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Un article Lucy Bateman paru dans L’Humanité du 25 mars 2006

Les jeunes fraternisent avec les inspecteurs du travail

samedi 25 mars 2006 par Lucy Bateman
à Paris, des lycéens ont occupé jeudi les locaux de la direction régionale du travail. Les inspecteurs ont voté une motion de solidarité avec le mouvement anti-CPE.

Des chaises empilées bloquent l’entrée principale, on entre par une fenêtre du rez-de-chaussée, et, au deuxième étage, les agents ont scotché une grande feuille où on peut lire : « On est solidaires. » Jeudi vers midi, quelque 80 lycéens parisiens ont investi les locaux de la direction régionale du travail d’Île-de-France, dans le 19e arrondissement, pour une occupation autant « pacifique » (dixit une feuille accrochée à la porte) que symbolique. Quand les gendarmes arrivent vers 19 h 30 pour les déloger en douceur, Élise, une lycéenne, les implore : « Mais les gens à l’intérieur nous soutiennent ! »

C’est vrai. Les agents de la direction, quasiment tous des inspecteurs du travail, ne s’y sont pas trompés, au terme d’une assemblée générale improvisée en début d’après-midi par leurs délégués SNU-TEF, CGT et CFDT. Au lendemain d’états généraux de l’inspection du travail, qui ont rassemblé à Paris pas loin de la moitié des agents de contrôle de France, ils ont voté une motion de solidarité et de soutien aux revendications de leurs occupants : retrait du CPE, retrait du CNE « en solidarité avec les travailleurs », l’amnistie des lycéens inculpés « parce que la révolte est légitime », et l’ouverture d’un débat sur l’université et le travail, indique Léandro, élève au lycée Hélène-Boucher, dans le 20e arrondissement. « Occuper la direction régionale du travail, c’est symbolique, puisqu’on demande le retrait d’une loi qui s’attaque au Code du travail », précise-t-il. Pour Luc Béal Renaldi, responsable du SNU-TEF et présent jeudi dans les locaux de la direction régionale, l’initiative des lycéens fait opportunément écho aux revendications des inspecteurs du travail : « Nous avons voté lors des états généraux une motion très symbolique demandant le retrait du CPE et le renforcement des moyens de l’inspection. »

Les agents ont visiblement apprécié que les lycéens aient poussé jusqu’à ce coin reculé du 19e arrondissement pour défendre avec eux le Code du travail. « Ce sont des jeunes très polis qui se qualifient de révolutionnaires pacifiques et qui se sont essuyé les pieds avant d’entrer », s’amuse cet inspecteur après l’évacuation. « Tout s’est bien passé, le directeur leur a même fait un petit cours de droit sur la loi et le décret ! » Avec quelques collègues, il est resté avec les lycéens jusqu’au bout, « par solidarité, et pour s’assurer que tout se passe bien. On leur a ouvert la cuisine, ils avaient l’intention de coucher là ! ».

La bonne volonté affichée par Marc Biehler, le directeur régional, avait fait espérer à Léandro et ses camarades qu’ils pourraient passer la nuit à la direction. Marc Biehler les a pourtant prévenus qu’il appellerait les forces de l’ordre après 16 h 30, mais les lycéens ont préféré retenir qu’il avait fait, au cas où, des provisions pour la nuit. À 19 h 30, les hommes en bleu arrivent en nombre et en trottinant du haut de la rue de la Mouzaïa, pour évacuer un à un les jeunes manifestants. Les lycéens quittent le bâtiment par l’entrée de service en entonnant « C comme chômage, P comme précaire, et E comme exploité ! », font une dernière farandole d’honneur puis disparaissent au coin de la rue.

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