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Un article de Konrad Markowski paru dans L’Humanité le 19 avril 2006

Les jeunes Polonais dans la jungle économique

mercredi 19 avril 2006 par Konrad Markowski
Reportage . Dans un pays où la transition vers l’économie de marché a été particulièrement brutale, un tiers des moins de vingt-cinq ans sont au chômage. Les autres sont victimes de l’ultra-flexibilité.

En Silésie, Adam, vingt-deux ans, reçoit 25 zlotys pour une journée de travail, à peine plus de 6 euros. Sans sécurité sociale, mais sans impôts : le jeune homme prend l’argent directement dans la caisse quand il ferme le bar où il travaille. « Je commence à 18 heures, quand je dois ouvrir le bar. Je le ferme à 1 heure du matin, mais je dois encore faire le ménage », dit Adam, qui se dit quand même « content ». Auparavant, il travaillait comme vigile. « J’ai été légalement embauché au salaire minimum mais les heures supplémentaires ne m’étaient pas payées. C’était un travail très dur, même dangereux. Maintenant, même si je travaille au noir, c’est mieux pour moi. »

un taux de chômage de 17 %

Selon un rapport de 2005, 43 % des jeunes travaillent en Pologne sans contrat légal. Tout d’abord dans les services et dans les petites entreprises. « C’est mieux que rien et pour un étudiant ça suffit, commence par dire Piotr, étudiant de sociologie à Katowice. Mais en même temps, dans cette situation, comment tu veux penser à fonder une famille ? Que faire si tu as un accident ou si tu veux prendre un crédit ? » Piotr doit finir ses études l’année prochaine : alors il quittera probablement la Pologne. Quelque 100 000 jeunes Polonais travaillent dans des chantiers et des bars de Londres, Paris ou Berlin.

Avec un taux de chômage de 17 %, le marché du travail est saturé : pas de place pour les jeunes qui arrivent nombreux depuis 1998, année où a débuté un pic démographique. En même temps, il y a eu une véritable révolution universitaire : de nombreux jeunes sont entrés dans les facultés publiques et privées (ces dernières ont poussé comme les champignons, parce que c’est une activité très lucrative). Pour ces derniers, difficile de financer des études de plus en plus coûteuses. Dans ce contexte de concurrence entre travailleurs, la flexibilité est devenue la règle.

Andrzej, vingt-cinq ans, plombier, travaille dans une entreprise privée. Il vit dans une petite ville près de Kielce, dans le centre de la Pologne. Officiellement, il touche le salaire minimum, mais de temps en temps il reçoit un peu d’argent supplémentaire. Avant, il travaillait dans une fonderie de verre. Également pour le salaire minimum. « Mon patron était propriétaire de petites usines construites dans des zones de grand chômage, du coup il pouvait payer les travailleurs des miettes pour un travail très dur. » Andrzej pense que la hausse des allocations pour les chômeurs peut influencer les salaires. « Les gens pourraient avoir une alternative : travailler ou chômer pour un revenu à peu près identique. Du coup les patrons devraient relever les salaires. »

Le gouvernement a une autre vision des choses : il propose de différencier le montant du salaire minimum selon les régions. En plus, selon un nouveau Code du travail, il existe déjà d’importantes dérogations. Pendant la première année de travail, une personne dont c’est la première embauche, c’est-à-dire surtout les jeunes, ne reçoit que 80 % du SMIC ! Officiellement pour ne pas décourager les patrons... Ces derniers ne doivent débourser pour un mois que 719 zlotys brut, soit 180 euros.

Anna, vingt-quatre ans, travaillait à mi-temps dans une entreprise de télémarketing filiale d’un grand groupe américain : « Tout allait bien jusqu’à ce que notre direction décide d’embaucher via des agences de travail temporaire », et de renvoyer les autres employés. Anna vient de trouver un nouvel emploi de secrétaire dans un réseau de centres de beauté. Maintenant, elle a un autre problème : son supérieur lui a demandé de s’enregistrer comme une entreprise individuelle sous-traitante... « Que je sois travailleur indépendant, c’est une bonne affaire pour mon patron, mais pour moi c’est plus de responsabilité et moins de garanties. » Tout ça pour 900 zlotys seulement, soit 220 euros seulement. Anna hésite à accepter, parce qu’avec cette petite somme elle devrait encore engager des dépenses pour employer un comptable et enregistrer « son » entreprise.

Chaque gouvernement polonais depuis quinze ans répète qu’il veut lutter contre le chômage des jeunes. La majorité des plans engagés ne propose que plus de flexibilité ou l’ouverture de petites entreprises par les jeunes. L’année dernière, le gouvernement a introduit en grande pompe le programme « Pierwsza Praca » (« premier emploi »). Selon ce plan, un diplômé peut travailler une année en recevant une somme égale au niveau des allocations chômage, qui est considérée comme une « bourse ».

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