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Un Article Adrien de Tricornot paru dans Le Monde du 21.09.05

Les groupes allemands E.ON et RWE débordent d’ambitions

mercredi 21 septembre 2005 par Adrien de Tricornot

Le premier groupe allemand de l’électricité et du gaz, E.ON, ne cache pas son ambition : devenir le numéro un mondial du secteur. Un objectif qui passe d’abord par une forte croissance externe en Europe.

Jeudi 15 septembre, E.ON a complété son acquisition du cinquième groupe électro-gazier néerlandais, NRE Energie. Le 5 septembre, le géant allemand avait confirmé son intérêt pour Scottish Power, valorisé en Bourse une quinzaine de milliards d’euros. S’il s’emparait de cet opérateur (numéro cinq outre-Manche), E.ON s’installerait à la première place sur le marché britannique. Il y était entré en 2001, en rachetant le numéro deux Powergen. En 2003, l’allemand fit l’acquisition des installations britanniques de l’américain TXU ; en 2004, Midlands Electricity tombait dans son escarcelle. Aujourd’hui, E.ON compte 4,8 millions de clients outre-Manche.

Première capitalisation boursière à Francfort, avec 55 milliards d’euros, E.ON représente à lui seul un dixième de l’indice DAX 30 des trente valeurs vedettes de la place. L’entreprise de Düsseldorf a réalisé en 2004 un chiffre d’affaires de 49,1 milliards d’euros et un bénéfice net de 4,3 milliards, avec plus de 78 000 salariés. Elle a repris, en 2003, Ruhrgas, qui détenait 60 % du marché allemand du gaz, et participe activement aux privatisations en Europe centrale.

E.ON est aussi associé au géant russe Gazprom, dont il détient 6,5 %. Associés à BASF, les deux groupes veulent créer, d’ici à 2010, un gazoduc nord-européen de 1 200 kilomètres, reliant le port de Vyborg, près de Saint-Pétersbourg, au terminal de Greifswald, au nord de l’Allemagne. Un accord très politique et controversé, signé le 8 septembre à Berlin, en présence du chancelier Gerhard Schröder et du président russe, Vladimir Poutine.

E.ON est concurrencée en Allemagne par RWE, qui vaut près de 30 milliards d’euros en Bourse et a réalisé un chiffre d’affaires de 42,1 milliards d’euros en 2004 et un bénéfice de 2,14 milliards avec plus de 86 500 salariés. RWE est aussi présent dans les services et a racheté, en 2000, Thames Water (eau) en Grande-Bretagne.

E.ON et RWE sont sortis, ces dernières années, de leurs activités de holdings industrielles pour dégager les moyens de leur expansion dans leurs principaux métiers. E.ON a conclu, en mai, pour 7 milliards d’euros, la vente de sa filiale immobilière Viterra. En juin, il s’est séparé de Ruhrgas Industries, société spécialisée dans la prospection et l’évaluation des réserves pétrolières et gazières, reprise par le fonds britannique CVC pour 1,5 milliard d’euros. En 2004, RWE a revendu pour 950 millions d’euros sa participation majoritaire de 56,1 % dans le numéro un allemand du BTP, Hochtief.

PRIX TROP ÉLEVÉS

Malgré leurs succès, les deux géants sont accusés, en Allemagne, d’appliquer des prix trop élevés. Le 13 septembre, l’Office des cartels a enjoint aux importateurs de gaz, notamment E.ON Ruhrgas et RWE, d’ouvrir le marché en modifiant le système des contrats d’approvisionnements à long terme, afin de faire baisser les prix, sous peine d’une action en justice. Le président du directoire d’E.ON, Burckhard Bergmann, a menacé l’Office des cartels de poursuites.

Le 16 septembre, un tribunal de Hambourg, saisi par 54 clients d’une filiale d’E.ON, Hanse, soutenus par une association de consommateurs, a estimé dans une observation préliminaire que l’entreprise pourrait être obligée de détailler son mode de calcul du prix du gaz. Un jugement est attendu le 8 décembre.

Le groupe RWE a été atteint, en 2004, par la polémique sur la rémunération par des entreprises de leurs salariés ayant embrassé une carrière politique. Laurenz Meyer, l’ancien secrétaire général de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), a dû démissionner de ce poste à la fin 2004 : il aurait perçu des avantages de la part de RWE, son ancien employeur.

Les cours boursiers d’E.ON et RWE ont été dopés par la perspective d’une victoire de la droite, qui envisageait une prolongation de la durée des centrales nucléaires. Même si la candidate CDU, Angela Merkel, a vite tempéré l’enthousiasme en suggérant que cette levée du moratoire sur le nucléaire permettrait... une baisse des prix de l’électricité.

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