dans les couloirs du RER, leur slogan résonne. « Et un, et deux, et trois cents euros », repris place de l’Étoile, par environ 300 salariés de l’usine Peugeot-Citroën d’Aulnay-sous-Bois, en grève depuis douze jours. « On vient rendre visite à notre PDG, lance Kamel Kana, militant de SUD. Puisque notre direction locale nous dit que les négociations sur les salaires se passent au niveau du groupe, on vient devant le bureau de Christian Streiff. »

« On vient faire du bruit »

Des sifflets, un tambour, et tous se mettent en rangs derrière la banderole du comité de grève soutenu par la CGT, SUD, la CFDT, la CFTC et l’Unsa. Le service d’ordre, brassard blanc au bras, court aussitôt bloquer la circulation sur un côté de l’avenue de la Grande-Armée. « Les télévisions sont là, il faut être disciplinés », crache un mégaphone. La première ligne est en chaîne, les ouvriers, en tenue de travail grise et blanche pour la plupart, scandent « la force des travailleurs, c’est la grève ».

Le mouvement lancé le 28 février dans l’usine de Seine-Saint-Denis concerne « entre 400 et 500 » salariés (sur 4 500) et affecte la production des C2 et des C3. « Alors que le site sort 1 400 véhicules par jour, il ne produit que 500 véhicules actuellement », estime Philippe Julien, le secrétaire de la CGT d’Aulnay. Les grévistes exigent 300 euros d’augmentation, le départ des anciens âgés de plus de cinquante-cinq ans, l’embauche des intérimaires et l’amélioration des conditions de travail.

Tournant le dos à l’Arc de Triomphe et face aux buildings de la porte Maillot, le cortège défile sous le regard amusé des badauds et des riverains. « On vient faire du bruit, explique Brahim, vingt-cinq ans et quatre ans d’ancienneté chez Peugeot-Citroën. Je touche 1 200 euros par mois et je suis déjà abîmé, j’ai des problèmes digestifs à cause des odeurs au montage. Ils sont reconnus maladie professionnelle, mais la direction refuse de me donner un poste adapté. »

« À l’usine, y’a de l’esclavage ! »

À l’approche du numéro 75 de l’avenue de la Grande-Armée, les manifestants brandissent leur carte bleue de gréviste. Dessus sont inscrits leur nom et leur numéro d’atelier. À l’intérieur, des cases avec des dates et des tampons du comité de grève. « Tous les matins, je viens pointer comme gréviste, explique un salarié, trente et un ans d’ancienneté. Parce qu’avec nos paies, on ne peut pas vivre. »

À l’entrée des bureaux de Peugeot, les grévistes se pressent vers la porte, les slogans redoublent. Certains jeunes se collent à la vitrine. Une 401 Éclipse beige, intérieur bordeaux, de 1935, leur fait face. Des cadres les regardent. « Il y a de l’argent, mais nous on le voit pas, crie un manifestant. À l’usine, y’a de l’esclavage ! » « On vient simplement réclamer notre droit », lance Philippe Julien, au mégaphone. Chaque intervention syndicale est ponctuée par un « jusqu’au bout ! » lancé par les salariés. « C’est grâce aux efforts des travailleurs que PSA est devenu un grand groupe », argumente un ouvrier du ferrage. Un jeune de SUD : « On veut notre dignité, l’argent qu’on nous doit. » « On en a marre d’être pauvres, d’avoir du mal à payer les loyers, à nourrir notre famille, on en a ras le bol des découverts, reprend un syndicaliste de la CFDT. Il faut que Streiff paie ses salariés en les respectant. »

Les négociations annuelles obligatoires sur les salaires, qui viennent de se clôturer chez PSA avec un accord signé par toutes les organisations syndicales à l’exception de la CGT, prévoient une augmentation générale de 1,6 %, avec un minimum de 26 euros pour les bas revenus. Hier, une délégation a été reçue par la direction de Peugeot-

Citroën à l’issue de la manifestation parisienne, mais celle-ci refuse de « renégocier » des hausses de salaires. Le mouvement devrait se poursuivre aujourd’hui.

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