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Annie Kahn | Le Monde du 29.08.2008

Les introductions en Bourse se sont effondrées sur la plupart des places financières

dimanche 31 août 2008 par Annie Kahn

Aucune entreprise américaine financée par des fonds d’investissements privés n’a été introduite en Bourse aux Etats-Unis durant le second trimestre 2008. Selon la National Venture Capital Association (NVCA), association regroupant les sociétés de capital-risque américaines, cela n’était pas arrivé depuis 1978.

Le troisième trimestre ne s’annonce guère meilleur. En juillet, les introductions ont chuté de 95 % aux Etats-Unis (par rapport à juillet 2007), de 62 % dans la zone Asie-Pacifique, et de 77 % en Europe-Moyen-Orient-Afrique, selon la société Dealogic. Ce fort ralentissement était déjà perceptible au premier trimestre, avec seulement cinq introductions aux Etats-Unis, contre 31 durant le quatrième trimestre 2007.

Après la crise du crédit, qui se traduit pour les entreprises par de plus grandes difficultés pour obtenir des prêts, s’ajoute désormais la crise du capital, et donc la plus grande difficulté, pour les firmes à trouver de nouveaux investisseurs.

La situation est particulièrement critique pour les petites sociétés cotées sur Alternext, le marché destiné aux jeunes entreprises de croissance. Le nombre d’introductions est tombé de 26 durant le premier semestre 2007 à 7 pour la même période en 2008.

Seules deux places auraient mieux résisté : Londres et Shanghaï. Mais si le nombre d’opérations y a moins chuté qu’ailleurs - il a même augmenté de 22 % en Chine durant le second semestre 2008, par rapport à la même période en 2007, selon Dealogic - il a baissé en valeur. De 63 % en Chine. Les quelques sociétés qui ont quand même trouvé preneurs sur les marchés boursiers sont celles qui relèvent de secteurs épargnés par la crise financière, comme les matières premières ou l’énergie. Mais les entreprises technologiques sont durement touchées, car perçues comme plus risquées.

Ce resserrement du marché des capitaux va avoir d’importantes répercussions sur l’ensemble de l’économie. Les sociétés de capital-risque qui n’auront pas les moyens de continuer de financer les entreprises dans lesquelles elles ont investi pourraient disparaître, entraînant leurs sociétés en portefeuille dans leur chute. Dans le cas contraire, les sociétés pourront, certes, continuer d’être soutenues par leurs actionnaires actuels, disposant de suffisamment de réserves financières pour attendre que le marché boursier se ressaisisse pour les faire coter. "Nous avons de quoi tenir pendant deux ou trois ans", affirme ainsi Jean-Bernard Schmidt, PDG de la société de capital-risque Sofinnova.

Mais pendant ce temps, ces fonds, qui n’auront pu céder leurs participations en Bourse, auront moins d’argent à investir dans d’autres sociétés prometteuses, qui se trouveront donc, elles aussi, freinées dans leur développement. "Il n’y aura peut-être pas trop de casse, mais l’argent manquera pour financer les jeunes sociétés, jusqu’à ce que la situation soit purgée", poursuit M. Schmidt.

Or ces firmes ont montré qu’elles étaient, sur le long terme, les moteurs de la croissance et de la création d’emplois. Les sociétés cotées sur Alternext ont globalement accru leur chiffre d’affaires de 106 %, et leurs effectifs de 80 % entre 2004 et 2007, selon une étude NYSE Euronext menée en coopération avec Rexecode, publiée le 8 juillet.

Une solution alternative serait que les firmes trouvent des acquéreurs industriels avec lesquels fusionner. Mais les valorisations des sociétés étant très liées au marché boursier, elles ont aussi fortement baissé, ce qui rend les opérations de fusion-acquisition peu attrayantes pour elles et pour leurs actionnaires. Le nombre de fusions-acquisitions a d’ailleurs aussi chuté durant les mois écoulés. Les fusions-acquisitions visant des sociétés financées par des fonds privés ont diminué de 40 % aux Etats-Unis durant le second trimestre par rapport au second trimestre 2007.

Ces opérations se raréfient en Europe. "Il ne reste pratiquement que les opérations en papier", c’est-à-dire procédant par échange d’actions, sans apport d’argent frais, constate Jean-Luc Berrebi, associé responsable des introductions en Bourse chez Deloitte. A l’exception d’acquisitions menées par des entreprises technologiques, comme Microsoft, qui a annoncé le 1er juillet l’achat du moteur de recherche Powerset, ou comme IBM, qui lance une offre publique d’achat (OPA) amicale sur la société française de logiciels ILOG.

Ces firmes achètent des entreprises ayant un intérêt pour renforcer ou compléter leur propre activité. Elles le font soit directement, soit via des fonds créés à cet effet.

Pour Jean-Marc Patouillaud, directeur général de la société de capital-risque Partech, cette situation ne saurait durer : "Les marchés ont incroyablement anticipé les conséquences de la crise liée aux subprimes, à la dégringolade du dollar, au doublement du prix du baril de pétrole en moins deux ans. Cette situation ne saurait durer, et les acheteurs vont bientôt commencer à revenir et, avec eux, les introductions en Bourse. Le seul bémol est que les valorisations seront relativement modestes dans les douze premiers mois", estime ce spécialiste.

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