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Sébastien Ganet | L’Humanité du 5 mars 2007

Les investissements étrangers créent-ils vraiment des emplois ?

lundi 5 mars 2007 par Sébastien Ganet
Bercy annonce que les « investissements directs étrangers » en France ont permis une création « d’emplois records en 2006 ».

Rappel des faits

Alors que des grands plans de restructurations industrielles sont mis en oeuvre (Airbus, Alcatel-Lucent), le gouvernement tente de donner le change en mettant en avant les emplois créés par les flux de capitaux étrangers.

Le groupe pharmaceutique britannique GlaxoSmithKline (GSK), qui va investir 500 millions d’euros et créer 600 emplois d’ici à 2011 dans la région de Valenciennes (Nord) pour y fabriquer des vaccins, est systématiquement mis en avant pour vanter l’« attractivité du site France ». Mais le même groupe GSK recherche actuellement un repreneur pour son site d’Hérouville (Calvados), qui emploie 187 salariés

Combien d’emplois sont-ils créés ?

Christine Lagarde, ministre déléguée au Commerce extérieur, et Philippe Favre, président de l’Agence française pour les investissements internationaux (AFII), présentaient, mercredi, « le bilan des investissements internationaux créateurs d’emplois » pour 2006. L’année dernière, 58,4 milliards d’euros de flux de capitaux étrangers ont été investis en France. L’Hexagone est la 3e destination mondiale. Selon l’AFII, qui dépend de Bercy, à ces 58 milliards ont correspondu 665 projets d’investissements étrangers en France en 2006, contre 650 en 2005. Ces projets se sont traduits par l’annonce de 39 998 futures créations ou maintiens d’emplois contre 30 146 un an plus tôt, « un niveau jamais vu depuis 1993, date de la création de ces statistiques », a indiqué Christine Lagarde. Elle a qualifié ces chiffres d’« excellents résultats ». La ministre déléguée au Commerce extérieur a précisé que « pour la quatrième année consécutive, le nombre d’emplois créés ou maintenus augmente, atteignant un niveau record de 39 998, soit une progression de 32,7 % par rapport à 2005 (30 146) ». « C’est un bon cru », a-t-elle ajouté devant la presse. Toutefois, parmi les 40 000 emplois annoncés, Bercy est incapable de dire quelle est la proportion d’emplois réellement créés par rapport à ceux qui sont simplement maintenus. Le chiffre de 40 000 ne correspond donc pas à des créations nettes.

Quelle est l’efficacité de ces capitaux ?

Qualifiée de « record », la création d’emplois en France induite par des flux de capitaux étrangers en 2006 est-elle si importante que ce que Bercy veut bien en dire ? Deux remarques s’imposent. La première concerne les montants en question. Qualifier de « record » ou d’« excellent résultat » un nombre aléatoire de 40 000 emplois créés sur une année à partir d’un montant de 58 milliards d’euros relève de la gageure. En effet, le coût par emploi créé ou maintenu équivaut alors à 1,5 million d’euros, ce qui est énorme. Les estimations les plus courantes concernant le coût d’un emploi créé à partir du mécanisme d’exonération de cotisations sociales sont d’environ 110 000 euros. En 1995, un mécanisme européen basé sur la baisse des « charges financières (voir l’Humanité du 8 juin 2005) » avait permis de créer des emplois stables pour un coût de 1 700 euros par emploi. La deuxième remarque concerne le flou de ces annonces. Au-delà de l’incapacité de Bercy à faire la distinction entre création nette d’emplois ou seulement maintien de l’existant, le chiffre de 40 000 ne concerne pas des emplois réellement créés mais des projets de créations annoncés en 2006, et donc aléatoires.

À quoi bon être attractif ?

Pour valoriser son bilan économique, fiscal et social, le gouvernement tente de démontrer qu’il fait de la France une destination très attractive pour les capitaux étrangers. « Le gouvernement est engagé dans une politique active visant à valoriser davantage ces atouts. De nombreuses réformes fiscales, juridiques et administratives ont été mises en oeuvre au cours des années récentes afin d’améliorer l’environnement des affaires », s’est plu à déclarer Christine Lagarde. Toutefois, malgré le peu d’efficacité de ces capitaux pour la création d’emplois (seulement 40 000 emplois aléatoires, créés ou maintenus pour un montant de 58 milliards d’euros), la représentante du gouvernement agite le spectre de la « fuite des capitaux » pour polémiquer. « À l’étranger, le retour de la gauche serait synonyme de généralisation des 35 heures. Une catastrophe en termes d’image », a-t-elle déclaré.

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